L'attention s'apprend-elle ? Les réponses de Jean-Philippe Lachaux
Invité du n°23 d'Innovation en Éducation, Jean-Philippe Lachaux, directeur de recherche à l'Inserm, propose une autre manière de voir l'attention, plus douce et plus efficace.
Tiré du magazine · n°23Problème d’attention, le nouveau mal du siècle ?
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Oui, à condition de bien voir ce qui s'apprend. Pour Jean-Philippe Lachaux, directeur de recherche à l'Inserm au Centre de recherche en neurosciences de Lyon, nous sommes toujours attentifs à quelque chose ; ce qui progresse avec l'entraînement, c'est la stabilité de cette attention. Invité du n°23 d'Innovation en Éducation, il propose de la voir non comme un fauve à mater, mais comme un funambule que l'on aide à garder l'équilibre.
Un chercheur au service des familles et des écoles
Jean-Philippe Lachaux est l'un des spécialistes de l'attention les plus écoutés en France. Avec son équipe, il étudie les mécanismes cérébraux de la concentration et s'attache à en tirer des outils pour les parents et les enseignants. Le plus connu est le programme ATOLE, pour apprendre l'attention à l'école. Dans l'entretien, il raconte avec humour d'où lui vient cette passion, née d'expériences d'adolescent menées dans sa chambre avec une montre.
Un mal profond, qui dépasse l'école
Interrogé sur le titre du numéro, qui se demande si les problèmes d'attention sont le nouveau mal du siècle, il ne minimise rien : c'est toute notre culture qui glisse vers des formats courts, de la musique au cinéma en passant par le sport. Son inquiétude porte d'abord sur ce que cela change pour l'apprentissage.
« Si on n'est plus capable de maintenir cette attention longue sans gratification, coincés dans notre circuit de la récompense, on va s'interdire tout un ensemble d'apprentissages. »
Tout apprentissage, explique-t-il, réclame au départ un effort sans retour immédiat : on échoue souvent avant d'y prendre plaisir, comme en musique. Il s'inquiète aussi de la façon dont les plateformes nous enferment dans les mêmes centres d'intérêt. Mais il refuse la résignation. Éduquer les enfants à leur attention dès le plus jeune âge reste à ses yeux le levier le plus direct, pour qu'ils arrivent sur les réseaux sociaux en connaissant les forces en présence.
Le tigre et le funambule
L'image qui a donné son titre à l'entretien éclaire tout le reste. Dans la conception du « tigre », l'attention chercherait sans cesse à s'échapper et il faudrait la tenir par la seule force de la volonté. Chaque distraction devient alors un échec personnel. Jean-Philippe Lachaux rappelle que le cerveau est un réseau de quelque 86 milliards de neurones en activité permanente, que la petite région chargée du contrôle volontaire ne peut pas gouverner à elle seule. Les dérives de l'attention sont donc normales. Ce qui s'apprend, c'est à les remarquer et à revenir, en douceur, comme un funambule qui retrouve son équilibre.
Cette vision change aussi le rapport à l'effort. Le chercheur s'étonne que la concentration soit si souvent associée à des fronts plissés, alors que beaucoup se concentrent pour se détendre, sur une grille de sudoku ou un coloriage. Être concentré, c'est simplement être en lien avec ce que l'on fait. Les élèves qui jouent à chat dans la cour après une heure de classe ne font d'ailleurs pas autre chose.
Partager le travail de l'attention en classe
Aux enseignants, Jean-Philippe Lachaux tient un discours franc : un seul adulte ne peut pas porter à lui seul l'attention de trente élèves. Ce travail doit être partagé, ce qui suppose que les élèves disposent d'un vocabulaire commun pour en parler. C'est tout l'objet d'une éducation à l'attention, qu'il imagine un jour intégrée aux programmes. Il y ajoute un conseil de bon sens : un enfant est plus attentif quand on lui dit sur quoi, et à quel moment, porter son attention. C'est aussi le point de départ de l'article de Nicole Bouin sur l'attention en classe.
Des outils pour l'école comme pour la maison
L'entretien présente plusieurs techniques. Les mini-missions consistent à découper une tâche complexe en étapes simples, chacune portée par une intention claire, ni trop large ni trop fine ; exemples à l'appui, Jean-Philippe Lachaux montre comment bien les calibrer. Le pensoscope, lui, entraîne à repérer les pensées qui détournent l'attention. Il décrit aussi des expériences à faire à table, en famille, avec un verre d'eau ou deux feuilles d'essuie-tout. Le détail de ces exercices est à découvrir dans le magazine.
Il termine sur le circuit de la récompense, qu'il compare au vent pour un navigateur : une force qu'il ne s'agit pas de combattre, mais d'apprendre à utiliser, parce qu'elle mène parfois dans la bonne direction, et parfois non.
Questions fréquentes
L'attention peut-elle s'apprendre ?
Selon Jean-Philippe Lachaux, l'attention elle-même est innée : nous sommes toujours attentifs à quelque chose. C'est sa stabilité, la capacité à rester sur ce que l'on a choisi, qui s'apprend et progresse avec l'entraînement.
Être distrait, est-ce un échec ?
Non. Pour le chercheur, les dérives de l'attention sont normales. L'enjeu est de les remarquer et de ramener l'attention sur la tâche, sans se le reprocher.
Qu'est-ce que le programme ATOLE ?
Un programme conçu par Jean-Philippe Lachaux et son équipe avec des professionnels de l'enfance, pour apprendre aux élèves comment fonctionne leur attention et comment la maîtriser.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien complet avec Jean-Philippe Lachaux, sur huit pages.
- La technique des mini-missions, avec les exemples qui montrent comment bien les dimensionner.
- Le fonctionnement du pensoscope, pas à pas.
- Les expériences de concentration à faire à table, en famille.
- Son analyse du sommeil, du circuit de la récompense et de ce qui se joue dans un simple geste du pouce sur l'écran.
n°23 · Problème d’attention, le nouveau mal du siècle ?
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