L'inclusion scolaire ralentit-elle vraiment la classe ?
On entend souvent que les élèves en situation de handicap seraient mieux ailleurs, ou qu'ils freineraient les autres. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, Noémie Maury-Courtais regarde ce que montrent les études.
Tiré du magazine · n°12Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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Deux phrases reviennent souvent quand on parle d'inclusion : ces élèves seraient mieux dans un établissement adapté, et ils ralentiraient le groupe. Enseignante spécialisée et orthopédagogue, Noémie Maury-Courtais montre que les recherches disent plutôt l'inverse, à une condition : que les enseignants ne soient pas laissés seuls.
Après des années dans l'Éducation nationale, Noémie Maury-Courtais accompagne aujourd'hui, en libéral, des familles et des professionnels : soutenir, accompagner, sensibiliser, former. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, elle part d'un constat de la Défenseure des droits, qui alertait à la rentrée 2022 sur les difficultés de l'inclusion en France.
« Au lieu de s'adapter à l'enfant, le système scolaire demande à l'enfant de s'adapter. »
Que disent les recherches sur l'inclusion ?
L'autrice s'appuie notamment sur la méta-analyse de Ruijs et Peetsma. Dans la majorité des cas, l'inclusion favorise les apprentissages des élèves concernés ; quand ce n'est pas le cas, elle ne leur nuit pas plus que l'absence d'inclusion. D'autres études relèvent de meilleurs résultats en langue et en mathématiques chez les élèves différents scolarisés en classe ordinaire, et des bénéfices sur la confiance, l'estime de soi et la diversité des relations.
Les classes n'y perdent pas. Les analyses montrent même une possible progression de tous les élèves, à condition que les enseignants soient accompagnés et se sentent compétents. Les adaptations pensées pour un élève profitent souvent à ses camarades, et l'inclusion développe des savoir-être précieux : tolérance, entraide, dépassement des stéréotypes.
Comment changer le regard sur la différence au quotidien ?
L'article donne trois pistes. La première est de ménager des temps d'échange et de sensibilisation, parce qu'on a peur de ce qu'on ne connaît pas : l'autrice insiste sur l'espace de parole libre, où chacun peut dire ses craintes sans être jugé. La deuxième est de penser besoins plutôt que troubles. Beaucoup d'enfants, pas seulement ceux qui ont un diagnostic, ont besoin de bouger quand leur attention sature, ou sont gênés par le bruit. Parler de besoins aide chacun à mieux se connaître et à se trouver des ressemblances dans les différences.
La troisième est de partager du temps autour d'un projet. Elle raconte une exposition de dinosaures en pâte fimo, œuvre d'un jeune qu'elle accompagnait, photographiée par une autre élève passionnée de photo, puis transformée en article de journal par toute la classe. Chacun y a montré une compétence que personne ne soupçonnait.
Et si l'école s'adaptait à tous plutôt qu'à chacun ?
C'est l'idée d'accessibilité : structurer l'environnement pour qu'il convienne au plus grand nombre, plutôt que d'individualiser sans cesse. Ce choix est aussi le moins coûteux en temps pour les enseignants. L'autrice illustre par un texte de lecture à la mise en page claire, utile à plusieurs profils d'élèves, et sans inconvénient pour les autres.
Elle propose deux autres leviers, que le magazine développe : travailler les compétences psychosociales au quotidien, et permettre aux élèves d'apprendre à apprendre, par exemple avec un parcours de séances consacrées au fonctionnement du cerveau.
Quelle est, selon l'autrice, la clé de l'inclusion ?
La présomption de compétences : se donner l'humilité de ne pas savoir jusqu'où ira un jeune, et lui faire confiance. Une image résume son propos.
« Il n'y a rien dans une chenille qui vous dit que ce sera un papillon. »
Ce regard ne reproche rien aux équipes qui manquent de moyens, un problème que l'autrice reconnaît. Il invite à avancer par petits gestes, à la mesure de chacun.
Pourquoi l'inclusion est-elle si difficile en pratique ?
L'autrice reconnaît le manque de moyens, humains, de formation et financiers, souvent évoqué. Elle y ajoute une difficulté plus profonde : la méconnaissance du handicap et, plus largement, de la différence. On a peur de ce qu'on ne connaît pas, et l'on se conforte dans ses certitudes. C'est pourquoi elle recommande de commencer par des temps d'échange, avant même de parler d'organisation.
Elle rappelle aussi un mécanisme simple : les enfants apprennent d'abord par imitation, ce qui est plus difficile à développer dans un cadre où ils sont entre eux. Dans une classe ordinaire, un élève différent a plus d'occasions d'observer et de reproduire les comportements des autres, ce qui favorise ce que l'on appelle la généralisation des acquis.
Questions fréquentes
L'inclusion nuit-elle aux autres élèves ?
Selon les recherches citées par l'autrice, non : les analyses montrent plutôt une possible progression de tous, si les enseignants sont accompagnés et soutenus.
Que veut dire « présomption de compétences » ?
C'est la posture qui consiste à faire confiance au potentiel d'un jeune sans lui fixer de limites que l'on ne connaît pas soi-même.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les résultats des recherches sur l'inclusion, avec leurs références.
- Les trois pistes pour changer de regard, avec leurs applications concrètes.
- Les trois leviers pour une école réellement inclusive : accessibilité, compétences psychosociales, apprendre à apprendre.
- Le développement de la présomption de compétences, et la présentation complète de l'autrice.
n°12 · Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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