L'éducation positive fabrique-t-elle des enfants-rois ?
Laxisme déguisé, enfance sans règles, parents épuisés : l'éducation positive traîne des idées reçues. Dans le n°7 d'Innovation en Éducation, Charlotte Ducharme les passe en revue sans mode d'emploi.
Tiré du magazine · n°7Bienveillance et discipline, c'est possible ?
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Non, selon Charlotte Ducharme : l'éducation positive n'a pas pour but de satisfaire toutes les demandes d'un enfant ni de ne jamais le contredire. Elle consiste à comprendre ses besoins, mais aussi les nôtres, et à chercher une solution qui tienne compte des deux. Dans le n°7 d'Innovation en Éducation, consacré à l'éducation positive, elle répond à plusieurs questions pièges que de nombreux parents se posent, souvent un peu tout bas.
Charlotte Ducharme est la créatrice du site Cool Parents Make Happy Kids, qui a aussi donné son titre à un livre très lu de parentalité positive. Elle ne présente pas l'éducation positive comme une méthode à appliquer, mais comme une direction : agir avec son enfant davantage par élan du cœur que sous le coup de la colère ou de la peur.
Qu'est-ce qui influence le plus un enfant ?
Moins ce que nous lui disons de faire que ce que nous sommes, répond l'autrice. L'enfant apprend par imitation, et il perçoit aussi l'atmosphère que nous créons, faite de tension ou de sérénité.
« Ce qui influence le plus notre enfant, ce n'est pas ce que nous lui disons de faire ou de ne pas faire […] mais c'est ce que nous sommes. »
Cette idée a une conséquence rassurante : il n'existe pas de phrases magiques ni de comportements tout faits qu'il faudrait réciter pour être « dans l'éducation positive ». On peut l'être un peu plus ou un peu moins selon les jours.
L'éducation positive, est-ce laisser l'enfant tout décider ?
C'est la question de l'enfant-roi, et l'autrice y répond par un exemple du quotidien. Il est 21 h, un enfant de 6 ans n'a pas sommeil, et son parent, qui s'est occupé de lui toute la journée, rêve d'un dîner tranquille. Elle imagine trois réponses : celle qui ne tient compte que du besoin du parent, celle qui ne tient compte que du besoin de l'enfant, et une troisième qui cherche un arrangement qui respecte les deux.
La deuxième réponse n'est pas plus souhaitable que la première, explique-t-elle : le parent qui se sacrifie en permanence apprend sans le vouloir à son enfant que ses besoins comptent plus que ceux des autres. Elle précise toutefois qu'aucune des trois n'est « la bonne » dans tous les cas. Si ce soir-là le parent a envie de garder son enfant près de lui, il peut aussi le faire, en écoutant son propre cœur plutôt que les injonctions d'un expert ou de la société.
Et si l'on veut des règles, est-ce encore possible ?
Oui, à condition qu'elles répondent aux besoins de chacun. L'autrice décrit une famille où l'on organise une réunion pour élaborer ensemble une règle de vie à table, au lieu de l'imposer. Les enfants s'y reconnaissent mieux, et la règle a plus de chances d'être suivie par motivation que par crainte de la sanction. Le magazine en détaille le déroulé et ce que la famille décide finalement.
« C'est quand même beaucoup plus cool, beaucoup plus facile, de respecter une règle par motivation que par peur de la sanction. »
Elle ajoute qu'une éducation sans conflit serait à ses yeux « utopique » et même peu souhaitable, parce que les désaccords sont aussi des occasions de grandir.
Peut-on se lancer pour de mauvaises raisons ?
L'autrice pense que tous les parents font de leur mieux et qu'il n'existe pas vraiment de mauvaise motivation, seulement des objectifs à ajuster. Elle en discute deux : vouloir que l'enfant obéisse sans crier, et vouloir un mode d'emploi pour « cocher la case » du bon parent. Dans les deux cas, elle propose de déplacer le regard vers la relation et vers ce qui convient à ce parent et à cet enfant en particulier, plutôt que vers un modèle à reproduire.
Que transmet-on vraiment à l'adulte qu'il deviendra ?
C'est la partie la plus personnelle de l'entretien. Charlotte Ducharme évoque l'épigénétique, ces « interrupteurs » qui modulent l'expression de nos gènes, et la façon dont certaines blessures se transmettent d'une génération à l'autre. Elle y voit une bonne nouvelle : chaque parent peut en alléger une part, et ce travail profite à ses enfants. Elle défend aussi une lecture qui lui est propre sur l'origine de ces blessures, que le lecteur pourra confronter à ses propres convictions. Le magazine développe ce passage avec des exemples.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'exemple complet du coucher à 21 h, avec les trois réponses possibles.
- Le déroulé de la réunion de famille pour élaborer une règle, et la règle que les enfants choisissent.
- Les deux objectifs de départ à ajuster quand on se lance dans l'éducation positive.
- Le passage sur l'épigénétique, les blessures transmises et ce que l'on peut en alléger.
- Un encadré sur l'autrice, son livre et ses outils.
