Dire « talent » ou dire « niveau » : les mots changent-ils notre regard ?
Et si le mot « talent » décourageait autant qu'il valorisait ? Dans le n°27 d'Innovation en Éducation, Baptiste Delvallé plaide pour un développement personnel enseigné dès le plus jeune âge.
Tiré du magazine · n°27Nos enfants ont du talent : aidons-les à le révéler !
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Dire d'un musicien qu'il a « un don » semble flatteur. Pour Baptiste Delvallé, c'est aussi suggérer que les autres n'en ont pas reçu, et donc qu'il est inutile d'essayer. Parler de niveau ou de savoir-faire acquis change le sous-entendu : ce qu'un autre a appris, chacun peut l'apprendre. Un détail de vocabulaire, mais qui, répété dans l'accompagnement des enfants, transforme leur façon de se voir.
Baptiste Delvallé a été enseignant à tous les niveaux, principalement à l'international. Il a fondé l'école Équilibre, qui forme professionnels et familles au développement personnel, et il est l'auteur de plusieurs livres, dont Comment réussir sa vie. Dans le n°27 d'Innovation en Éducation, il défend l'idée que ces apprentissages ne devraient pas attendre l'âge adulte.
Pourquoi parler de développement personnel à des enfants ?
L'auteur part de deux réactions entendues en formation. Une employée de crèche regrette que ses enseignants n'aient pas connu des protocoles de communication simples. Un père, à Toulouse, se demande pourquoi tout cela n'est pas enseigné à l'école, et dit pouvoir désormais équiper ses fils.
« Le développement personnel, c'est l'apprentissage de l'épanouissement, de l'harmonie, de l'équilibre. »
Il se demande alors pourquoi ces compétences ne commenceraient qu'à 40 ans, âge moyen auquel une petite partie de la population participe à un stage. À ses yeux, elles gagneraient à irriguer la famille, la crèche, le périscolaire et l'école, quelle que soit l'étiquette : PNL, ennéagramme ou communication non violente.
Que change un mot comme « talent » ?
C'est l'exemple qui traverse son article, et il touche directement au thème du numéro. Quand on dit d'un bon musicien qu'il a un vrai talent, on lui retire son mérite, et surtout on ancre en soi l'idée qu'on ne l'a pas.
« Lorsque vous dites d'un bon musicien qu'il a un vrai talent, un don merveilleux, non seulement vous retirez son mérite, mais surtout vous ancrez en vous que vous […] vous n'avez pas ce talent, ce don. »
L'auteur ne nie pas les différences : nous n'apprenons pas tous à la même vitesse, ni avec les mêmes forces. Mais parler de niveau élevé plutôt que de don fait naître ce qu'il appelle des « pensées permettantes », celles qui nous font nous sentir capables de réussir. Il précise que ce réajustement doit être complété et tenu dans la durée. Le résultat, dit-il, est parfois une atmosphère plus légère dans la famille ou la classe.
Quels outils concrets propose-t-il ?
Deux, présentés comme des pistes à approfondir. Le premier est cette posture de langage, qui distingue les pensées de manque, d'avoir, limitantes et permettantes. Le second est l'analyse des « cycles » : nous sommes tous pris dans des cycles, de réussite ou d'échec, souvent sans nous en rendre compte, et en prendre conscience est déjà un début puissant. Le magazine explique comment les repérer et comment réparer un cycle d'échec.
Un encadré présente aussi deux protocoles de communication de l'auteur, destinés aux échanges quand un enfant exprime une peur ou un mécontentement, ou quand on doit soulever un problème.
Pourquoi en faire un sujet de crèche, de classe et de famille ?
Parce que tous les adultes qui s'occupent d'enfants veulent les aider à s'épanouir, observe l'auteur, mais beaucoup sont désemparés par le manque de temps, de soutien, d'outils et de formation. Il affirme que des réajustements parfois simples d'habitudes ou de langage font une différence importante, et qu'installer un temps de développement personnel dans une classe ou une famille demande moins de temps qu'on ne le croit. Lui-même a utilisé un livre avec ses élèves de collège, puis en a écrit un en français. L'école Équilibre qu'il a fondée forme professionnels et parents, et travaille à la création d'un établissement.
Questions fréquentes
Faut-il éviter de dire à un enfant qu'il a du talent ?
L'auteur invite à choisir ses mots : parler de niveau atteint ou de savoir-faire acquis rappelle que chacun peut progresser, là où « don » peut suggérer qu'on est privé de quelque chose.
Le développement personnel a-t-il sa place à l'école ?
Pour Baptiste Delvallé, oui, à tous les niveaux : il estime qu'on peut l'installer dans une classe ou une famille avec bien moins de temps qu'on ne le pense.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les deux protocoles de communication de l'auteur, ROSE et ECLESC, présentés dans un encadré.
- Les six clés de son livre pour réussir selon ses propres critères.
- La méthode d'analyse des cycles de réussite et d'échec, et la façon de réparer un cycle d'échec.
- Le détail des pensées permettantes, avec les mots qui les favorisent.
