Le détachement sécure : comment laisser grandir son ado sans le lâcher ?
On parle d'attachement sécure pour les tout-petits. Et pour les adolescents ? Dans le n°21 d'Innovation en Éducation, Marie-Jeanne Trouchaud explique le détachement sécure.
On parle beaucoup d'attachement sécure, ce lien de confiance qui se noue dans les 1 000 premiers jours. Marie-Jeanne Trouchaud, ancienne enseignante devenue formatrice en relations humaines, thérapeute et conférencière, propose de lui donner un écho à l'adolescence : le détachement sécure. Dans un entretien du n°21 d'Innovation en Éducation, elle explique comment aider un jeune à s'éloigner de ses parents sans qu'il se sente abandonné, ni qu'il se mette en danger.
Et si la crise d'ado n'était pas un passage à subir ?
Au lieu de serrer les dents et d'attendre que ça passe, l'autrice propose de regarder son adolescent avec tendresse. Le métier de l'enfant, c'est de jouer, c'est ainsi qu'il apprend. Celui de l'ado, c'est de tester : il découvre une socialisation plus large, l'amour, la complexité du monde. Il est maladroit, mais sincère, et la période est à la fois exaltante et inquiétante pour lui.
« Regardons-le avec tendresse ! C'est un ado, un ADO-rable ! »
Les parents, eux, sont souvent démunis. Ils ont été très présents et attentionnés auprès du jeune enfant, et ce qui fonctionnait alors ne fonctionne plus. L'ado ne croit plus au Père Noël, et c'est une bonne chose : il sort du champ sécurisé mais restreint de l'enfance pour explorer. Deux écueils guettent les adultes, selon elle : renforcer interdits et leçons de morale, qui produisent « toujours plus de la même chose », ou au contraire abandonner tout rôle éducatif.
D'où viennent les conflits, alors ?
Ni d'un manque de lâcher-prise des parents, ni d'une soif de liberté trop précoce chez l'ado, répond l'autrice : ils naissent de maladresses involontaires des adultes, d'une inadaptation à l'époque et d'une méconnaissance du fonctionnement des capacités cognitives et émotionnelles de l'adolescent. Beaucoup d'adultes essaient de reproduire la façon dont ils ont été élevés, alors que la société a changé : l'éducation pensée sur l'obéissance et la discipline ne fonctionne plus comme avant. Le jeune a le droit de penser par lui-même, et c'est une bonne nouvelle.
Elle ajoute un point de repère utile : vers 16 ou 17 ans, les capacités intellectuelles sont déjà très affûtées, mais les connaissances et l'expérience restent réduites, et les émotions encore à vif. Le rôle de l'adulte est donc de solliciter la réflexion du jeune, pas de s'offusquer de prises de position qui seraient guidées par l'envie et l'immédiateté.
Faire autorité plutôt qu'être autoritaire
Faut-il alors rejeter l'autorité parentale ? Non, mais il faut préciser ce qu'elle est. Être autoritaire, c'est s'autoriser à contraindre. Faire autorité suppose une relation de confiance, où l'enfant reconnaît la pertinence des conseils de l'adulte. L'autrice compare à un supérieur hiérarchique : personne n'obtient la confiance à coups de punitions et de moralisation.
« Aucun supérieur hiérarchique n'obtiendrait la confiance à coup de punitions, de reproches, de moralisations. »
Elle écarte aussi la question du « juste milieu » entre père fouettard et parent-copain. Ce sont deux postures qu'on ne cherche pas à doser : le parent-copain manque de la solidité sur laquelle l'ado doit pouvoir s'appuyer. Elle lui préfère l'image du « parent-parent », un port d'attache où l'adolescent trouve du calme après les tempêtes.
Pour comprendre les conflits, l'autrice invite aussi à se souvenir de ce que le jeune est : un cerveau encore en développement, dont les capacités intellectuelles sont déjà affûtées mais dont les émotions restent à vif. Elle le dit avec une image qui fait sourire.
« On ne reproche pas à un fruit de ne pas être encore à maturité. »
Comment faire concrètement ?
Marie-Jeanne Trouchaud donne cinq conseils, qu'elle illustre d'exemples précis. Le premier porte sur les règles : plutôt que de les dicter, elle suggère d'amener l'ado à comprendre leur utilité par des questions simples, du type « que se passerait-il si chacun roulait à gauche ou à droite selon son humeur ? », puis de le rendre partenaire de la décision. Les quatre autres touchent à la façon de questionner, de réagir aux bêtises, de donner l'exemple et de partager du temps avec lui.
Aucun de ces conseils n'est présenté comme définitif. Elle invite à essayer pendant quelques jours ou quelques semaines, puis à voir si cela a fonctionné.
Questions fréquentes
Faut-il lâcher prise quand son enfant devient ado ?
Non, répond l'autrice : lâcher prise serait vécu à juste titre comme un manque d'intérêt. Il s'agit de l'accompagner sans l'empêcher ni le contraindre.
Comment réagir quand un ado fait une bêtise ?
Elle propose la réparation plutôt que la punition : on appelle un chat un chat, on dit que tout le monde en a fait, et on cherche ensemble comment réparer.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les cinq conseils de Marie-Jeanne Trouchaud pour cultiver le détachement sécure.
- La série de questions pour faire comprendre l'utilité d'une règle à un ado, et celle pour le faire réfléchir à un projet.
- La distinction entre faire autorité et être autoritaire, développée à travers l'image de la relation hiérarchique.
- L'argumentaire sur les raisons pour lesquelles l'éducation ne peut plus fonctionner comme avant.
N°21
n°21 · Déjouer la crise d’ado, c’est possible !
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