Être un bon parent : faut-il d'abord désapprendre ? Le point de vue d'Isabelle Filliozat
Dans le n°31 d'Innovation en Éducation, la psychothérapeute Isabelle Filliozat remet en cause une vision de l'enfant qui, selon elle, colore encore notre quotidien. Sa réponse : écouter les besoins plutôt qu'appliquer des théories.
Tiré du magazine · n°31C'est quoi être un bon parent aujourd'hui ?
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Faut-il être un « bon parent » ? Pour la psychothérapeute Isabelle Filliozat, la question elle-même est déjà un piège. Elle propose de la remplacer par une autre, plus simple et plus utile : ma relation à mon enfant est-elle bonne ? Dans le n°31 d'Innovation en Éducation, elle explique pourquoi cela suppose, d'abord, de désapprendre.
Pionnière de la parentalité positive en France, Isabelle Filliozat est l'autrice de plus d'une cinquantaine d'ouvrages, dont Au cœur des émotions de l'enfant et Il n'y a pas de parent parfait. L'entretien du magazine est un point de vue assumé : il décrit ce qu'elle observe et ce qu'elle défend, et c'est ainsi qu'il est présenté.
De quelle vision de l'enfant parle-t-elle ?
Isabelle Filliozat part d'un constat : une manière de regarder l'enfant, héritée de la théorie freudienne, serait si intégrée à notre culture que nous ne la remarquons plus. Dans cette lecture, l'enfant arrive au monde avec des pulsions qu'il faut contenir, et ses comportements sont souvent interprétés comme des caprices ou des manipulations. La relation parent-enfant devient alors un rapport de force, où l'adulte doit tenir bon pour ne pas fabriquer un « enfant-roi ».
Selon l'autrice, cette vision a produit une méfiance envers nos élans naturels : consoler un tout-petit qui pleure, le porter, écouter son émotion. Beaucoup de parents ont entendu qu'ils « surprotégeaient », alors qu'ils suivaient simplement leur instinct de protection. Elle remarque aussi que, en France, de nombreux professionnels qui entourent les familles restent formés à cette approche, alors que d'autres pays se tournent davantage vers les neurosciences et la théorie de l'attachement. C'est un état des lieux qu'elle présente de son point de vue, et que le magazine laisse à sa responsabilité.
Qu'est-ce qu'un enfant qui pleure cherche à dire ?
C'est le cœur de l'entretien, et la réponse est franche : un besoin. Pour Isabelle Filliozat, l'enfant naît avec des compétences relationnelles et un besoin vital de lien.
« Un enfant qui pleure, qui rage, qui s'accroche, ne joue pas un scénario œdipien. Il exprime un besoin de sécurité, de connexion, de régulation. »
Elle s'appuie sur les neurosciences affectives pour expliquer pourquoi un tout-petit ne peut pas se calmer seul : la partie du cerveau qui permet de freiner la réaction de stress n'est pas encore bien reliée aux zones de l'émotion. C'est donc à l'adulte de lui prêter son calme, ce que l'on appelle la co-régulation. Et quand un parent sent son cœur se serrer devant les larmes de son bébé, ce n'est pas, dit-elle, une projection à combattre, mais une résonance qui l'invite à répondre.
Que veut dire « désapprendre » quand on est parent ?
Plutôt que d'appliquer des théories, Isabelle Filliozat invite à se mettre à l'écoute de soi et de son enfant, parce que chaque relation est unique. Elle va plus loin : vivre avec un enfant peut nous reconnecter à l'émerveillement, et ce sont nos enfants qui nous obligent à revisiter nos automatismes et nos blessures. Se tromper fait, selon elle, partie de la « danse d'accordage » entre un parent et son enfant, où chacun apprend à décoder l'autre.
Elle rappelle aussi que nos propres parents n'étaient pas de mauvais parents : ils ignoraient, à l'époque, le fonctionnement du cerveau d'un petit. L'entretien s'achève sur une invitation à sortir du jugement entre générations, en expliquant comment des émotions anciennes mal régulées peuvent resurgir et se transmettre. Le magazine développe ce mécanisme, que ce billet ne détaille pas.
Comment changer sans se culpabiliser ?
C'est la crainte de beaucoup de lecteurs : découvrir de nouvelles idées, puis se sentir fautif de ne pas les avoir appliquées plus tôt. Un encadré du magazine, intitulé « Changer sans culpabiliser », propose cinq repères concrets pour faire évoluer ses réflexes avec douceur, dont un sur le rôle utile de nos erreurs et un sur ce qui se passe quand on cherche trop à « bien faire ». Le magazine en donne le contenu complet.
« L'amour, c'est du carburant pour nous tous et toutes. »
Questions fréquentes
Faut-il vraiment cesser de se demander si l'on est un bon parent ?
Isabelle Filliozat suggère de déplacer la question : moins s'évaluer soi-même, davantage regarder les besoins de l'enfant et la qualité de la relation.
Un tout-petit peut-il se calmer seul ?
Selon l'autrice, non : la région du cerveau qui freine le stress n'est pas encore bien connectée à celles des émotions. L'adulte l'aide en le rassurant, c'est la co-régulation.
Se tromper en tant que parent est-il grave ?
L'entretien présente les erreurs comme faisant partie de l'apprentissage mutuel, à condition de pouvoir réparer lorsque l'enfant est en détresse.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail de la vision de l'enfant que l'autrice remet en cause, et ce qu'elle observe en France par rapport à d'autres pays.
- L'explication du cycle trauma, dissociation et violence qu'elle propose pour comprendre l'éducation autoritaire.
- Ce que les neurosciences affectives disent des 1 000 premiers jours et des petites violences éducatives ordinaires.
- L'encadré « Changer sans culpabiliser » et ses cinq repères pour évoluer en douceur.
