Comment aider un enfant à résister aux distractions ?
Pourquoi un enfant a-t-il tant de mal à résister à son téléphone ou au bruit d'à côté ? La neuropsychologue Stéphanie Soulié répond dans le n°23 d'Innovation en Éducation, en partant de la relation parent-enfant.
Tiré du magazine · n°23Problème d’attention, le nouveau mal du siècle ?
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En comprenant d'abord que cette capacité mûrit lentement, puis en laissant davantage la main à l'enfant plutôt qu'en le contrôlant. C'est la piste que propose Stéphanie Soulié, neuropsychologue, dans le n°23 d'Innovation en Éducation. Résister à une distraction relève d'une fonction du cerveau, le contrôle inhibiteur, qui ne se pilote pas de l'extérieur : l'adulte peut l'aider à se développer, pas l'exercer à la place de l'enfant.
Un frein et un filtre
Le contrôle inhibiteur fait partie des fonctions exécutives, ces capacités qui coordonnent l'activité du cerveau à la manière d'un chef d'orchestre. Il agit comme un frein et comme un filtre : il permet de résister à une envie, ou de tenir à distance ce qui détourne, qu'il s'agisse d'un téléphone, d'un bruit, ou d'une émotion et d'une pensée qui surgissent. Stéphanie Soulié prend l'exemple de Cléalie, 12 ans, qui reste à ses devoirs pendant que son frère et sa sœur jouent dans la pièce voisine.
Cette fonction dépend du cortex préfrontal, à l'avant du cerveau, la dernière région à arriver à maturité, vers 25 à 30 ans. Une maturation aussi lente laisse une large place à l'environnement, et l'autrice cite des recherches récentes selon lesquelles les pratiques parentales soutiennent ce développement, au fil des situations du quotidien.
Pourquoi c'est si difficile pour un enfant
Les régions du cerveau ne mûrissent pas au même rythme. Celles qui gèrent les émotions, le plaisir et la récompense se développent plus vite que celles qui permettent de les réguler. Les enfants et les adolescents sont donc plus sensibles que les adultes à ce qui attire et distrait. L'autrice ajoute qu'à l'adolescence, le contrôle de soi fonctionne plutôt bien quand peu d'émotions sont en jeu, et beaucoup moins dans les situations chargées affectivement.
L'enjeu dépasse la soirée de devoirs. Un encadré de l'article rapporte les travaux de la psychologue Terrie Moffitt :
« Les capacités à se contrôler entre 4 et 11 ans prédisent la réussite scolaire et les conduites à risques à l'adolescence, mieux que l'intelligence. »
Quand « concentre-toi » ne fonctionne pas
Stéphanie Soulié reçoit d'abord les parents. Formée à une méthode centrée sur l'interaction parent-enfant, puis à la thérapie brève selon le modèle de Palo Alto auprès de l'équipe d'Emmanuelle Piquet, elle s'intéresse moins au « problème » de l'enfant qu'aux échanges qui l'entretiennent, ou qui peuvent le résoudre. Elle accueille souvent des parents épuisés par une lutte quotidienne contre la distraction de leur enfant, et qui ont déjà tout essayé.
Son analyse est éclairante. Quand le parent tente de maîtriser de l'extérieur l'envie de bouger ou de se distraire de son enfant, la relation se tend, et l'enfant résiste d'autant plus. L'injonction « concentre-toi », si naturelle, produit alors souvent l'effet inverse de celui recherché.
« La résistance à la distraction ne se contrôle pas par l'externe, elle est propre à l'enfant. »
Ce constat n'a rien d'un reproche. Dans l'exemple qu'elle détaille, l'autrice salue l'énergie déployée par la mère qui la consulte, et cherche avec elle une autre manière de faire.
Faire confiance, et laisser l'enfant reprendre la main
Les neurosciences affectives et sociales soulignent l'importance de la qualité de la relation parent-enfant pour le développement du cerveau, et voient dans le soutien à l'autonomie un bon prédicteur des fonctions exécutives. Pour Stéphanie Soulié, le défi des parents d'aujourd'hui est donc de laisser leurs enfants faire par eux-mêmes, afin qu'ils construisent leur confiance et une motivation qui leur appartienne, plus durable qu'une récompense. Elle va jusqu'à proposer, quand rien de ce qui a été tenté ne fonctionne, de laisser l'enfant s'expliquer avec son professeur et assumer les conséquences d'un travail non fait.
L'article se termine par le récit d'une consultation, celui d'une collégienne de 11 ans et de sa mère, où l'autrice met en œuvre une stratégie dite « à 180° ». La métaphore du tandem qu'elle emploie, et la façon dont la situation évolue en quelques semaines, sont à lire dans le magazine. C'est une approche parmi d'autres, que chaque famille adaptera à sa situation et à son enfant.
Questions fréquentes
Pourquoi mon enfant se laisse-t-il si facilement distraire ?
Parce que la capacité à résister aux distractions dépend du cortex préfrontal, qui mûrit jusqu'à 25 ou 30 ans, alors que les zones du plaisir et de la récompense se développent plus vite. C'est une étape normale du développement.
Répéter « concentre-toi » aide-t-il un enfant ?
Selon Stéphanie Soulié, rarement : la résistance à la distraction ne se contrôle pas de l'extérieur. Soutenir l'autonomie de l'enfant l'aide davantage à la développer.
Qu'est-ce que le contrôle inhibiteur ?
C'est une fonction exécutive qui agit comme un frein et un filtre : elle permet de résister à une envie ou à une distraction, extérieure ou intérieure.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le récit complet d'une consultation, de l'épuisement de la mère au changement de la collégienne.
- La stratégie « à 180° » du modèle de Palo Alto, et les mots proposés à la mère pour l'annoncer à sa fille.
- Les métaphores du tandem et de la partition, pour comprendre ce qui se joue entre parent et enfant.
- L'encadré sur les travaux de Terrie Moffitt et ce que le contrôle de soi prédit à l'âge adulte.
n°23 · Problème d’attention, le nouveau mal du siècle ?
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