La méditation laïque a-t-elle sa place au collège ? Le programme PEACE
Élèves anxieux, stressés par la réussite ou le regard des autres : Claire Monteiro, enseignante dans un collège REP de Toulouse, raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation comment la présence attentive est entrée dans son établissement.
Claire Monteiro a commencé à pratiquer la méditation de pleine conscience en 2019, curieuse, mais un peu sceptique. En quelques semaines, elle en a mesuré les bienfaits, personnels et professionnels. Puis le Covid est passé par là, et de retour en classe, elle a constaté combien ses élèves étaient anxieux, stressés par la réussite, le Covid, le regard des autres. Enseignante dans un collège REP de Toulouse, elle raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation comment elle a proposé à ses élèves un atelier de présence attentive.
Comment est née l'idée d'un atelier ?
Elle a souhaité l'organiser sur la pause méridienne, avec des intervenants d'une association sérieuse en qui elle pouvait avoir confiance. Elle a rencontré l'AMLE, l'Association pour la Méditation Laïque dans l'Enseignement, dont le programme de présence attentive s'appelle PEACE : Présence, Écoute, Attention et Concentration de l'Enseignement. Une dizaine d'élèves de sixième volontaires et quelques professeurs y ont participé.
Comment les élèves ont-ils réagi ?
Ils se sont montrés très réceptifs. Les séances sont adaptées aux enfants et aux adolescents et permettent de s'initier progressivement. Certains élèves ont ensuite pratiqué des exercices chez eux, ou au collège en situation de stress, par exemple avant une évaluation. Des parents ont même demandé, lors des réunions, où retrouver les séances pour les proposer à leurs enfants.
Et l'établissement ?
La cheffe d'établissement précédente avait permis la mise en place des ateliers, et sa remplaçante s'est vraiment intéressée au programme. Convaincue, Claire Monteiro s'est formée auprès de l'AMLE. En mai, elle a proposé, avec le soutien de la Cité éducative de Toulouse, d'étendre le programme à toutes les classes de sixième du collège. Ses collègues de français, qui pratiquent elles-mêmes la méditation, ont ouvert leurs classes à une intervenante certifiée de l'AMLE, pendant qu'elle anime les séances dans les classes dont elle a la charge. Elle continue de proposer un atelier sur la pause méridienne pour les autres élèves. Le magazine détaille le calendrier de ce déploiement.
Elle ne cache pas qu'il faut attendre pour constater les résultats sur cette première cohorte, mais elle se dit optimiste.
« Je suis très optimiste et certaine que nous observerons bientôt un apaisement du climat scolaire si tous les élèves au fil des années bénéficient de ce programme. »
Qu'est-ce que cela change pour l'enseignante ?
La qualité d'attention des élèves et la relation qu'elle a avec eux se sont améliorées depuis qu'elle pratique la méditation de pleine conscience et utilise des exercices de présence attentive en classe. Elle recourt à des temps de respiration dans les moments de tension, et se rend plus disponible à l'écoute. Cela l'aide aussi à se protéger des injonctions de l'institution.
« Elle me permet aussi de me préserver de toutes les injonctions et pressions de l'institution pour faire ce que j'ai choisi : aider les élèves à s'épanouir dans les apprentissages, devenir des citoyens heureux. »
Elle conseille de la persévérance et de la pédagogie : il peut y avoir des réticences ou de la méfiance dans les établissements, mais en restant ouvert, en montrant et en expliquant, sans brusquer, les choses finissent par se mettre en place. Pour aller plus loin, un autre article du blog explique ce que disent les neurosciences de la méditation laïque à l'école.
Pourquoi un programme porté de l'extérieur ?
Claire Monteiro insiste sur la confiance. Quand elle a voulu proposer un atelier de présence attentive à ses élèves, elle a choisi de s'appuyer sur une association sérieuse, en qui elle pouvait avoir confiance, plutôt que d'improviser. Elle-même avait commencé la méditation en 2019, dans un programme de groupe, avec un certain scepticisme, avant d'en mesurer les bienfaits. Elle sait donc combien la méfiance peut exister, chez les adultes comme chez les parents ou les collègues. Elle recommande de ne pas brusquer : en restant ouvert, en montrant, en expliquant, les choses finissent par arriver naturellement. Dans son établissement, la volonté successive de deux cheffes d'établissement, puis l'enthousiasme de collègues, ont permis de passer de quelques élèves volontaires à un projet pour toutes les classes de sixième.
Questions fréquentes
La méditation laïque est-elle adaptée aux enfants et aux adolescents ?
Selon l'enseignante, les séances du programme PEACE sont adaptées à ces âges et permettent de s'initier progressivement à la présence attentive.
Faut-il être soi-même méditant pour la proposer ?
Claire Monteiro pratique elle-même, mais elle a aussi fait intervenir une association et s'est formée au programme avant de l'animer.
Comment convaincre une équipe réticente ?
Elle recommande de rester ouvert, de montrer et d'expliquer, sans brusquer.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le parcours de l'enseignante, de la découverte de la méditation à l'atelier de la pause méridienne.
- Le programme PEACE de l'AMLE, adapté aux enfants et aux adolescents.
- Les soutiens obtenus : direction, collègues, Cité éducative.
- Le déploiement envisagé auprès de toutes les classes de sixième.
- Les changements dans sa propre pratique, des temps de respiration aux moments de tension.
N°24
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