Éduquer son enfant : obligation de moyens ou de résultat ?
On juge vite un parent au comportement de son enfant. Dans le n°31 d'Innovation en Éducation, la coach parentale Lydia Pfister propose de changer la question : qu'ai-je fait de ce qui était en mon pouvoir ?
Tiré du magazine · n°31C'est quoi être un bon parent aujourd'hui ?
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Un enfant qui crie, qui tape ou « ne se comporte pas comme il faut » est-il forcément un enfant mal élevé ? Pour Lydia Pfister, coach parentale et éducatrice certifiée en discipline positive, cette croyance est répandue et erronée. Elle propose d'emprunter au monde du travail une distinction inattendue : en éducation, mieux vaut une obligation de moyens qu'une obligation de résultat.
Mère de cinq enfants, Lydia Pfister a accompagné plus de 500 familles. Dans le n°31 d'Innovation en Éducation, elle raconte aussi avoir longtemps eu l'impression que le comportement de ses enfants devait prouver quelque chose sur elle.
Pourquoi le comportement d'un enfant ne mesure-t-il pas la qualité d'un parent ?
Parce qu'il dépend de bien d'autres paramètres que l'éducation reçue : le tempérament de l'enfant, ses croyances, son stade de développement, son environnement, sa sensibilité. L'autrice ajoute une nuance que beaucoup de familles reconnaîtront : il y a l'éducation que l'on veut transmettre et celle que l'enfant enregistre réellement. Dans une même fratrie, deux enfants peuvent garder des souvenirs très différents de leur enfance, parce que chacun reçoit l'éducation avec son propre vécu.
Quand on cherche des résultats (des crises qui cessent aussitôt, des enfants qui obéissent), on cherche en réalité à contrôler. Cette recherche, observe-t-elle, enferme, épuise et culpabilise. Elle répète donc aux parents une phrase simple.
« La seule personne que tu peux contrôler, c'est toi-même. »
Si l'on ne contrôle pas son enfant, que reste-t-il ?
L'influence, et elle n'est pas mince. Lydia Pfister distingue nettement les deux. Nous n'avons pas de prise sur le comportement de l'enfant, mais notre manière de réagir peut apaiser une situation, l'aggraver ou ouvrir la porte à un apprentissage. Les enfants nous observent : comment nous gérons nos émotions, comment nous parlons, comment nous posons une limite, comment nous réparons nos erreurs.
Elle insiste aussi sur le mot « accompagner », qui veut dire marcher à côté, soutenir, guider, sans faire à la place. Un exemple concret : on est tenté, pour éviter la honte ou le regard des autres, d'anticiper et d'épargner à l'enfant toute conséquence. Or accompagner, ce n'est pas protéger de tout inconfort, c'est être présent, montrer de l'empathie et le laisser vivre les conséquences naturelles de ses actes.
Quelle question se poser à la place de « qu'ai-je raté ? »
Selon l'autrice, la seule question qui ait du sens est : « est-ce que j'ai fait ce qui était en mon pouvoir dans cette situation ? » Une autre l'accompagne : comment puis-je maintenir la relation ? Pour elle, ce qui compte le plus est la connexion. Quand le lien est solide, l'influence du parent est plus forte, ses limites sont mieux acceptées et le « je t'aime » est non seulement entendu, mais ressenti.
Elle assume enfin une idée qui peut soulager : les enfants feront leurs propres choix, parfois proches de nos valeurs, parfois très différents. Notre part se limite à notre posture, nos mots et notre façon d'aimer.
« Quand j'ai fait ma part, je peux relâcher ce qui ne m'appartient pas. »
Comment faire respecter une limite sans rapport de force ?
L'autrice consacre un encadré à ce qu'elle considère comme l'un de ses meilleurs conseils : au lieu d'exiger un comportement de l'enfant, poser ses propres limites, en annonçant ce que l'on fera désormais. Le magazine l'illustre par trois situations du quotidien, dont une querelle autour d'un jouet, avec des phrases toutes prêtes. Le magazine en donne le contenu complet.
Questions fréquentes
Un enfant qui se comporte mal est-il mal élevé ?
Pas nécessairement, selon Lydia Pfister : son comportement dépend aussi de son tempérament, de son développement, de son environnement et de sa sensibilité.
Quelle différence entre contrôler et influencer ?
Contrôler, c'est vouloir obtenir un comportement précis. Influencer, c'est agir sur ce qui dépend de nous : notre posture, nos mots, la qualité du lien.
Laisser un enfant vivre les conséquences de ses actes, est-ce l'abandonner ?
Non : l'autrice précise que l'on reste présent et empathique, mais que l'on ne fait pas à sa place.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'encadré « Un de mes meilleurs conseils aux parents », avec ses trois exemples de limites que l'on pose pour soi.
- Le rôle de l'accompagnement selon l'âge de l'enfant, du tout-petit à l'enfant plus autonome.
- La différence entre contrôle et influence, développée avec les deux besoins humains que le lien nourrit.
- Le récit de la mère de cinq enfants qui a changé de cap.
