Méditation laïque à l'école : que disent les neurosciences ?
La méditation de pleine conscience entre dans certaines classes, parfois sous le regard sceptique des parents. Une professeure de lycée, formatrice académique, rassemble ce que la recherche en dit, et partage son expérience avec une classe de seconde.
Tiré du magazine · n°8Maitriser la "neuroéducation"
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Les études menées sur la méditation de pleine conscience observent des effets sur le cerveau et sur l'attention : des capacités attentionnelles plus stables et plus souples après un entraînement intensif, et une activité renforcée dans des zones liées à l'apprentissage, à la mémoire et au contrôle des émotions. Pratiquée de façon laïque, elle peut trouver sa place en classe pour apaiser le climat et aider les élèves à se concentrer. À condition, insiste l'autrice, que l'enseignant soit lui-même formé et pratiquant.
C'est le point que fait Anne-Marie Lafont dans le n°8 d'Innovation en Éducation. Professeure de lettres modernes en lycée, formée à la sophrologie, à la communication non violente et à la méditation de pleine conscience, elle est formatrice académique dans l'académie d'Aix-Marseille et membre actif du CRAP-Cahiers pédagogiques. Elle anime un module de formation consacré à cette pratique laïque.
Pourquoi s'intéresser à la méditation à l'école ?
L'autrice part d'un constat institutionnel. Un rapport du Conseil d'analyse économique paru en 2018 souligne le retard de la France dans la compétence « apprendre à apprendre », qui repose sur l'autodiscipline, l'autonomie, la persévérance face aux obstacles et la capacité à travailler en équipe. Les élèves français affichent par ailleurs un niveau d'anxiété plus élevé que dans d'autres pays de l'OCDE. Ces compétences, qu'elle appelle socio-comportementales, pèsent sur la réussite comme sur les relations entre élèves, et même sur la santé. D'où l'idée de faire évoluer certaines pratiques pour améliorer le climat de classe.
Que montrent les neurosciences ?
L'article rassemble plusieurs travaux. Il s'arrête en particulier sur ceux d'Antoine Lutz, chargé de recherche au Centre de recherche en neurosciences de Lyon, qui étudie depuis plus de quinze ans l'impact des pratiques méditatives sur le cerveau.
« La méditation est un bon modèle pour pouvoir étudier le fonctionnement mental, son implémentation dans le cerveau […] »
Avec son équipe, il a d'abord comparé des méditants expérimentés à des personnes qui ne méditent pas, et observé des différences dans la façon dont le cerveau gère l'attention, la douleur ou l'empathie. Puis des études suivant les mêmes personnes avant et après un entraînement intensif de trois mois ont montré des capacités d'attention plus stables et plus flexibles qu'au sein d'un groupe témoin.
L'article décrit aussi, imagerie à l'appui, les zones dont l'activité se renforce, et les quatre phases par lesquelles passe l'esprit pendant une séance, de la distraction à l'attention soutenue. Ce schéma, qui parle beaucoup aux élèves, est dans le magazine.
Qu'est-ce que la méditation laïque ?
L'autrice la définit comme une pratique de l'attention, qui vise un calme intérieur et une meilleure disponibilité à l'instant présent. On parle aussi de pleine présence ou de présence attentive. Popularisée en Occident par les travaux du neurobiologiste Francisco Varela et du biologiste Jon Kabat-Zinn, elle est dénuée de toute dimension religieuse, ce qui lui permet d'entrer dans le cadre scolaire.
Comment la pratiquer en classe, et avec quelles précautions ?
Anne-Marie Lafont décrit plusieurs moments possibles dans un cours, selon l'objectif recherché, et partage les résultats d'une expérimentation menée en 2019 avec une classe de seconde, inspirée du programme PEACE de l'Association de Méditation dans l'Enseignement. Les réponses des élèves et des parents, chiffrées, sont présentées dans le magazine. Elles sont largement favorables.
Elle pose surtout des limites claires, qui font la valeur de son témoignage. Elle ne conseille pas cette pratique en cas d'angoisse, de forte anxiété ou de troubles psychiatriques. Elle insiste sur la nécessité, pour l'enseignant, d'être lui-même méditant, formé et expérimenté. Et elle recommande à ses collègues de commencer par des exercices centrés sur la posture, le corps et le souffle, avant d'aborder les émotions.
Qui fait vraiment la différence ?
Pour conclure, l'autrice cite la psychologue Jeanne Siaud-Facchin, qui voit dans la méditation à l'école un enjeu pour l'éducation de demain. Mais elle ramène l'essentiel à une conviction :
« L'enseignant est le principal facteur de changement et de progrès à l'École. »
Les émotions en classe font l'objet d'un autre article du numéro, signé Marie Legrand, qui propose d'autres outils pour accueillir et apprendre les émotions. Et l'attention est au cœur de l'entretien avec la neuropsychologue Annie Sanscartier.
Questions fréquentes
La méditation à l'école est-elle religieuse ?
Non. La méditation de pleine conscience pratiquée en classe est dite laïque : c'est une pratique de l'attention, dénuée de toute connotation religieuse, issue notamment des travaux de Francisco Varela et de Jon Kabat-Zinn.
Quels effets la méditation a-t-elle sur l'attention ?
Selon les études d'Antoine Lutz citées dans l'article, trois mois d'entraînement intensif rendent les capacités attentionnelles plus stables et plus flexibles qu'au sein d'un groupe témoin.
Tout enseignant peut-il proposer de la méditation à ses élèves ?
L'autrice recommande d'être soi-même méditant et formé, de commencer par des exercices simples sur le corps et le souffle, et de ne pas proposer cette pratique en cas de forte anxiété ou de troubles psychiatriques.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les études d'imagerie sur le cerveau des méditants, et les zones concernées.
- Le schéma des quatre phases d'une séance de méditation.
- Les moments possibles pour méditer en classe, selon l'objectif.
- Les résultats de l'expérimentation menée avec une classe de seconde, côté élèves et côté parents.
n°8 · Maitriser la "neuroéducation"
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