Un local zen au sein de l'établissement : à quoi ressemble ce refuge pour les ados ?
Près de 1 000 élèves, peu de coins tranquilles : un collège québécois a créé le Local Zen. Valesca de Costa Gehrs, professeure de yoga pour adolescents, raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation comment ce lieu est né.
L'heure du déjeuner, dans un collège, est un moment bouillonnant : de l'action, des rires, des cris, beaucoup de mouvement. Au Collège Durocher Saint-Lambert, sur la Rive-Sud de Montréal, près de 1 000 élèves de 12-13 ans créent chaque jour une atmosphère aussi animée que chargée. Entre les activités parascolaires, les cours de récupération et les aires communes qui fourmillent, il restait peu d'espaces tranquilles. D'où l'idée du Local Zen, que raconte Valesca de Costa Gehrs, professeure de yoga spécialisée pour adolescents, dans le n°24 d'Innovation en Éducation.
Pourquoi un tel local ?
Brigitte Buron, animatrice à la vie étudiante et instigatrice du projet, l'explique ainsi : après le repas du midi, on retrouvait souvent des jeunes dans les sanitaires ou près des casiers, la bibliothèque était toujours remplie, et peu d'endroits offraient un environnement silencieux. En 2019, elle a proposé à l'autrice, qui offrait déjà des séances de yoga à l'école, d'animer un espace pour les élèves. Grâce à l'appui de la direction et à un budget dédié, le Local Zen a ouvert à la rentrée 2021.
À quoi ressemble-t-il ?
Le lieu est une petite salle peu utilisée, loin des zones animées, réaménagée avec des meubles récupérés, du feuillage artificiel et des coussins fabriqués par une enseignante à partir de tissu d'uniforme. Plusieurs coins s'y côtoient : un espace de créativité, un coin de yoga en autonomie avec des fiches adaptées aux ados, un espace lecture et jeux. Les enseignants peuvent recommander le lieu, mais la décision d'y aller reste celle de l'élève.
Comment fonctionne-t-il ?
En « self-service ». L'élève signe un cahier de présence, y inscrit un mot pour décrire son état du moment (fatigué, relaxé, stressé), puis choisit son activité. Une fois par semaine, une mini-séance de yoga est suivie d'une relaxation guidée. Les règles d'entrée sont simples, par exemple parler en chuchotant, et l'enseignante rappelle aux plus agités : « tu entres dans le local comme si tu entrais dans ton salon pour te relaxer ». Ici, pas de notes, pas d'évaluations, aucune pression.
Qu'en disent les élèves ?
Le magazine rapporte plusieurs témoignages d'élèves de 12 ans, dont celui-ci.
« C'est un endroit où tout le monde se respecte, sans jugement. Le Local Zen préserve notre santé mentale. »
Une autre élève dit que l'espace l'aide à calmer son anxiété. Un troisième décrit un lieu qui donne l'impression de ne plus être à l'école, comme si l'on s'échappait discrètement jusqu'à ce que la cloche sonne.
Est-il réservé aux élèves en difficulté ?
C'était l'intention de départ : offrir un refuge à ceux qui en cherchent au milieu de l'agitation. Mais l'infirmière clinicienne du collège, Alexia Messier, a constaté que le lieu touche bien davantage d'élèves : plusieurs jeunes ont simplement besoin de se retrouver dans leur bulle, de créer ou de méditer. L'autrice y voit un potentiel pour favoriser l'acceptation et le respect des différences, améliorer le climat scolaire et, peut-être, les liens entre élèves et enseignants. Elle cite en conclusion le maître zen Thich Nhat Hanh.
« La paix n'est pas un espoir, c'est une pratique. »
Brigitte Buron conseille aux établissements tentés par l'aventure de choisir la bonne personne pour animer le lieu et d'oser se lancer.
Comment le lieu s'est-il construit, concrètement ?
Le Local Zen est le fruit d'une rencontre entre deux envies. Celle d'une animatrice de la vie étudiante, qui constatait l'absence d'endroit calme dans un collège de près de 1 000 élèves, et celle d'une professeure de yoga spécialisée pour adolescents, qui offrait déjà des séances dans l'établissement. Le projet a mis deux ans à aboutir, de 2019 à la rentrée 2021, grâce à l'appui de la direction et à un budget dédié. Le lieu a été choisi pour sa situation, à l'écart des zones animées, et aménagé avec soin pour que les élèves s'y sentent accueillis et en confiance. C'est aussi un espace flexible, qui peut servir à des activités menées avec des enseignants pendant les classes. L'équipe y voit un moyen de préserver la santé mentale des élèves, sans en faire un lieu réservé à quelques-uns.
Questions fréquentes
Faut-il un grand espace pour créer un local zen ?
Non : le Local Zen est une petite salle peu utilisée, réaménagée avec des meubles récupérés et des coussins faits maison.
Qui peut y aller ?
Tous les élèves, de leur propre initiative. Les enseignants peuvent le recommander, mais la décision revient à l'élève.
Faut-il un professeur de yoga ?
Dans ce projet, une professeure de yoga spécialisée pour adolescents l'anime. Brigitte Buron conseille de choisir la personne qui répond aux besoins de l'établissement.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'histoire de la création du Local Zen, de 2019 à l'ouverture en 2021.
- L'aménagement du lieu, avec ses trois coins d'activités.
- Le mode d'emploi du « self-service » et les consignes d'entrée.
- D'autres témoignages d'élèves, et celui de l'infirmière du collège.
- Le conseil de Brigitte Buron aux établissements qui voudraient se lancer.
N°24
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