Pourquoi la famille est-elle parfois si compliquée ?
On attend de la famille qu'elle soit un cocon de confiance, et ce n'est pas toujours le cas. Dans le n°22 d'Innovation en Éducation, le psychologue Yves-Alexandre Thalmann explique pourquoi, sans juger personne.
Tiré du magazine · n°22La famille ? C’est compliqué… !
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La famille est censée être un cocon de confiance, et elle ne l'est pas toujours. Ce n'est ni un échec de vos proches ni le vôtre : la famille se compose de personnes que l'on n'a pas choisies, avec leurs limites, leurs attentes et leurs blessures. C'est le point de départ du psychologue Yves-Alexandre Thalmann, qui ouvre le n°22 d'Innovation en Éducation, consacré à la famille quand elle est « parfois compliquée ».
Psychologue, médiateur scolaire dans un lycée et formateur d'adultes, Yves-Alexandre Thalmann est l'auteur de plusieurs ouvrages de psychologie pratique, dont Au diable la culpabilité. Son regard est volontiers décapant : il aime remettre en question les idées reçues.
Les parents savent-ils vraiment ce que vivent leurs enfants ?
Pas toujours, et l'auteur en parle à partir de son quotidien. Dans son bureau de médiateur, des lycéens lui confient des choses graves, puis ajoutent presque toujours la même demande : que leurs parents ne l'apprennent surtout pas. Les raisons varient. Certains craignent la réaction d'un père, d'autres veulent ménager une mère trop sensible, d'autres encore redoutent de décevoir. Résultat, des parents persuadés que leur adolescent leur dit tout ignorent parfois l'essentiel.
Ce constat l'amène à poser une question simple : pourquoi la famille devrait-elle forcément être faite de personnes bienveillantes ? Les relations humaines sont difficiles, partout. Rien n'assure qu'elles deviennent miraculeusement faciles parce qu'on partage le même nom.
« Ce n'est pas parce que l'on partage des chromosomes que l'on sera forcément amis. »
L'amour inconditionnel existe-t-il vraiment ?
Dans ses formations, l'auteur entend souvent des parents parler d'un amour inconditionnel, toujours au beau fixe. Il y voit une belle formule qui rassure, plus qu'elle ne décrit la réalité. Un parent a le droit d'être fâché, excédé, d'en vouloir à son enfant, sans être pour autant un moins bon parent.
Sa distinction est utile aux parents comme aux enseignants : les émotions fluctuent, ce qui ne varie pas, c'est le lien. L'enfant ou l'adolescent a surtout besoin d'être certain que, quoi qu'il arrive, l'adulte répondra présent, même avec agacement. Un encadré du magazine développe cette idée et en tire une « leçon » à transmettre à son enfant.
D'où vient la culpabilité qu'on ressent en famille ?
Selon l'auteur, la famille est la matrice dans laquelle se forgent nos culpabilités. À côté d'une culpabilité saine, celle que l'on éprouve quand on a vraiment fait du tort, il en existe une autre qui nous tenaille alors que nous n'avons rien fait de mal : l'enfant qui croit que sa mère est malheureuse par sa faute, le parent qui se reproche les difficultés de son enfant.
« Croire que nous sommes responsables du bonheur ou du malheur de nos proches est le noyau des sentiments de culpabilité. »
Cette culpabilité s'alimente d'une forme de loyauté : on se sent redevable des sacrifices de ses parents, et l'on hésite à décevoir leurs attentes. L'auteur observe que même dans les familles aimantes, des jeunes se sentent prisonniers d'un rôle, celui du fils modèle ou de la fille parfaite. Il rappelle que l'amour parental a une particularité : c'est le seul dont le but est de rendre l'autre autonome, et finalement de pouvoir se passer de nous.
Que faire quand une relation familiale fait du mal ?
L'auteur ne cherche pas à dire quel parcours est le bon. Il invite à regarder les relations familiales comme toutes les autres : on peut nourrir celles qui font du bien et, quand c'est possible, prendre de la distance avec celles qui blessent. Il illustre son propos par l'histoire d'un ami qui a pris ce parti, avec des conséquences qu'il juge lui-même tristes. D'autres contributeurs du numéro explorent des chemins différents, comme le pardon ou la réconciliation : chacun peut y puiser ce qui lui parle.
Questions fréquentes
La famille est-elle toujours un lieu sûr ?
Elle devrait l'être, mais rien ne le garantit, rappelle Yves-Alexandre Thalmann. Les liens du sang ne remplacent ni les affinités ni les compétences relationnelles, et il arrive que des enfants taisent leurs difficultés à leurs parents.
Peut-on en vouloir à son enfant sans être un mauvais parent ?
Oui, selon l'auteur. Éprouver de la colère ou de la rancœur est humain. L'essentiel est que l'enfant sache pouvoir compter sur vous, même dans ces moments-là.
Comment sortir d'un sentiment de culpabilité familiale ?
L'auteur propose d'accepter les limites de notre responsabilité : nous répondons de nos actes et de nos paroles, pas de la façon dont les autres y réagissent.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'encadré sur le mythe de l'amour inconditionnel, et la phrase à dire à un enfant pour lui montrer que le lien tient.
- L'encadré « Au diable la culpabilité ! » sur la différence entre culpabilité saine et culpabilité morbide.
- Les exemples de jeunes devenus le « pilier » de leur famille.
- L'histoire de l'ami de l'auteur, racontée en entier.
