Quelle posture adopter, parent ou enseignant, face à un adolescent ?
En entrant au collège, tout le monde attend la crise, et les adultes serrent la vis. Dans le n°21 d'Innovation en Éducation, Isabelle Peloux propose un pas de côté.
Quand on évoque le passage au collège, on y associe trop souvent la peur de la « fameuse » crise d'adolescence. Isabelle Peloux, psychopédagogue et formatrice en pédagogie de la coopération, fondatrice de l'école du Colibri aux Amanins, dans la Drôme, a été frappée de voir parents et enseignants adopter le même réflexe défensif : « poser des règles préventives de serrage de boulons ». Dans le n°21 d'Innovation en Éducation, elle propose neuf conseils pour changer de regard, donc de posture.
Pourquoi le besoin d'appartenance prend-il autant de place ?
C'est le premier conseil, et la clé de beaucoup d'autres. À l'adolescence, on ne sait pas encore qui l'on devient : on est donc très attentif à ce à quoi l'on ne veut pas être assimilé, et à ce que l'on dit de soi. Le jeune met toute son attention à être dans tel groupe, aux valeurs qu'il juge intéressantes, et pas dans tel autre. Cela peut être subtil, comme le choix d'un influenceur ou d'une marque, ou très visible.
Cette fragilité a des conséquences pratiques pour les enseignants, mais aussi pour les parents. Éviter les amalgames, les « toujours » et les « jamais », et ne pas dénoncer un comportement devant le groupe : mieux vaut annoncer qu'on en parlera en tête-à-tête. L'autrice explique que baisser la garde devant ses pairs est vécu comme une humiliation, alors que seul à seul, le jeune pourra reconnaître que sa posture n'était pas la meilleure.
« Baisser la garde en public devant ses pairs est assimilé à une humiliation publique […]. »
Un ado qui provoque est-il ingrat ?
Pas forcément, répond l'autrice, qui propose de lire l'« âge ingrat » autrement. Elle raconte une scène aux Amanins, ferme agroécologique de la Drôme, où les animateurs accueillent des élèves de quatrième pour le déjeuner. Les provocations fusent : « et le coca, il est où ? », « des légumes, quelle horreur ! ». L'ado est d'abord insolent pour nourrir son besoin d'appartenance et faire rire ses pairs. Puis il assimile l'information donnée par les adultes, et quelques jours plus tard, on le voit expliquer à ses parents que le coca n'est pas bon pour la santé et qu'il serait temps de manger plus de légumes à la maison.
C'est ce qu'elle appelle la reconnaissance décalée : le jeune a besoin de se décaler dans le temps pour digérer l'information et la faire sienne.
« Il n'est donc pas ingrat, il doit se décaler dans le temps pour avoir l'espace de distinguer ce qu'il n'est plus et choisir ce qu'il devient […]. »
L'autrice décrit aussi un adolescent en balancier : il peut passer en quelques secondes d'un comportement enfantin, comme le doudou glissé dans son sac de lycéen, à une révolte humaniste très engagée et réfléchie. Cette métamorphose est nouvelle pour les adultes, qui décidaient auparavant du moment de parler. À présent, c'est le jeune qui décide quand il s'ouvre, et ce sera souvent à l'heure où le parent voulait enfin dormir, ou en sortant de la voiture devant le collège.
Comment accompagner sans faire à sa place ?
Les conseils suivants prolongent cette idée. L'un invite à attendre le moment où l'adolescent décide de s'ouvrir, souvent à l'heure où l'on s'y attend le moins : ce ne sont plus les adultes qui convoquent le dialogue. Un autre rappelle que l'autonomie s'apprend, et qu'il vaut mieux ne plus faire à sa place. D'autres encore touchent à la fermeté face aux risques, au passage d'éducateur à accompagnateur et à la place de la parole en classe. Le magazine développe chacun d'eux.
L'autrice ne choisit pas entre bienveillance et fermeté : pour elle, l'exigence juste est la preuve qu'on croit en la capacité d'émancipation du jeune. Elle conclut en invitant les adultes à ne pas rester tièdes, car les adolescents, dans un contexte anxiogène, comptent encore plus sur eux pour croire en leur avenir.
« En éducation, ne restons surtout pas tièdes, ils se sentiraient abandonnés. »
Le sujet des limites se retrouve aussi dans l'article du blog sur le cerveau adolescent et le malentendu entre adultes et ados.
Questions fréquentes
Faut-il être indulgent ou ferme avec un ado ?
Isabelle Peloux plaide pour les deux : bienveillance dans la relation, fermeté quand le risque est sous-estimé, avec des règles expliquées.
Comment un enseignant doit-il réagir à une provocation en classe ?
Elle conseille de ne pas s'en prendre à l'élève devant le groupe, mais de lui proposer d'en parler en tête-à-tête plus tard.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les neuf conseils complets d'Isabelle Peloux, de l'appartenance aux espaces de parole.
- La scène du repas aux Amanins, et ce qu'elle apprend de la reconnaissance décalée.
- Les formulations à éviter et celles à préférer face à un élève ou à un enfant.
- L'encadré des coups de cœur : sites, vidéos à regarder avec les ados et livres.
N°21
n°21 · Déjouer la crise d’ado, c’est possible !
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