Comment aider un enfant à réguler ses émotions ?
Pourquoi un enfant se roule-t-il par terre pour un paquet de bonbons ? Dans le grand entretien du n°2 d'Innovation en Éducation, la psychothérapeute Isabelle Filliozat relit les crises à la lumière des neurosciences, et ouvre d'autres façons d'y répondre.
Tiré du magazine · n°2Cerveau / neurosciences : mode d'emploi !
Voir ce numéro
En étant là pour lui, car un jeune enfant ne sait pas encore se calmer seul. C'est le cœur de l'entretien que la psychothérapeute Isabelle Filliozat accorde au n°2 d'Innovation en Éducation. Selon elle, l'enfant apprend à réguler ses émotions à travers les expériences répétées où un adulte l'apaise, puis en apprenant à les reconnaître et à les nommer justement.
Ce qui se passe dans le cerveau pendant une émotion
Isabelle Filliozat, auteure d'une trentaine de livres sur les émotions et vice-présidente de la commission des 1000 premiers jours en 2019, commence par décrire le circuit le mieux connu, celui de la peur. Quand le cerveau repère un danger possible, une petite structure, l'amygdale, déclenche une réaction immédiate, avant même que nous ayons eu le temps d'y réfléchir. Ce mécanisme nous protège : l'émotion sert d'abord à nous adapter à notre environnement.
Elle apporte ensuite une nuance de vocabulaire qui change beaucoup de choses. On parle volontiers de « gérer » ses émotions. En réalité, explique-t-elle, il s'agit plutôt d'apprendre à en réguler les excès.
Un apprentissage qui commence au berceau
Comment l'enfant apprend-il ? Isabelle Filliozat s'appuie sur une règle bien établie du fonctionnement cérébral : deux neurones activés en même temps tendent à se relier durablement. Lorsqu'un bébé effrayé est pris dans les bras et rassuré, les zones de son cerveau activées par la peur se relient à celles du réconfort. Chaque expérience de ce type participe à la construction de sa capacité à se calmer.
« Jusqu'à ses 2 ans, l'enfant n'a absolument aucun moyen de réussir à se calmer tout seul. »
Elle explique aussi ce que montre l'imagerie cérébrale lorsqu'un bébé finit par cesser de pleurer sans avoir été consolé. Ce passage, que vous trouverez dans le magazine, éclaire pourquoi la présence de l'adulte compte autant dans les premières années, à la maison comme à la crèche ou à l'école maternelle. Il rejoint ce que dit la pédiatre Catherine Gueguen dans le même numéro sur l'immaturité du cerveau du jeune enfant.
Relire la crise du supermarché
L'entretien prend l'exemple que tous les parents connaissent : l'enfant qui hurle et se roule par terre parce qu'on lui a refusé des bonbons. Isabelle Filliozat montre que, dans ces moments-là, l'enfant est littéralement débordé par une réaction de stress qu'il ne contrôle pas encore. Elle invite surtout à regarder au-delà du déclencheur : une crise sur une petite frustration exprime souvent une accumulation de tensions vécues dans la journée.
Elle partage aussi une observation qui peut soulager bien des parents : c'est souvent auprès de ses figures d'attachement principales, celles avec qui il se sent le plus en sécurité, que l'enfant laisse éclater son stress. Ce que cela change dans la façon de réagir, et la question qu'elle propose de poser plutôt qu'un ordre, sont détaillés dans l'entretien.
Besoins ou caprices ?
L'un des passages les plus intéressants porte sur l'origine de l'idée d'enfant-roi. Isabelle Filliozat explique qu'elle vient d'une tradition de pensée qui voit l'enfant comme porteur de pulsions à contenir. La théorie de l'attachement part d'un autre point : l'enfant naît avec des besoins à satisfaire. Elle précise que les comportements doivent rester encadrés par des règles, mais que le regard posé sur l'enfant n'est pas le même selon que l'on part de l'une ou de l'autre de ces idées. La psychiatre Anne Raynaud développe aussi cette approche dans le numéro, à propos des besoins de l'enfant.
Nommer la bonne émotion
La partie pratique de l'entretien commence par un conseil précis : identifier correctement l'émotion de l'enfant avant de la nommer.
« Bien comprendre et nommer l'émotion de l'enfant est important, car quand l'émotion est reconnue, en général, elle s'arrête. »
Elle donne des exemples de méprises fréquentes, propose une manière simple de relier chaque émotion à sa fonction, et décrit des jeux du quotidien pour apprendre aux enfants à reconnaître les émotions, les leurs et celles des autres. Elle invite aussi les parents à montrer devant les tout-petits comment eux-mêmes s'apaisent, et partage plusieurs techniques corporelles que l'on peut proposer à un enfant. Enfin, elle met en garde contre une pratique trop rapide de l'éducation positive : nommer l'émotion ne suffit pas toujours, et elle explique pourquoi.
Questions fréquentes
À partir de quel âge un enfant peut-il se calmer seul ?
Selon la psychothérapeute Isabelle Filliozat, avant 2 ans un enfant n'a aucun moyen de se calmer seul. Il apprend à le faire grâce aux nombreuses fois où un adulte l'apaise.
Pourquoi mon enfant fait-il ses crises surtout avec moi ?
Elle explique que l'enfant laisse souvent éclater son stress auprès de ses figures d'attachement, parce que c'est avec elles qu'il se sent le plus en sécurité.
Suffit-il de nommer l'émotion de l'enfant ?
Nommer juste l'émotion aide souvent à l'apaiser, mais Isabelle Filliozat prévient que cela ne suffit pas toujours : il faut aussi écouter ce qui l'a causée et identifier le besoin derrière le comportement.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien complet avec Isabelle Filliozat, sur cinq pages.
- Ce que montre l'imagerie cérébrale chez un bébé qui cesse de pleurer sans être consolé.
- La correspondance entre chaque émotion et sa fonction, à transmettre aux enfants.
- Des jeux et des techniques corporelles pour aider l'enfant à s'apaiser.
- Comment accompagner un enfant qui perturbe la classe, et l'exemple du deuil d'un animal.
n°2 · Cerveau / neurosciences : mode d'emploi !
Version papier : épuisée pour le moment
