L'IA est-elle bonne ou mauvaise pour le cerveau des enfants ?
Quarante-deux pour cent des jeunes Français utilisent déjà une IA générative chaque jour. Dans le n°30 d'Innovation en Éducation, la docteure en neurosciences Karine Bressand regarde ce que cela change pour un cerveau en développement.
Tiré du magazine · n°30IA : menace ou révolution ? LE guide pour parents et enseignants
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L'intelligence artificielle n'est ni un poison ni une bénédiction pour le cerveau d'un enfant : tout dépend de la place qu'on lui laisse. C'est la ligne de crête que suit Karine Bressand, docteure en neurosciences, auteure et formatrice. Selon elle, l'IA est un outil puissant, qui doit rester un assistant et non devenir un remplaçant de l'effort de penser.
Dans le n°30 d'Innovation en Éducation, elle part d'un constat : moins de trois ans après le lancement de ChatGPT, 42 % des jeunes Français utilisent des IA génératives au quotidien, d'après un baromètre qu'elle cite. Pour des cerveaux encore en construction, la question vaut pour les parents comme pour les enseignants.
Pourquoi parle-t-on de « cerveau » à propos d'une application ?
Parce que le cerveau fonctionne un peu comme un sentier : ce qu'on emprunte souvent s'élargit, ce qu'on délaisse se referme. Karine Bressand rappelle l'adage anglais use it or lose it, « utilise-le ou perds-le », qui résume la neuroplasticité (la capacité du cerveau à se remodeler selon ce qu'on lui fait faire).
« "Use it or lose it" (utilise le ou perd le) : cet adage s'adapte bien à notre cerveau puisque la neuroplasticité nécessite l'entretien des connexions neuronales par la répétition. »
Si l'IA fait à la place de l'enfant ce qui demandait un effort, quelles capacités risquent de ne pas s'entraîner ? L'autrice en retient quatre, qui sont aussi, relève-t-elle, des piliers de l'apprentissage : la motivation, l'attention, l'esprit critique et la mémorisation. Pour chacune, elle s'appuie sur des études récentes et explique ce que l'on observe.
Un exemple : que devient la mémoire quand tout se trouve en un clic ?
C'est l'effet Google, décrit dès 2011 avec les moteurs de recherche : quand une information est facile à retrouver, nous retenons surtout l'endroit où elle se trouve, et moins l'information elle-même. Avec l'IA, qui répond à n'importe quelle question, le réflexe de faire travailler sa mémoire devient plus rare encore.
Cela ne veut pas dire que l'outil serait à bannir. Karine Bressand cite aussi ses apports : repérer les lacunes de chaque élève, l'aider à avancer à son rythme, lui offrir un retour immédiat. Pour elle, les inquiétudes viennent moins de l'outil que de ses usages.
À quel âge peut-on introduire l'IA ?
Plusieurs repères existent, et l'article les rassemble. L'Organisation mondiale de la santé déconseille les écrans avant 3 ans, l'UNESCO suggère de n'utiliser l'IA générative en classe qu'après 13 ans, et l'Éducation nationale a défini un cadre progressif, de la sensibilisation à l'école primaire jusqu'à un usage autonome mais balisé au lycée. L'autrice, citant la chercheuse Céline Gainet, résume la direction à suivre.
« Son entrée dans l'éducation doit donc se faire tardivement, progressivement et de façon encadrée. »
Que faire concrètement à la maison ?
L'article propose neuf pistes pour la maison, et c'est ce qui le rend utile à un parent : elles ne demandent ni matériel ni connaissances techniques. Elles passent par des jeux, de la lecture, des habitudes de discussion et un peu d'exemplarité. On y trouve notamment l'idée d'apprendre à l'enfant à douter des réponses d'une IA et à confronter ses idées à celles d'autres personnes, et celle de s'entraîner à se rappeler une information avant d'aller la chercher en ligne. L'autrice y ajoute une proposition collective : un pacte entre élèves, parents et enseignants pour un usage transparent et responsable.
Une dernière piste, qui touche particulièrement les enseignants comme les parents, relie l'IA à la santé : un usage frugal, c'est-à-dire réservé aux besoins où elle apporte vraiment quelque chose, ménage à la fois la planète et notre cerveau.
Faut-il apprendre à apprendre avant d'apprendre l'IA ?
C'est la conclusion de l'article, et elle est un peu piquante. Karine Bressand précise que son texte a été écrit à 100 % par un cerveau humain, avec l'aide de moteurs de recherche, et se demande si une IA l'aurait mieux rédigé. Elle n'en sait rien, mais elle sait ce qu'elle aurait perdu : le plaisir de sentir son cerveau fonctionner. Son message, sans culpabiliser personne : commençons par transmettre aux enfants le plaisir d'utiliser leur cerveau, puis apprenons-leur à utiliser l'IA.
Questions fréquentes
L'IA est-elle dangereuse pour le cerveau de l'enfant ?
Pas en elle-même, selon l'autrice. Le risque tient à un usage systématique qui remplacerait l'effort de réfléchir, de mémoriser et de se concentrer. La recherche sur le sujet est encore récente, et l'article le dit.
À partir de quel âge un enfant peut-il utiliser une IA générative ?
Les repères cités sont ceux de l'UNESCO, qui conseille l'usage en classe après 13 ans, et de l'Éducation nationale, qui prévoit une sensibilisation dès l'école primaire puis un usage encadré à partir de la quatrième.
Comment l'entraîner à garder l'esprit critique ?
En lui apprenant à douter des réponses de l'IA et à les confronter à d'autres sources et à d'autres personnes. Le magazine détaille les gestes à la maison.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les quatre capacités que l'usage excessif de l'IA peut fragiliser, avec les études sur lesquelles s'appuie l'autrice.
- Le détail des repères d'âge de l'OMS, de l'UNESCO et de l'Éducation nationale.
- Les neuf gestes proposés pour entraîner la pensée critique, la mémoire, l'attention et la créativité de l'enfant à la maison.
- L'idée d'un pacte entre élèves, parents et enseignants, et la question de la sobriété environnementale.
- Les références des études citées, en fin d'article.
