Nos blessures d'enfance influencent-elles notre façon d'être parent ?
Nous croyons agir en adultes réfléchis, mais notre enfance parle souvent plus fort. Dans le n°31 d'Innovation en Éducation, la thérapeute Aurélie Dorel invite à écouter son enfant intérieur pour mieux accompagner ses enfants.
Tiré du magazine · n°31C'est quoi être un bon parent aujourd'hui ?
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Pourquoi certaines réactions de nos enfants nous touchent-elles autant, parfois bien au-delà de ce qui vient de se passer ? Pour Aurélie Dorel, autrice, conférencière et thérapeute psycho-affective, la réponse est souvent dans notre propre histoire. Dans le n°31 d'Innovation en Éducation, elle présente son point de vue de praticienne : nous élevons nos enfants en fonction de la relation que nous entretenons avec l'enfant que nous avons été.
Titulaire d'un diplôme de recherche en psychologie cognitive, elle a travaillé plus de vingt ans dans l'accompagnement humain. Son approche, centrée sur l'affect, s'appuie sur ce qu'elle observe dans son cabinet. L'article est donc la lecture d'une thérapeute, à prendre comme telle.
Qu'appelle-t-on l'« enfant intérieur » ?
L'autrice décrit deux parts de nous qui cohabitent. L'une est adulte, rationnelle, capable de recul et de choix. L'autre, l'enfant intérieur, est la part sensible, spontanée et instinctive, portée tantôt par l'élan d'amour, tantôt par la peur. Selon elle, c'est cette seconde part qui conduit le plus souvent nos réactions automatiques, notamment avec nos enfants. Elle parle de transmission transgénérationnelle : nous transmettons parfois, sans le vouloir, notre histoire affective.
Cette transmission peut prendre deux formes. Soit nous reproduisons ce que nous avons connu, soit nous réagissons à l'inverse, par besoin de réparation. Dans les deux cas, observe l'autrice, nous restons sous l'influence de notre vécu d'enfant.
Faut-il apprendre à ne plus réagir à ses émotions ?
Pas selon Aurélie Dorel. Certains suggéreraient de s'exercer à gérer ses émotions pour garder l'esprit libre, mais elle juge cette voie insuffisante face à de petits êtres qui nous remuent « dans les tripes ». Se couper de ses émotions reviendrait aussi à perdre une part de son potentiel relationnel, et pourrait pousser nos enfants à se couper à leur tour d'une part d'eux-mêmes.
Elle propose plutôt de voir nos enfants comme un miroir.
« Nos enfants sont les miroirs inconditionnels de notre "petit moi", ou enfant intérieur. »
L'enfant exprime souvent, dit-elle, le symptôme de notre souffrance et reflète notre niveau de sécurité intérieure. Cela ne vise pas à culpabiliser : l'idée est de repérer ce qui nous appartient et ce qui appartient à l'enfant, afin qu'il n'ait plus à porter nos blessures.
Concrètement, par où commencer ?
L'autrice avance un exemple. Un parent très anxieux, qui craint sans cesse qu'il arrive quelque chose à son enfant, peut sans le vouloir installer chez lui un sentiment de danger permanent, et le pousser à développer des stratégies de protection comme la méfiance ou l'évitement du lien. Pour avancer, elle suggère de commencer par observer son enfant sans jugement, et de se demander : cette part d'insécurité, qu'est-ce qu'elle me dit de moi ? Comment étais-je à son âge ?
Elle précise que son propos concerne une éducation bienveillante, qui vise l'épanouissement de l'enfant plutôt que sa soumission, et que ce travail est celui de toute une vie.
« Un parent apaisé sur le plan affectif est un parent qui sécurise naturellement son enfant et lui offre des racines solides et bienveillantes. »
Faut-il passer par une thérapie ?
L'article ne l'impose pas. L'autrice présente sa propre préférence, pour des thérapies brèves et pragmatiques, qui donnent à la personne des outils d'observation de soi et d'autonomie plutôt qu'un accompagnement sans fin. Le magazine détaille ce parti pris et le compare à l'approche psychanalytique. Il présente aussi, à partir de la théorie de l'attachement, les différentes manières dont un enfant peut construire son lien à ses parents.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'enfant intérieur ?
C'est, pour Aurélie Dorel, la part sensible et instinctive de nous, qui continue d'exister même si l'on a oublié son enfance, et qui influence nos réactions d'adulte.
Un parent peut-il transmettre ses peurs à son enfant ?
L'autrice le pense : un parent constamment angoissé peut faire sentir à son enfant qu'il est en danger. D'où l'intérêt de regarder sa propre histoire avant de chercher à « corriger » l'enfant.
Faut-il absolument consulter pour devenir un parent apaisé ?
L'article ne le dit pas ainsi. Il invite surtout à un travail de conscience de soi, qui peut s'appuyer, selon l'autrice, sur des thérapies brèves.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La distinction entre l'enfant intérieur et l'adulte en soi, développée par l'autrice.
- Les quatre grands types d'attachement, de l'évitant au sécure, avec leur explication.
- L'encadré avec la réponse de Jacques Higelin à la question « Comment avez-vous élevé vos enfants ? ».
- La comparaison que fait l'autrice entre thérapies brèves et psychanalyse.
