Comment nos biais influencent-ils la relation entre un prof et ses élèves ?
Et si l'on pouvait être, sans le vouloir, un enseignant qui enferme ses élèves dans un jugement ? Dans le n°13, Isabelle Peloux montre comment les sciences cognitives l'ont aidée à ajuster sa posture.
Tiré du magazine · n°13Suis-je parfois un parent "toxique" ?
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Ce numéro s'adresse surtout aux parents, mais le magazine compte aussi de nombreux lecteurs enseignants. Fallait-il alors envisager qu'un enseignant puisse lui aussi être « toxique » ? Isabelle Peloux, professeure des écoles, formatrice pour adultes et fondatrice de l'école du Colibri aux Amanins, a relevé la question. Sans aller jusque-là, répond-elle, il est bon de connaître les biais et les comportements qui peuvent influencer négativement la pratique en classe. Dans le n°13 d'Innovation en Éducation, elle partage ce que la connaissance du cerveau lui a permis de changer dans ses postures relationnelles.
Qu'est-ce qui compte le plus : la méthode ou la posture ?
Son constat, après avoir rencontré beaucoup d'enseignants, est net : la posture relationnelle, celle qui permet d'interroger sa pratique, de s'adapter et de continuer à apprendre, compte plus que la méthode utilisée.
« Une pédagogie, même excellente, ne fonctionnera pas ou peu si la posture de l'adulte est défaillante. »
Elle décrit un « enseignant-chercheur » : curieux, intéressé par les sciences cognitives, qui éclairent ce que les pédagogies de Freinet, Decroly, Claparède, Oury ou Montessori avaient découvert de manière empirique.
Qu'est-ce qu'un biais cognitif, concrètement ?
Le cerveau, explique l'autrice, trie la masse de ce qu'il perçoit pour agir vite. Ce travail génère des automatismes précieux, mais dont il faut prendre conscience pour qu'ils n'agissent pas à notre insu. Son exemple porte sur les nombres. Depuis le CP, un élève constate que 8 est plus petit que 25, qui est plus petit que 542. Son cerveau en tire que « plus le chiffre est long, plus il est gros ». Quand, vers 9 ans, il rencontre les nombres décimaux, il applique l'automatisme et affirme que 3,99 est plus grand que 4, puisqu'il est plus long.
D'où l'intérêt des pédagogies actives, qui mettent l'élève en posture de chercheur : il expérimente pour repérer où l'automatisme fonctionne et où il trompe. Isabelle Peloux décrit deux autres biais, qui jouent dans le travail de groupe et dans le regard que l'on porte sur un enfant ou sur des parents « tous mécontents ». Le magazine les présente avec leurs exemples. L'autrice insiste aussi sur la différence entre un savoir et une croyance : on apprend aux enfants à faire des hypothèses, à les vérifier et à en tirer un savoir, ce qu'elle appelle la posture de chercheur, qui rejoint le tâtonnement cher à Freinet. Cette aptitude se construit dans la relation à l'autre, puisque celui qui me parle de ses représentations m'oblige à questionner les miennes. À propos de la posture enseignante, on pourra aussi lire l'avis d'Isabelle Peloux sur la liberté pédagogique.
Pourquoi un élève « attaque »-t-il, fuit-il ou se fige-t-il ?
L'autrice s'appuie sur le fonctionnement du système de défense du cerveau. Si une activité est ressentie comme confortable, l'enfant est disponible pour apprendre. Si elle est inconfortable (peur de ne pas y arriver, d'être moqué), le cerveau réagit par la fuite, l'attaque ou la sidération.
Cela change le regard de l'enseignant sur l'élève qui, en apparence, lui tient tête.
« Il a ce comportement parce qu'il ne se sent pas en sécurité. »
Au lieu de se sentir attaqué, l'adulte peut s'occuper d'orienter l'enfant vers la sécurité dont il a besoin : un besoin de répétition, d'être vu ou d'une reformulation.
Et quand un élève nous « déclenche » ?
C'est le dernier point de l'article, que l'autrice dit lui tenir à cœur, et qui concerne aussi bien les parents que les enseignants : accompagner des jeunes nous place inévitablement dans des situations délicates, celles que les Québécois appellent des situations déclenchantes. Quand un enfant nous irrite particulièrement, demandons-nous si cela gêne autant nos collègues. Si c'est le cas pour nous seuls, c'est peut-être que cet enfant vient révéler un espace insécure chez nous. Elle explique ce qu'il attend de l'adulte, et ce qu'il peut lui apprendre à prendre soin de ses propres besoins. L'article cite plusieurs approches (communication non violente, hypnose, EFT, EMDR) pour s'en occuper.
« Prendre soin du lien reste la clé de la mise en place d'une éducation bienveillante et contenante pour la sécurité et l'épanouissement des enfants que nous accompagnons. »
Questions fréquentes
Un enseignant peut-il être « toxique » pour ses élèves ?
Le magazine pose la question sans y répondre de manière tranchée. Isabelle Peloux rappelle surtout que des biais et des comportements inconscients peuvent nuire à la relation, et que les connaître aide à les corriger.
Pourquoi un élève qui provoque est-il parfois en insécurité ?
Parce que, selon l'autrice, le cerveau réagit à l'inconfort par la fuite, l'attaque ou la sidération. Rassurer l'élève sur ce qui l'inquiète est souvent plus efficace que de se sentir visé.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le biais d'automatisation avec l'exemple des nombres décimaux, et l'importance du discernement.
- Deux autres biais (halo et attentionnel), avec leurs exemples tirés de la classe et de la formation d'enseignants.
- L'explication du système de défense du cerveau et de ses trois réactions.
- Le passage sur les situations « déclenchantes » et ce qu'elles révèlent chez l'adulte.
- Les références de l'autrice et ses outils sur la posture de coopération.
