Adolescence : qu'est-ce que le détachement sécure ?
Les ados réclament la liberté, et leurs parents s'en inquiètent. Dans le n°14 d'Innovation en Éducation, Marie-Jeanne Trouchaud propose de leur apprendre à la vivre, plutôt que de la craindre.
Tiré du magazine · n°14L'action, meilleure alliée du cerveau
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On demande aux enfants d'être acteurs de leurs apprentissages, mais l'école, les devoirs et les obligations les enferment souvent dans un cadre où ils ont peu de choix. À l'adolescence, ce paradoxe devient insupportable : comment être acteur sans liberté ? C'est de cette question que part Marie-Jeanne Trouchaud, ancienne enseignante devenue psychothérapeute et formatrice en relations humaines, dans le n°14 d'Innovation en Éducation. Elle y défend l'idée d'un détachement sécure.
Pourquoi les ados réclament-ils autant de liberté ?
Parce qu'ils ont changé. À l'école primaire, les enfants se sentent à l'aise avec des directives qui leur offrent un cadre sécurisant. L'adolescent, lui, a acquis de nouvelles possibilités, a rencontré d'autres façons de vivre et de penser, et construit son identité à partir d'autres références que son milieu d'origine. Ce qui le contraint lui paraît insupportable. Pourtant, il sait qu'il a encore besoin de ses parents, et de pouvoir faire appel à eux quand il ne sait pas résoudre une difficulté.
La liberté, est-ce dire non ?
C'est le malentendu que l'autrice veut lever, chez les ados comme chez les adultes. Beaucoup confondent liberté et refus, résistance ou rébellion. Or obéir sans réfléchir n'est pas être libre, et désobéir par réflexe ne l'est pas davantage : dans les deux cas, on agit sous le coup d'une émotion, peur de décevoir ou colère contre l'autorité, sans analyse.
« Réagir, ce n'est pas agir ! »
La liberté suppose un choix conscient et réfléchi, qui tient compte des enjeux, du contexte et des conséquences. Cela s'apprend.
Pourquoi cette envie de liberté fait-elle peur aux parents ?
L'article reconnaît que l'inquiétude est légitime : le cerveau du collégien est encore en construction, ses émotions sont très vives et il ne connaît pas encore de méthode de décision. Il est vulnérable aux modes, aux influenceurs, aux discours dogmatiques. Mais on ne peut pas le lui reprocher, pas plus qu'on ne reproche à un fruit d'être encore un peu vert. Critiquer ou enfermer risque de lui faire perdre confiance, en ses parents ou en lui-même.
« Tout l'art d'être parent d'ado est de rester solide sans être dur, juste sans être jugeant, aimant sans être mou. »
Que signifie « détachement sécure » ?
C'est le pendant de l'attachement sécure : après avoir offert au petit enfant une base solide, on aide l'adolescent à se détacher pour trouver sa place, tout en restant en sécurité parce que ses choix sont réfléchis. Il n'existe pas de baguette magique qui transforme un enfant obéissant en adulte capable de décider le jour de ses 18 ans. Le détachement sécure consiste donc à l'habituer à réfléchir et à s'organiser, en lui posant des questions ouvertes, en respectant ses hésitations et ses erreurs, sans jamais se moquer.
Un exemple : à l'âge des certitudes, on ne lui dira pas qu'il a tort, on lui demandera plutôt ce qu'une personne qui ne serait pas d'accord avec lui pourrait lui répondre. L'article propose toute une série de questions de ce type, pour apprendre à distinguer un fait d'une opinion, à décoder une publicité ou à envisager un monde sans règles.
Comment l'aider à rester motivé sans lui mettre la pression ?
L'autrice liste d'abord les ennemis de la motivation : contraintes, reproches, jugements, sermons, punitions. Face à eux, l'ado développe un système de résistance très efficace, il cache, il transgresse, ou pire, il se soumet et perd confiance. Elle propose trois grandes idées pour entretenir la flamme, que le magazine détaille, à commencer par aider l'ado à trouver lui-même le sens de ce qu'on lui demande. Le stress étant l'ennemi des apprentissages, elle plaide pour ne pas lui mettre la pression.
« Un gramme d'encouragement sera plus efficace qu'une tonne de reproches ! »
Pour comprendre pourquoi les émotions prennent si vite le dessus à cet âge, on peut lire notre article sur le cerveau adolescent et le malentendu entre adultes et ados.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le détachement sécure ?
C'est l'accompagnement progressif de l'adolescent vers la liberté, pour qu'il apprenne à réfléchir, à s'organiser et à décider, tout en restant soutenu par ses parents.
Comment parler à un ado sans le braquer ?
L'autrice recommande les questions ouvertes, le respect de ses hésitations et de ses erreurs, et l'abandon des reproches et des sermons, qui minent la confiance.
Comment motiver un ado ?
Selon l'article, on n'est pas motivé parce qu'on nous dit de l'être : il faut se sentir capable, en tirer une satisfaction et y voir un sens.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les nombreuses questions ouvertes à poser à un ado pour l'habituer à réfléchir.
- Les trois idées pour entretenir la motivation, avec les phrases à privilégier.
- Les raisons pour lesquelles l'ado cherche des réponses dans les groupes et les forums, avec leurs risques.
- La référence au dernier livre de l'autrice sur le détachement sécure.
