L'ikigaï peut-il aider un jeune à choisir son orientation ?
Face à l'incertitude de l'avenir, l'ikigaï, philosophie venue d'Okinawa, séduit de plus en plus de jeunes. Dans le n°27 d'Innovation en Éducation, Marilyse Trécourt en détaille l'intérêt et les limites.
Tiré du magazine · n°27Nos enfants ont du talent : aidons-les à le révéler !
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L'ikigaï n'est pas une méthode pour trouver « le » bon métier. C'est un cadre de réflexion, né au Japon, qui invite un jeune (ou un adulte) à croiser ce qu'il aime, ce qu'il sait faire, ce qu'il peut apporter aux autres et ce qu'il envisage comme activité ou formation. Pour la coach Marilyse Trécourt, il aide surtout à y voir plus clair, et donc à moins craindre l'orientation.
Marilyse Trécourt a travaillé vingt ans dans la communication d'entreprise avant de frôler le burn-out. L'ikigaï lui a révélé son envie d'écrire : elle est aujourd'hui autrice de treize romans et de cinq guides de développement personnel, dont 50 exercices pour trouver son ikigaï, et accompagne des personnes en coaching. Dans le n°27 d'Innovation en Éducation, elle explique pourquoi cet outil parle autant aux étudiants.
Qu'est-ce que l'ikigaï, concrètement ?
Le mot associe l'idée d'être en vie, pleinement, et celle de ce qui a du sens. La philosophie est née sur l'île d'Okinawa, au Japon, réputée pour le nombre de ses centenaires en bonne santé. On la retrouve dans un art de vivre observé dans d'autres régions du monde, appelées les Zones Bleues, dont le magazine présente les règles de vie dans un encadré.
Pour trouver le sien, on explore quatre domaines de sa vie, représentés par quatre cercles qui se recoupent, puis on étudie ce que leurs points communs révèlent. Le schéma est imprimé dans le magazine, avec le nom de chaque intersection.
Pourquoi cela rassure-t-il un jeune qui doute ?
Parce que l'ikigaï ne demande pas de choisir un métier du premier coup, mais de se poser des questions sur soi : qu'est-ce qui me passionne, sur quoi pourrais-je passer des heures sans les voir passer, comment puis-je contribuer à la société ? L'autrice insiste sur un point : il n'y a pas de mauvaises réponses, seulement des réponses personnelles, contrairement aux tests généralistes.
Son exemple le plus parlant est celui d'un étudiant passionné de biologie qui se découvre un talent de communication en animant un club scientifique. Il peut alors envisager la vulgarisation scientifique, un métier où ses deux atouts se rejoignent. La démarche renforce la confiance en soi, parce qu'elle oblige à reconnaître ses réussites et ses capacités.
« Il n'y a aucune limite d'âge pour trouver son ikigaï, ni dans un sens ni dans l'autre. C'est un voyage de découverte de soi qui peut durer toute une vie. »
Faut-il que l'ikigaï devienne un métier ?
Pas forcément. L'autrice précise que les activités de son ikigaï ne sont pas obligatoirement rémunérées : il peut vivre à travers un loisir, un engagement bénévole ou une activité parallèle. Elle prend l'exemple d'une salariée qui aime chanter : plutôt que de démissionner pour tenter la célébrité, ce qui reste possible mais périlleux, elle peut rejoindre une chorale ou donner des cours.
Elle propose aussi d'appeler « graines d'épanouissement » ce que révèle la synthèse des quatre cercles. Un métier n'a pas vocation à accueillir toutes les graines, et celles qui n'y poussent pas peuvent fleurir ailleurs dans la vie personnelle. Cela aide à se prémunir d'un mauvais choix, en vérifiant ce qu'une formation ou un métier permettra de cultiver.
L'ikigaï est-il une solution miracle ?
L'autrice répond sans détour que non. Elle présente l'ikigaï comme un cheminement qui demande de la réflexion, de l'exploration, de l'adaptation et, surtout, de l'action : le connaître ne suffit pas, encore faut-il le faire vivre au quotidien. Elle rappelle aussi qu'il évolue, et qu'on peut le chercher à plusieurs moments de sa vie.
« L'ikigaï, c'est avant tout une invitation à un voyage intérieur structuré, qui permet d'explorer ses passions, de mettre en lumière ses talents cachés et de prendre conscience de ses forces uniques. »
Un exemple pour choisir une formation ?
Marilyse Trécourt prend le cas d'une personne attirée par des études de journalisme. Si ses « graines » sont l'écriture, la curiosité, la stimulation intellectuelle, la justice et la nature, les quatre premières ont de bonnes chances de s'épanouir dans ce métier. Pour la cinquième, il faudra chercher une spécialisation en lien avec la nature, ou lui consacrer du temps en dehors du travail. L'intérêt de l'exercice est là : il ne dit pas quel métier choisir, il aide à vérifier ce que chaque voie permettra de cultiver, et ce qu'il faudra aller chercher ailleurs.
Questions fréquentes
À partir de quel âge peut-on chercher son ikigaï ?
Selon Marilyse Trécourt, il n'y a aucune limite d'âge. Les questions peuvent être adaptées à l'âge de la personne, et la recherche peut se renouveler au fil de la vie.
L'ikigaï doit-il forcément être lié à un métier ?
Non. Il peut s'exprimer dans un loisir, une activité bénévole ou un projet parallèle à son emploi.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le schéma des quatre cercles de l'ikigaï, avec le nom donné à chaque intersection.
- La liste des questions à se poser pour explorer chaque domaine.
- Les exemples détaillés : le journaliste et ses graines, la salariée qui chante, la jeune engagée dans l'humanitaire.
- L'encadré sur les neuf règles de vie des Zones Bleues.
