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Qu'est-ce qui rend vraiment heureux⁠ ⁠? Ce qu'en disent les neurosciences

Que voulez-vous être plus tard⁠ ⁠? Heureux. Mais de quoi le bonheur est-il fait⁠ ⁠? Kamélia Sassi rassemble ce qu'une étude de Harvard menée sur trois quarts de siècle et les neurosciences sociales en disent.

Le n°8 d'Innovation en Éducation ouvert sur les pages de cet article
Tiré du magazine · n°8Maitriser la "neuroéducation" Voir ce numéro

Selon les recherches rassemblées dans cet article, ce qui rend durablement heureux, ce ne sont ni l'argent, ni le pouvoir, ni la notoriété, mais la qualité de nos relations proches. Une étude de l'université Harvard, qui a suivi des centaines de personnes pendant près de 75 ans, montre que les liens de confiance protègent la santé, le cerveau et la longévité, tandis que la solitude les fragilise. Les neurosciences sociales commencent à expliquer pourquoi : une relation chaleureuse change le fonctionnement du cerveau et du corps.

C'est la synthèse que propose Kamélia Sassi dans le n°8 d'Innovation en Éducation. Chef de projet Amélioration continue à la Direction de l'éducation de la ville d'Aix-en-Provence, enseignante à l'Université d'Aix-Marseille et mère de deux enfants, elle se passionne pour les sciences cognitives, qu'elle vulgarise aussi en ligne.

Que révèle l'étude de Harvard sur le bonheur ?

L'étude commence en 1938. Elle suit deux groupes que tout oppose : des étudiants d'une prestigieuse université et des garçons de 11 à 16 ans issus du quartier le plus pauvre de Boston. Au total, 724 hommes, puis leurs descendants, ont été interrogés sur leur travail, leurs relations, leurs loisirs ou leur mariage, et ont passé régulièrement des examens médicaux, jusqu'à des examens de leur cerveau.

« Ni la richesse, ni le pouvoir, ni même la célébrité ne constituent l'essence d'une vie saine et heureuse. »

Kamélia Sassi, chef de projet Amélioration continue à la Direction de l'éducation de la ville d'Aix-en-ProvenceExtrait du n°8, p. 73

Robert Waldinger, quatrième directeur de cette recherche, en tire une leçon qui interroge : nous passons beaucoup de temps à poursuivre ce que nous croyons essentiel, pour découvrir que cela ne contribue guère à notre bonheur.

Les relations comptent-elles plus que le nombre d'amis ?

Oui, et c'est l'une des conclusions les plus parlantes de l'étude. Ce n'est pas la quantité de relations qui protège, mais leur qualité. Vivre au centre d'un conflit permanent pèse autant sur la santé qu'une maladie de longue durée, alors qu'un climat chaleureux protège. Autre enseignement : la solitude ne se contente pas d'attrister. Elle accélère le déclin de la santé au milieu de la vie et celui des capacités cérébrales.

L'article ajoute un troisième résultat de l'étude, sur la mémoire, et un exemple frappant venu d'un village de Sardaigne où l'on vit souvent centenaire. La psychologue Susan Pinker y a relevé les facteurs de longévité des habitants ; les deux premiers concernent leur vie sociale.

Que se passe-t-il dans le cerveau quand on est bien entouré ?

C'est le champ des neurosciences sociales, qui étudient les mécanismes biologiques de nos relations. Selon les travaux présentés dans l'article, le cerveau fonctionne autrement lorsqu'il échange avec une personne appréciée, avec des effets favorables sur la tension, le sommeil ou le stress. Les échanges de confiance rendraient aussi nos réflexions plus rapides et plus pertinentes.

L'article décrit le rôle de deux messagers chimiques dans ces effets, l'ocytocine, associée à la confiance et à l'empathie, et la dopamine, liée au plaisir. Il cite plusieurs recherches universitaires à l'appui ; le détail est dans le magazine. Pour le lecteur du n°8, ces mécanismes font écho à l'article consacré aux émotions positives.

Les relations en ligne comptent-elles aussi ?

La question se pose pour les adultes comme pour les adolescents. Kamélia Sassi refuse les positions tranchées : internet permet d'entretenir et d'élargir ses liens, et de nombreux chercheurs s'accordent à dire qu'il n'appauvrit pas la vie relationnelle. Mais il ne remplace pas la présence physique, qui mobilise tous les sens et s'inscrit plus profondément dans la mémoire. Elle propose d'y voir un prolongement de la sociabilité plutôt qu'un substitut.

Comment construire des relations de qualité ?

L'autrice termine par trois conseils tirés des expériences scientifiques. Le premier est d'être disponible, et pas seulement en cas de coup dur : partager ses joies comme ses doutes, prendre des nouvelles, écouter vraiment. Le deuxième tient en une phrase qu'elle met en exergue :

« Le temps que vous consacrez à vos relations est un indicateur sans équivoque de l'importance que vous accordez à l'autre. »

Kamélia Sassi, chef de projet Amélioration continue à la Direction de l'éducation de la ville d'Aix-en-ProvenceExtrait du n°8, p. 74

Le troisième conseil, et sa conclusion sur la place des liens sociaux dans l'éducation, sont dans le magazine. Elle y plaide notamment pour qu'on apprenne aux enfants, dès le plus jeune âge, l'art de se faire des amis. La dimension relationnelle du travail est prolongée, dans le même numéro, par l'entretien avec Samah Karaki sur le travail en équipe.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui rend heureux selon la science ?

L'étude de Harvard présentée dans l'article, menée pendant près de 75 ans, conclut que la qualité des relations proches compte davantage que la richesse, le pouvoir ou la célébrité pour une vie saine et heureuse.

La solitude a-t-elle un effet sur le cerveau ?

Selon cette même étude, la solitude s'accompagne d'un déclin plus rapide de la santé au milieu de la vie et des capacités cérébrales, et d'une durée de vie plus courte.

Les amitiés en ligne rendent-elles aussi heureux ?

Elles prolongent la vie sociale, selon l'autrice, mais ne remplacent pas la présence physique, qui mobilise tous les sens et marque plus durablement la mémoire. Elle conseille de les voir comme un complément.

Les mots-clés de cet article
Pour aller plus loin · n°8

Ce que vous trouverez dans le magazine

  1. Les trois conclusions de l'étude de Harvard, dont celle qui concerne la mémoire.
  2. L'exemple du village sarde de Villagrande et ses facteurs de longévité.
  3. Le rôle de l'ocytocine et de la dopamine dans nos relations, études à l'appui.
  4. Les trois conseils pour construire des liens solides, et la conclusion de l'autrice sur l'éducation.
Couverture du n°8
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