L'émerveillement peut-il être le moteur des apprentissages ?
Quatre-vingt mille kilomètres à vélo, une tente pour maison et deux filles nées sur la route : Céline Pasche raconte dans le n°9 ce que l'émerveillement apprend aux enfants.
Tout commence par une scène sur une plage de galets noirs, à l'aube. Fibie, 4 ans, ouvre la toile de la tente, s'assied, puis s'approche lentement de l'eau. Un phoque vient la saluer. Sa mère, Céline Pasche, l'observe depuis son sac de couchage. Anthropologue, conférencière et coach de vie, elle voyage à vélo avec sa famille depuis 2010. Dans le n°9 d'Innovation en Éducation, elle raconte ce que cette vie nomade lui a appris de l'apprentissage.
Qu'est-ce qui rend une vie nomade si éducative ?
Avec son compagnon Xavier, Céline Pasche est partie pour trois ans à vélo, finalement devenus une vie entière : plus de 80 000 kilomètres, sous la tente, en autonomie. Leurs filles, Nayla (2013) et Fibie (2017), sont nées nomades. Elles participent aux décisions, pédalent, montent la tente, et surtout jouent librement dans de vastes espaces. L'inconnu est leur quotidien : on ne sait pas où l'on plantera la tente le soir.
Pourquoi parler d'émerveillement ?
L'autrice voit l'émerveillement comme un don que nous avons tous reçu. C'est lui qui nous pousse à explorer et à apprendre. Quand on s'en coupe, on s'éloigne aussi de son besoin inné d'apprendre ; l'entretenir permet à l'apprentissage de se faire naturellement.
« Nourrir l'émerveillement à chaque instant permet ainsi à l'apprentissage de se faire naturellement. »
Elle oppose cette idée à une société qui valorise la rentabilité et la perfection, en citant Peter Wohlleben et son livre sur la vie secrète des arbres, qui décrit l'entraide et la communication entre les arbres. Si le monde végétal pratique l'entraide, demande-t-elle, pouvons-nous imaginer un apprentissage libre, où le rythme de chaque enfant est accueilli ?
Que peut apprendre un enfant dans la nature ?
L'autrice répond par des exemples concrets : la nature affûte les sens, ancre dans le présent, améliore la coordination. Nayla et Fibie savent construire un abri, filtrer de l'eau ou se soigner avec des plantes. Elles connaissent la géographie parce qu'elles l'ont parcourue, et apprennent les langues en parlant avec les personnes rencontrées. Le magazine donne d'autres exemples, comme la rencontre avec un biologiste marin qui est devenu leur enseignant pendant trois jours.
Comment la confiance de l'adulte entre-t-elle en jeu ?
C'est le cœur du témoignage. Quand Nayla a voulu apprendre à lire, Céline Pasche, bilingue, lui a proposé de choisir une langue pour commencer. Elle a opté pour le français. Trois semaines plus tard, elle recevait un livre en anglais et a décidé de lire en même temps dans les deux langues, une page chaque jour.
« Si nous nous autorisons à faire don de notre confiance à nos enfants, ils nous stupéfient par leur apprentissage, par leurs facultés, par leur enthousiasme, par cette soif d'apprendre qui n'a pas de limites. »
Elle reconnaît que cela demande d'écouter vraiment l'enfant, et de se défaire de ses propres croyances limitantes. Elle avoue aussi que le plus difficile est de continuer à transmettre cette confiance sans limites. Reste un témoignage de parents vivant un choix de vie hors du commun, que chacun adaptera à sa propre situation. On peut le lire aussi en écho à ce que devient l'émerveillement quand on l'étouffe.
Et la discipline, dans tout cela ?
On pourrait s'inquiéter de l'absence de cadre. Pour Céline Pasche, la discipline existe, mais elle naît de la motivation, de la persévérance et du courage de reprendre la route chaque matin sur leurs vélos. Les filles présentent ce qu'elles ont appris, à la fin de chaque projet, sous la forme d'un exposé oral. L'autrice insiste aussi sur la gratitude : ses filles remercient la rivière, le soleil, le vent, et il en découle selon elle une puissante confiance en la vie.
Questions fréquentes
La socialisation est-elle un problème pour des enfants qui voyagent ?
Pas selon l'autrice : la famille rencontre de nombreuses familles, et les enfants jouent ensemble quelle que soit la langue. Ses filles ont des amis de tous âges dans le monde entier.
Comment les enfants apprennent-ils sans école ?
Par des projets liés aux milieux traversés, aux rencontres et à leurs intérêts. Chaque projet se termine par un exposé oral de ce que les filles ont appris, découvert ou compris.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le récit de la rencontre de Céline et Xavier, et du départ à vélo qui a changé leur vie.
- Les apprentissages concrets de Nayla et Fibie : survie, langues, géographie, histoire et religions.
- La rencontre avec un biologiste marin qui leur a fait découvrir les baleines du Saint-Laurent.
- Un encadré sur le premier pas et l'accueil des peurs, et le portrait de l'autrice.
N°9
n°9 · Tour du monde des meilleures idées éducatives
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