Comment éduquer à l'autonomie sans tout laisser faire ?
Liberté et cadre ne s'opposent pas. Dans le n°5 d'Innovation en Éducation, Michel Claeys Bouuaert propose une manière d'éduquer à l'autonomie : accompagner l'enfant dans ses choix plutôt que les lui imposer.
Tiré du magazine · n°5Les pédagogies différentes
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Michel Claeys Bouuaert est thérapeute et formateur d'animateurs en éducation émotionnelle et sociale. Fondateur de l'Association pour l'éducation émotionnelle, il a notamment publié Le défi émotionnel : nouveau projet pédagogique. Dans le n°5 d'Innovation en Éducation, il choisit un seul aspect de son domaine pour le rendre concret : l'apprentissage de l'autonomie et de la responsabilité.
Pourquoi ne suffit-il pas d'avoir de bonnes notes ?
Il part d'un lieu commun, qu'il assume : les compétences techniques et intellectuelles ne suffisent pas pour réussir sa vie privée comme professionnelle. Il faut aussi de l'ancrage, de la confiance, de l'équilibre émotionnel, de la capacité à écouter et à résoudre des conflits. L'éducation émotionnelle et sociale, explique-t-il, regroupe les éducateurs qui cherchent à développer ces compétences, souvent par des activités ludiques et des mises en situation, dont on tire ensuite les apprentissages dans un cercle de parole. Dans ce cadre, l'éducateur change de posture.
« Il pose des questions plus qu'il n'offre des réponses, guide la découverte, écoute, soutient, apprécie et encourage, plus qu'il n'exige l'attention sur ce qu'il cherche à communiquer. »
Que veut dire « reconnaître le choix » ?
C'est le cœur de l'article. Pour apprendre l'autonomie, l'enfant a besoin d'un cadre clair, avec des règles de vie bien définies, dans lequel il est libre d'explorer en fonction de ses propres choix. Plus il grandit, plus il est important qu'il comprenne que personne n'est là pour lui dire ce qu'il doit faire : c'est à lui de gérer son existence.
La stratégie de l'éducateur consiste alors à inviter régulièrement l'enfant à identifier les choix qu'il fait, à en clarifier les conséquences, puis, si besoin, à en repérer de préférables. Il ne les impose pas, il aide à les clarifier, en posant des questions comme celle-ci : que veux-tu réellement ?
« La stratégie de l'éducateur est celle de la reconnaissance du choix. »
L'auteur précise que ces questions ne portent pas seulement sur les grands projets d'avenir : elles concernent chaque geste du quotidien, les choix de penser et de se comporter, des choix d'être autant que de faire.
Cela veut-il dire que tout est permis ?
Non, insiste-t-il, et c'est un point qui rassure. Le cadre reste indispensable, et l'adulte maintient des limites. Mais plutôt que de règles imposées, il parle de contrats négociés ensemble, même si certaines règles ne se négocient pas. Offrir une liberté totale ferait perdre à l'enfant des apprentissages essentiels, ceux de la coopération, de la frustration, de la patience, du lâcher-prise et de l'autodiscipline. La rigueur, l'ordre et la structure gardent toute leur valeur : l'enjeu est de les faire émerger de la motivation de l'enfant, plutôt que de les imposer contre lui.
Que retenir pour la maison comme pour la classe ?
L'auteur ne donne pas de recette, mais une direction. Sa conclusion est large : pour construire le monde de demain, dit-il, il faut une approche pédagogique qui responsabilise davantage qu'elle n'infantilise. On trouvera d'autres idées pour cultiver l'autonomie à la maison dans l'article de Mélusine Harlé, publié dans le même numéro.
Pourquoi poser des questions plutôt que donner des réponses ?
L'argument de l'auteur est celui de la responsabilité. Un enfant à qui l'on dit toujours ce qu'il doit faire apprend à attendre qu'on le dise ; un enfant à qui l'on demande ce qu'il veut, et ce que ses choix produisent, apprend à se regarder agir. C'est ce que l'article appelle une approche qui responsabilise davantage qu'elle n'infantilise, et qui concerne autant l'école que la famille : l'auteur parle à chaque fois du climat scolaire et familial. Il précise que ce questionnement doit rester invitant, patient et bienveillant, et qu'il s'agit d'une compétence que l'éducateur développe peu à peu, et non d'un interrogatoire.
Cette posture demande, on le comprend, de renoncer à la réponse toute faite, y compris quand on est pressé. Mais elle s'inscrit dans un contrat clair, ce qui évite de laisser faire n'importe quoi et la distingue d'une liberté sans limites. Pour un parent ou un enseignant, la question devient alors moins « que dois-je lui interdire ? » que « quel cadre est assez clair pour qu'il puisse choisir librement à l'intérieur ? ».
Questions fréquentes
Éduquer à l'autonomie, est-ce laisser l'enfant décider de tout ?
Non. L'auteur insiste sur la nécessité d'un cadre clair et de limites. L'autonomie s'apprend à l'intérieur de ce cadre, en identifiant ses choix et leurs conséquences.
Comment un parent peut-il commencer ?
En posant des questions plutôt qu'en donnant des ordres, pour aider l'enfant à clarifier ce qu'il veut et ce qui le mène à ce résultat.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La présentation de l'éducation émotionnelle et sociale et de ses activités ludiques.
- Les questions que l'éducateur peut poser pour aider l'enfant à clarifier ses choix.
- La manière de négocier un contrat plutôt que d'imposer des règles, et les règles qui restent non négociables.
- Les références des ouvrages et de l'association de l'auteur.
