Pourquoi choisir son orientation est-il si difficile pour un ado ?
Tu veux faire quoi plus tard ? La question paraît simple, elle paralyse pourtant bien des adolescents. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, Samuel Gerrand explique pourquoi, et comment changer d'approche.
Tiré du magazine · n°26Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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Choisir son orientation est difficile pour un adolescent parce qu'on lui demande une décision durable à un âge où la partie de son cerveau qui planifie et évalue les conséquences n'a pas fini de mûrir. Pour Samuel Gerrand, mieux vaut traiter l'orientation comme un apprentissage progressif : multiplier les expériences, autoriser les détours, et aider le jeune à mieux se connaître.
Analyste de talents, formateur en neurosciences appliquées et en coaching, Samuel Gerrand est l'auteur du Carnet d'orientation. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, il part d'un constat que beaucoup de parents et de professeurs principaux partagent : les jeunes disposent de plus d'informations que jamais, et pourtant le choix d'avenir reste source d'angoisse. A-t-on seulement demandé comment leur cerveau aborde cette projection ?
Que se passe-t-il dans le cerveau d'un ado qui doit choisir ?
L'auteur rappelle ce que d'autres articles du numéro développent aussi : le cortex préfrontal, qui permet d'évaluer les risques, d'anticiper les conséquences et de se projeter loin, n'est pas encore mature à l'adolescence. À cela s'ajoute une forte sensibilité aux récompenses immédiates. Rien d'étonnant, donc, à ce qu'un ado soit attiré par des perspectives enthousiasmantes, influencé par ses émotions ou par son entourage au moment de choisir.
« Le grand paradoxe de l'orientation, c'est qu'elle est traitée comme un choix définitif à faire le plus tôt possible, alors même que la science nous dit que le cerveau adolescent n'est pas conçu pour prendre de telles décisions. »
Le décalage entre réactivité émotionnelle et maîtrise de soi est au cœur de l'entretien avec Mathieu Cassotti sur le malentendu entre adultes et ados.
Comment rendre l'orientation moins angoissante ?
Plutôt que de demander aux jeunes de savoir d'emblée où ils vont, Samuel Gerrand propose de les rendre acteurs d'une démarche. Il détaille plusieurs leviers dans le magazine. Deux d'entre eux donnent le ton. Le premier est de multiplier les expériences, parce qu'on ne choisit bien que parmi ce qu'on connaît : un jeune qui a rencontré des professionnels, fait un stage ou mené un projet personnel voit plus clair. Le second est d'accepter que l'orientation se fasse par essais successifs : on explore une piste, on change d'avis, on bifurque, sans que ce soit un échec.
Un encadré propose aussi de changer la question que l'on pose aux ados, en la rendant plus ouverte et tournée vers ce qui les intéresse aujourd'hui. Le magazine en donne des formulations concrètes.
Parents et ados parlent-ils la même langue ?
Pas toujours, reconnaît l'auteur, et il le dit sans désigner de coupable. Les parents cherchent souvent la sécurité, à partir de leur propre expérience du monde du travail. Beaucoup de jeunes cherchent du sens et de la liberté. Chacun peut paraître irréaliste ou trop pressant aux yeux de l'autre. Pour Samuel Gerrand, ces deux attentes ne s'opposent pas : un parent n'a pas besoin d'avoir toutes les réponses pour accompagner, il peut poser des questions et encourager à essayer avant de décider.
D'où viennent les blocages ?
L'article répond par une idée qui déplace le regard porté sur un ado qui hésite.
« Les blocages […] sont rarement liés à un manque de talent, et bien plus souvent à un manque de confiance. »
Peur de se tromper, pression des attentes, manque d'information sur des métiers dont on ignore jusqu'à l'existence : l'auteur passe en revue ces freins, et rappelle que l'orientation ne devrait pas se vivre comme un examen qu'on réussit ou qu'on rate.
L'avenir est-il encore désirable ?
Les dernières questions de l'article portent sur le climat d'incertitude qui pèse sur les jeunes, et sur l'intelligence artificielle. Samuel Gerrand refuse les deux extrêmes. Le monde traverse des crises, mais chaque époque a connu les siennes, et beaucoup de jeunes inventent déjà de nouveaux métiers. Quant à l'IA, il la voit transformer le travail sans remplacer ce qui fait la valeur humaine, la créativité, le discernement et la relation. L'enjeu, pour lui, est d'apprendre à s'en servir. Le magazine développe ces deux réponses.
Questions fréquentes
À quel âge un ado est-il prêt à choisir son orientation ?
Il n'y a pas d'âge précis, mais l'article rappelle que le cortex préfrontal, qui sert à planifier et à évaluer les conséquences, n'est pas mature à l'adolescence. D'où l'intérêt d'une orientation progressive, qui laisse la place aux ajustements.
Comment parler d'orientation avec son ado sans le braquer ?
Samuel Gerrand conseille de remplacer « Tu veux faire quoi plus tard ? » par des questions ouvertes sur ce qui l'intéresse en ce moment et sur les expériences qui l'ont marqué.
Se tromper d'orientation est-il grave ?
Pour l'auteur, non : l'orientation est un processus évolutif, et une erreur est une étape vers un choix plus juste.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La liste complète des leviers pour rendre l'orientation active, de l'expérience au discernement.
- L'encadré pour libérer la parole et dédramatiser l'orientation, avec les questions à poser.
- Les pistes pour intégrer la connaissance de soi et l'exploration des métiers dans les parcours scolaires.
- Ce que l'auteur dit de l'intelligence artificielle et des compétences qui compteront demain.
- Ses conseils distincts aux parents et aux enseignants.
n°26 · Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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