Pourquoi le contact avec la nature compte-t-il autant pour un enfant ?
Un écolier sur trois ne sait pas reconnaître une courgette. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, l'éducatrice Élise Mareuil explique pourquoi le lien au vivant mérite sa place dans l'enfance.
Tiré du magazine · n°12Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
Voir ce numéro
Le « vivant », c'est l'être humain, la faune et la flore qui interagissent dans un même environnement. Pour Élise Mareuil, le lien que l'enfant tisse avec eux ne passe pas par des leçons, mais par un rapport quotidien, sensoriel et joyeux, accompagné par un adulte qui nourrit son émerveillement.
Éducatrice de jeunes enfants depuis une vingtaine d'années, autrice et formatrice, Élise Mareuil conseille familles et professionnels sur l'éveil à la nature, l'exploration libre et la bienveillance. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, elle montre pourquoi ce lien, que la société actuelle a beaucoup distendu, mérite d'être retrouvé.
Que sait-on du manque de nature chez les enfants ?
L'autrice avance quelques repères frappants : un écolier sur trois ne saurait pas reconnaître une courgette, nous passons 75 à 90 % de notre temps en intérieur, et quatre enfants sur dix ne jouent jamais dehors en semaine. Elle cite le journaliste Richard Louv, qui parle depuis 2005 d'un « syndrome du manque de nature ». Sans désigner de coupable, elle invite à renverser peu à peu la tendance, parce qu'un enfant ne protégera pas une nature qu'il ne connaît pas.
« 4 enfants sur 10 ne jouent jamais dehors en semaine. »
Que disent les grands pédagogues de la nature ?
Elle rappelle que Freinet, Steiner, Montessori ou l'approche Reggio faisaient déjà de la nature un point d'appui pour apprendre : observation, jardinage, rythme des saisons, matériaux naturels. Elle s'appuie aussi sur Howard Gardner et ses intelligences multiples, dont l'intelligence naturaliste : certains enfants regardent par la fenêtre, observent la fourmi, ramassent les cailloux, et apprennent plus facilement quand l'apprentissage se relie à la nature. Pour eux, des tâches comme trier des brindilles ou compter des pommes de pin deviennent des mathématiques concrètes.
Qu'apporte le contact avec le vivant ?
Selon l'article, une meilleure santé physique et psychique, plus de motricité, de langage et de créativité, et des compétences sociales : patience, coopération, autonomie, communication. L'attachement à un animal et le soin qu'on lui apporte influencent aussi l'empathie. Les recherches récentes sur l'émerveillement, ajoute l'autrice, montrent que l'enthousiasme active des connexions dans le cerveau.
« Lorsque l'être humain s'enthousiasme, c'est un véritable engrais pour son cerveau ! »
Comment faire concrètement, en famille ou en classe ?
Par des activités simples, sans objectif scolaire dirigé par l'adulte, en se laissant porter par le cycle des saisons. L'autrice propose deux idées. La première est la « table des saisons », un espace où l'on expose ce que l'on a collecté lors d'une promenade, pour observer, nommer et expérimenter avec des loupes ou des bocaux. La seconde, un dispositif pour observer la vie sous la terre, est décrite pas à pas dans le magazine. Elle invite à « prélever avec politesse » les petites bêtes que l'on invite chez soi, avant de les rendre à leur milieu.
Que se passe-t-il quand le lien au vivant manque ?
L'autrice cite une recherche menée par le psychosociologue Jean Epstein auprès d'adolescents sur les causes de la violence. Elle relève des carences dans la petite enfance sur trois apprentissages : la notion de vivant, parfois absente chez des enfants de milieux urbains déconnectés des animaux ; la conscience de la portée de ses actes ; et le sentiment d'empathie, faute d'apprentissages du partage. Elle n'en tire pas de règle générale, mais un appel à rendre le lien au vivant concret et quotidien.
Elle évoque aussi quelques bienfaits liés aux animaux : prendre soin de l'un d'eux influence le niveau d'empathie, les observer diminue les réactions de stress, et un contact régulier peut améliorer l'estime de soi.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'intelligence naturaliste ?
C'est l'une des intelligences décrites par Howard Gardner : une attirance et une capacité à comprendre le monde du vivant (végétal, animal, minéral). Beaucoup d'enfants en font preuve spontanément.
Comment relier la nature aux apprentissages scolaires ?
En proposant, par exemple, de trier des graines ou des feuilles par taille et par couleur. L'autrice y voit des mathématiques concrètes, accessibles avec ce qu'on trouve autour de soi.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les trois carences que relève la recherche citée par l'autrice, et ce qu'elles disent de l'empathie.
- Le panorama des pédagogies (Freinet, Steiner, Montessori, Reggio) et de leur rapport à la nature.
- La liste des bienfaits du contact avec le vivant, dont l'attention et la créativité.
- Les deux idées d'activités, avec leur matériel et leur mise en œuvre.
n°12 · Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
Ce numéro n'est pas en vente en ce moment.
Avec l'abonnement, chaque nouveau numéro arrive chez vous, sans engagement.
