Comment développer l'esprit critique de son enfant au quotidien ?
Avant de débattre, un enfant apprend à choisir. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, la neuropsychologue Stéphanie Soulié montre comment le quotidien devient un terrain d'entraînement à l'autonomie et au sens critique.
Tiré du magazine · n°12Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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L'esprit critique ne se résume pas à débattre. Il commence beaucoup plus tôt, par la capacité de faire des choix. Pour la neuropsychologue Stéphanie Soulié, les parents peuvent l'entraîner à chaque moment de la journée, à condition de laisser un peu plus de place à l'enfant.
Neuropsychologue depuis quinze ans, Stéphanie Soulié reçoit en libéral des enfants et leurs familles. Elle s'intéresse aux capacités d'autorégulation et au rôle des parents dans le développement de l'enfant. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, elle explique que la prise de décision relève des fonctions exécutives, situées dans le lobe préfrontal, la dernière partie du cerveau à se développer. Cette zone reste donc malléable : l'environnement et l'accompagnement des parents comptent.
Par où commencer pour rendre un enfant plus autonome ?
Par un regard sur soi. L'autrice invite à se demander tout ce que l'on fait ou dit à la place de l'enfant alors qu'il en serait capable. Elle s'appuie sur deux notions. La première est la zone de développement proximal du psychologue Lev Vygotski : ce que l'enfant ne sait pas faire seul mais réussit avec un adulte mieux informé. La seconde est le scaffolding, ou échafaudage, qui consiste à apporter la juste aide, ni trop ni trop peu, en la retirant à mesure que l'enfant progresse.
Elle ajoute un point délicat sans jamais culpabiliser : nos croyances influencent nos gestes. Un parent qui voit son enfant comme un être fragile tend à faire les choses à sa place. Celui qui le voit comme une personne à part entière, avec ses pensées et ses sentiments, l'aide à gagner en autonomie.
Que faire concrètement le matin ?
C'est l'exemple qui parle le plus. Dans sa pratique, Stéphanie Soulié rencontre beaucoup d'enfants qui ne font presque rien seuls le matin, alors qu'ils en ont les capacités : leurs parents ont pris l'habitude de répéter chaque étape, ou de faire à leur place pour aller plus vite. Elle suggère de procéder en trois temps : montrer, faire avec, puis laisser faire. Elle encourage même les petits ratés, ces gestes faits autrement que nous l'aurions fait.
« La clé est de lui laisser suffisamment d'autonomie, lui permettre de s'exprimer et d'agir en lui laissant le temps. »
Et au retour de l'école, au moment des devoirs ?
L'article consacre un passage au goûter et aux devoirs, avec des attitudes précises quand l'enfant appelle à l'aide ou fait une erreur. Le magazine en donne le détail. L'idée générale : la juste aide varie d'un enfant à l'autre, et l'on peut s'appuyer sur une routine claire pour ne pas avoir à répéter.
Comment offrir de vrais choix à un enfant ?
Les occasions sont nombreuses : choisir un vêtement, sa tenue selon la météo, le menu du soir. L'autrice recommande de poser des questions ouvertes, qui ne contiennent pas déjà la réponse, et d'accepter qu'un enfant pense autrement que nous. Les repas sont aussi un moment pour lancer une conversation et laisser s'exprimer un avis. Elle propose enfin un petit défi quotidien aux enfants qui prennent peu d'initiatives.
Ce choix répété nourrit la confiance, l'estime de soi et le sentiment d'auto-efficacité, c'est-à-dire la croyance en sa propre capacité à réussir.
Aider un enfant à décider ne veut pas dire lui laisser fixer les règles, et l'autrice le précise clairement.
« L'autonomie qui lui est accordée doit être encadrée par des règles essentielles à son développement. »
Et à table ?
Les repas sont, selon l'autrice, un moment privilégié pour exercer son esprit critique. On peut y laisser l'enfant lancer une conversation, donner son avis sur différents sujets, et accepter qu'il pense autrement que nous, en lui laissant le temps de s'exprimer. S'il a du mal à se lancer, on peut commencer en lui demandant son opinion. Les repas permettent aussi de développer son autonomie : se servir seul, ouvrir une bouteille, un paquet ou un pot de yaourt. Rien d'extraordinaire, mais autant d'occasions de décider et d'agir.
Questions fréquentes
À quel âge peut-on commencer à faire choisir un enfant ?
L'autrice parle de choix dès le plus jeune âge, adaptés à ce que l'enfant peut faire : choisir un vêtement, un plat, une activité en famille.
Laisser faire un enfant, est-ce renoncer à l'accompagner ?
Non. Le scaffolding consiste à ajuster l'aide : on montre, on fait avec, puis on se retire, en restant disponible.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les notions de zone de développement proximal et de scaffolding, expliquées pas à pas.
- Les attitudes à adopter au retour de l'école, au goûter et pendant les devoirs.
- Les exemples de situations où proposer un choix, et les formulations de questions ouvertes.
- La méthode en trois temps pour la routine du matin, avec les erreurs à encourager.
n°12 · Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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