Comment réduire la pression quand on est enseignant ?
Les enseignants éduquent dans un contexte anxiogène, et portent souvent l'anxiété de tous. Dans le n°25 d'Innovation en Éducation, Isabelle Peloux explore ce qui pèse, et ce qui peut alléger.
Enseigner, c'est aussi absorber ce que la société ressent. Isabelle Peloux, ancienne professeure des écoles, fondatrice de l'École du Colibri aux Amanins (Drôme) et formatrice à la relation entre l'enseignante et l'enseigné, part de ce constat dans le n°25 d'Innovation en Éducation : éduquer dans un contexte anxiogène est encore plus difficile que d'habitude, et cela exige de prendre de la distance pour ne pas communiquer sa propre anxiété.
Pourquoi les enseignants ressentent-ils tant de pression ?
L'autrice en distingue deux sources. La première est sociale : on attend de l'école qu'elle explique tout, de Parcoursup à la baisse du niveau, tout en lui confiant, après chaque événement tragique, la mission d'en parler aux élèves. Le discours passe de « rien à tout », ce qui nourrit chez les enseignants le doute et un sentiment d'illégitimité. Chacun a une opinion sur l'école, souvent à partir de sa propre expérience d'élève, au point que son avis, constate-t-elle, pèse rarement plus que celui d'un non-enseignant, comme si enseigner n'était pas vraiment un métier. Elle y voit pourtant un savoir-faire très exigeant, qui demande de la psychologie, de la didactique et de se réactualiser sans cesse.
« Comme si ce n'était pas vraiment un métier. »
La seconde source est administrative. Isabelle Peloux évoque des enseignants qui demandent de l'aide ou une mutation sans être entendus, et en tire une réflexion : ne pas être écouté dans ses besoins crée un sentiment d'obéissance qui s'accorde mal avec la responsabilité que l'on attend d'eux.
« Il est difficile de responsabiliser nos élèves quand on se sent infantilisé. »
Revenir « comme avant » est-il une solution ?
Quand on a peur, explique-t-elle, le réflexe est de penser que c'était mieux avant. Or la société a changé : l'instituteur d'autrefois bénéficiait d'une confiance sociale qui faisait de lui une figure d'autorité reconnue d'emblée. Ce n'est plus le cas, et l'enseignant doit désormais gagner chaque année le droit de « faire autorité » par son exemplarité et sa rigueur bienveillante. Ce défi demande d'abord de recréer de la confiance entre familles, élèves, enseignants et institution.
Que peut changer un enseignant dans sa classe ?
L'exemple choisi par l'autrice est la dictée. Même quand l'exercice est imposé, il reste une liberté : celle de la façon de la pratiquer. Elle peut être apprenante, quand on cherche ensemble, à voix haute, le raisonnement qui mène à l'orthographe juste, et que chacun peut s'en inspirer. Elle peut être évaluante, quand chacun doit mener ce dialogue dans sa tête, seul, pour savoir s'il sait le faire. S'appuyant sur le chercheur André Antibi, elle rappelle que le temps consacré à évaluer ne devrait pas dépasser 10 % du temps d'apprentissage.
La nuance paraît mince, mais elle déplace tout : la compétition pousse à garder son raisonnement pour soi, la coopération le partage, et l'autre n'est plus un concurrent mais quelqu'un de complémentaire.
Et face à l'anxiété des élèves ?
Isabelle Peloux propose cinq pistes éducatives : comprendre, expliquer, agir, imiter et sortir du mode binaire. Elle illustre la dernière par l'histoire des deux loups, qui se disputent la parole en chacun de nous : c'est celui que l'on nourrit qui l'emporte. Contre l'éco-anxiété, par exemple, elle recommande d'agir, en construisant des nichoirs en primaire ou en laissant les adolescents porter leurs propres projets. Le magazine détaille chacune de ces pistes.
Son message final est un appel au courage collectif. Les bonnes nouvelles se relaient moins que les mauvaises, mais elles existent, et les raconter est un acte volontaire.
« Dans la forêt, on entend l'arbre qui tombe, mais pas les 1000 qui poussent »
Questions fréquentes
Un enseignant peut-il vraiment agir sur la pression qu'il ressent ?
Selon Isabelle Peloux, oui, au moins en partie, à travers le choix de sa pédagogie : la façon de pratiquer une dictée, de coopérer ou d'évaluer change l'ambiance de la classe.
Que veut dire « liberté pédagogique » ?
C'est la liberté de choisir sa manière d'enseigner, même quand le contenu est imposé. L'autrice y voit un levier pour redonner du sens au métier.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le développement complet de la dictée apprenante et de la dictée évaluante, et ses effets sur la coopération.
- L'encadré sur la « constante macabre » de la note, d'André Antibi.
- Les cinq pistes pour réduire l'anxiété des élèves, avec leurs exemples.
- L'histoire des deux loups en entier, et les noms que les élèves leur ont donnés.
- Les exemples de situations vécues par les enseignants que l'autrice rencontre.
N°25
n°25 · Santé mentale : tous anxieux ?
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