Liberté pédagogique : comment donner du sens à ce que l'on transmet ?
Contrairement à ce qu'on croit parfois, un enseignant est libre de sa manière de transmettre. Dans le n°5, Isabelle Peloux, enseignante depuis plus de trente ans, raconte comment elle s'est emparée de cette liberté.
Tiré du magazine · n°5Les pédagogies différentes
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Pour Isabelle Peloux, être enseignant est plus qu'un métier. Professeure des écoles depuis plus de trente ans, directrice de l'école élémentaire du Colibri aux Amanins, Isabelle Peloux se définit avant tout comme une chercheuse en pédagogie. Dans le n°5 d'Innovation en Éducation, elle répond à une question que beaucoup d'enseignants se posent à voix basse : de quelle liberté dispose-t-on vraiment ?
Qu'est-ce que la liberté pédagogique ?
Pour Isabelle Peloux, tout part d'une distinction simple. La pédagogie, c'est la manière de mettre en œuvre ce que l'on a à transmettre. Ce qui est cadré, c'est le contenu : en primaire, lire, écrire, compter, tels que les programmes et le socle commun les définissent. Ce qui est libre, c'est la façon de s'y prendre.
« La liberté pédagogique, elle est immense : je suis libre de décider comment je vais transmettre à mes élèves. »
Elle en tire une conviction : cette liberté est souvent moins une question de règlement qu'une question de posture. Beaucoup d'enseignants ont été élèves dans un système où l'on attendait d'eux qu'ils répondent à l'institution. Une fois de l'autre côté du bureau, ils reproduisent naturellement ce modèle, et il faut parfois réapprendre ce que c'est qu'être libre.
Pourquoi donner du sens change-t-il tout ?
C'est le cœur de son propos : le rôle d'un éducateur ne se résume pas à donner un outil, il consiste surtout à dire pourquoi on apprend telle ou telle chose. L'enseignante s'appuie sur ce que l'on sait aujourd'hui du cerveau de l'enfant, qui retient mal ce qui ne lui sert à rien.
Elle illustre l'idée par un souvenir de classe. Pendant des années, elle faisait apprendre une quinzaine de poèmes par cœur, parce que c'était dans les programmes. Un jour, son fils, devant un texte de Victor Hugo, lui demande si le poète avait vraiment songé à écrire trois strophes de quatre vers pour qu'elles tiennent sur la page d'un cahier. La question lui fait changer de regard : la poésie devient, dans sa classe, un langage libre qui parle des émotions et ouvre à la découverte de soi et des autres, et le besoin d'apprendre par cœur se déplace vers des chansons et des textes de théâtre.
Comment la vivre dans un système très cadré ?
Là encore, elle ne promet pas de révolution. Pour elle, le point principal est de retrouver une posture de chercheur : plus on en sait sur les savoirs et sur la façon de les transmettre, plus on est libre. Elle invite à regarder dans quatre directions pour nourrir sa pratique, sans en faire une liste d'obligations, et ajoute que sa propre manière d'enseigner est faite de toutes ses expériences, de ses lectures comme du théâtre d'improvisation qu'elle a pratiqué.
« Bien souvent, les élèves vont retenir ce qu'on fait, pas ce qu'on a raconté. »
Elle distingue enfin la liberté que l'on a dans sa classe, qui est là par définition puisque chacun enseigne avec sa singularité, et celle que l'on a dans l'établissement. Sur ce second point, elle regrette que les trouvailles des uns restent souvent dans la classe des uns, et rêve d'enseignants chercheurs ensemble, comme elle l'a vu faire au Québec.
Et si l'on commençait petit ?
L'entretien se termine par un encadré de quatre pistes pour vivre une plus grande liberté pédagogique. Elles tiennent en quelques mots : prendre soin de soi, avancer sans brusquer, se remettre en question, rester chercheur. Aucune n'oblige à bousculer l'institution, et toutes se mettent en œuvre derrière la porte de sa classe. Pour prolonger, un autre numéro du magazine est revenu sur la liberté pédagogique avec la même enseignante.
Que dit cet entretien du métier d'enseignant ?
Ce que l'entretien rappelle, au fond, c'est qu'un enseignant n'est pas un exécutant. Il choisit, il essaie, il se trompe, et c'est ainsi qu'il progresse, comme Isabelle Peloux le dit d'elle-même en évoquant la petite fille très scolaire qu'elle a été. Pour un parent, c'est une manière de comprendre ce que recouvre l'expression « liberté pédagogique », souvent entendue dans les débats sans que l'on sache bien ce qu'elle permet concrètement.
Questions fréquentes
Un enseignant peut-il vraiment choisir sa façon d'enseigner ?
Oui, selon Isabelle Peloux : le contenu est fixé par les programmes, mais la manière de le transmettre appartient à l'enseignant.
Comment s'inspirer sans tout changer d'un coup ?
L'enseignante recommande d'y aller pas à pas, en commençant petit, et de regarder ce que font d'autres pédagogies et d'autres collègues.
Quel rôle jouent les neurosciences ?
Elles aident à comprendre pourquoi un apprentissage doit avoir du sens pour être retenu, et donnent des arguments pour oser changer certaines habitudes.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien complet en six questions, avec les anecdotes de classe d'Isabelle Peloux.
- Le deuxième exemple détaillé : donner du sens à une notion de mathématiques.
- Les quatre directions pour se nourrir, des pédagogies différentes à la « vraie vie ».
- Le détail de ce que l'on peut vivre dans sa classe et dans son établissement.
- L'encadré « Pour vivre une plus grande liberté pédagogique ».
