Comment les émotions influencent-elles l'attention des élèves ?
Un élève inquiet a du mal à se concentrer, un élève qui prend plaisir retient mieux. Dans le n°23 d'Innovation en Éducation, Marie Legrand décrit le lien entre émotions et apprentissage.
Tiré du magazine · n°23Problème d’attention, le nouveau mal du siècle ?
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Elles pèsent directement sur elle. Une émotion agréable soutient l'engagement et aide à rester concentré ; l'anxiété ou la peur, à l'inverse, dispersent l'attention et freinent la participation. Dans le n°23 d'Innovation en Éducation, Marie Legrand, docteure en sciences de l'éducation, coach et formatrice, montre comment parents et enseignants peuvent faire une place aux émotions pour mieux soutenir les apprentissages.
Émotion et sentiment, deux choses distinctes
L'autrice commence par une distinction utile. L'émotion est soudaine, elle passe par le corps (on rougit, on tremble, le cœur s'accélère) et on ne la commande pas. Le sentiment, lui, s'installe dans la durée.
« On vit une émotion, on éprouve un sentiment. »
Puisqu'on ne peut pas empêcher une émotion de surgir, le levier se trouve ailleurs : l'accueillir et la comprendre, ce qui commence par reconnaître les signaux que le corps envoie. Chacun a d'ailleurs sa propre palette émotionnelle, qui reflète son histoire et sa personnalité.
Il n'y a pas de mauvaises émotions
Deuxième idée forte de l'article : chaque émotion a une fonction, y compris celles que l'on juge négatives.
« Toutes les émotions, même celles perçues comme négatives, ont une valeur et une utilité. »
Marie Legrand s'appuie sur le neuroscientifique Antonio Damasio, pour qui l'équilibre intérieur conditionne le bon fonctionnement du cerveau, et sur Daniel Goleman, qui a popularisé la notion d'intelligence émotionnelle. Elle donne plusieurs exemples tirés de la classe. La peur avant un exposé peut pousser un élève à mieux se préparer ou à demander de l'aide, et l'enseignant qui la repère peut l'accompagner. Les films Vice-versa, rappelle-t-elle, ont rendu cette idée familière à beaucoup d'enfants.
Ce que les émotions font à l'attention
L'autrice détaille ensuite les différentes façons dont les émotions interviennent dans l'apprentissage, de la motivation à la créativité. Deux d'entre elles concernent directement l'attention.
D'abord, les émotions désagréables peuvent rendre l'attention instable. Marie Legrand cite des travaux américains sur les émotions liées à la réussite scolaire, qui montrent notamment que l'anxiété face aux évaluations perturbe la concentration et entame la motivation. À l'inverse, un élève qui se sent en sécurité et reconnu dans sa classe garde plus facilement son attention sur la tâche.
Ensuite, les émotions renforcent la mémoire. On se souvient mieux de ce qui nous a touchés. Un enseignant qui accompagne une notion d'une anecdote historique captivante aide ses élèves à retenir les faits qui vont avec : le récit, parce qu'il émeut, laisse une trace plus durable.
Ce lien entre émotion et perception se retrouve sous un autre angle dans l'article de Nicolas Poirel, qui montre qu'une émotion agréable modifie la manière dont un enfant regarde une image.
Plaisir et interactions, deux leviers à portée de main
Dans sa dernière partie, Marie Legrand s'intéresse à ce que parents et enseignants peuvent faire sans moyens particuliers. Elle s'appuie sur l'état d'esprit de développement décrit par la psychologue Carol Dweck, qui consiste à voir les difficultés comme des occasions d'apprendre. Encore faut-il, reconnaît-elle, ménager un espace pour les émotions, alors que le temps manque souvent, à l'école comme à la maison.
Elle présente les outils qu'elle a conçus dans ce but : un guide co-écrit avec la neuroscientifique Karine Bressand, qui part des différents types de personnalité, et un jeu de défis courts, réalisables en moins de dix minutes. Leur point commun est de faire du plaisir un moteur : quand on prend plaisir à apprendre, le circuit de la récompense s'active et donne envie de recommencer, même face aux difficultés.
Questions fréquentes
Les émotions influencent-elles la concentration des élèves ?
Oui. Selon Marie Legrand, l'anxiété et la peur peuvent disperser l'attention, alors qu'un élève qui se sent en sécurité et valorisé reste plus facilement concentré.
Faut-il éviter les émotions négatives en classe ?
Non. L'autrice rappelle que toutes les émotions ont une utilité : l'enjeu est de les accueillir et de les comprendre, pas de les faire taire.
Pourquoi retient-on mieux ce qui nous a émus ?
Parce que les souvenirs chargés d'émotion sont plus intenses et plus durables. Raconter une histoire autour d'une notion aide donc à la mémoriser.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les quatre raisons pour lesquelles toutes les émotions sont utiles, illustrées par des situations de classe.
- Les cinq façons dont les émotions interviennent dans l'apprentissage, de la motivation à la pensée divergente.
- La présentation du guide et du jeu conçus par l'autrice, et ce qu'ils proposent en classe comme en famille.
- Les références des travaux cités, de Damasio à Carol Dweck.
n°23 · Problème d’attention, le nouveau mal du siècle ?
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