La méditation laïque aide-t-elle vraiment les enfants à se concentrer ?
La pleine conscience entre peu à peu dans les classes. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, la professeure Anne-Marie Lafont en explique l'intérêt, la manière de la proposer et les précautions à prendre.
Tiré du magazine · n°12Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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La méditation de pleine conscience est, en d'autres termes, une pratique de l'attention, sans aucun aspect religieux. Anne-Marie Lafont, qui la propose à ses élèves, en décrit les effets possibles sur la concentration et le stress, et insiste sur le cadre à respecter.
Professeure de lettres modernes, conférencière TEDx et formatrice académique en méditation laïque, Anne-Marie Lafont intervient depuis 2017 dans les établissements de son académie. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, elle explique pourquoi l'attention, loin d'être innée, s'entraîne.
Pourquoi l'attention a-t-elle besoin d'être entraînée ?
Parce que le cortex préfrontal, siège du raisonnement, de la concentration et de la régulation des émotions, n'atteint sa pleine maturité qu'autour de 25 ans. Les enfants et les adolescents ont donc besoin d'outils pour s'exercer. L'autrice reprend l'expression du psychiatre Christophe André, pour qui la méditation est « un entraînement de l'esprit », ce qui signifie qu'il vaut mieux de courtes pratiques régulières que de longues séances rares.
« Il vaut mieux pratiquer 10 minutes par jour, plutôt qu'une heure par semaine. »
Que peut-elle changer pour le stress et les émotions ?
L'autrice rappelle, avec la pédiatre Catherine Gueguen, que le stress perturbe les circuits qui servent à penser et à mémoriser. La méditation permet de mieux accueillir les émotions désagréables comme agréables. Elle cite des évaluations de programmes de pleine présence menées auprès d'élèves et d'enseignants, qui rapportent des effets positifs.
« Des effets positifs sur le stress, la régulation des émotions fortes, la concentration, l'attention, le bien-être et le calme. »
Elle précise que ces bénéfices, forts ou faibles, n'en sont pas moins réels, et évoque l'expérience menée par Frédéric Lenoir dans plusieurs écoles élémentaires en 2016, où les enseignants ont constaté une meilleure concentration chez leurs élèves.
Concrètement, par où commencer ?
Par le souffle. Les premières séances sont consacrées à porter l'attention sur sa respiration, telle qu'elle est, sans la juger, en se demandant ce que l'on ressent. L'autrice répète pour cela quelques formules simples, comme « si je peux et si je le veux », qui laissent à chacun sa liberté. Elle explore ensuite d'autres respirations puis, plus tard, des exercices de respiration pour se calmer. Le magazine en précise les étapes et les formules.
Quelles précautions prendre ?
C'est la partie la plus utile de l'article. L'autrice pose une règle d'or : on laisse toujours à l'élève le libre arbitre. S'il ne veut pas pratiquer, il peut colorier ou lire, à condition de respecter ceux qui souhaitent le faire. Elle recommande aussi d'avoir soi-même pratiqué et d'être formé avant de proposer quoi que ce soit en classe, surtout dès que l'on aborde les émotions. Elle mentionne enfin des effets indésirables possibles (gêne, inconfort, agitation) et la manière de les accueillir.
Son propos est mesuré. Elle précise ne pas chercher à tout prix à faire entrer la pratique en classe, et cite l'avis du Comité scientifique de l'Éducation nationale.
« Le CSEN ne voit pas de raison impérieuse d'interdire la pleine conscience […] mais ces pratiques devraient être strictement encadrées. »
Pourquoi cette question se pose-t-elle à l'école ?
L'autrice rappelle quelques difficultés auxquelles le système éducatif est confronté : des difficultés d'apprentissage liées à un déficit d'attention, en augmentation selon les sources qu'elle cite, des troubles dépressifs chez les enfants et les adolescents, et le harcèlement, qui toucherait environ 12 % des élèves du primaire et 10 % des collégiens. Les chiffres, précise-t-elle, sont probablement sous-estimés, car ils portent surtout sur les troubles déclarés. Face à ces enjeux, des évaluations menées auprès d'élèves et d'enseignants ayant suivi un programme de pleine présence rapportent des effets positifs. Elle présente donc la méditation comme une piste parmi d'autres, et non comme une solution miracle.
Questions fréquentes
La méditation laïque, c'est une pratique religieuse ?
Non. Selon l'autrice, il s'agit d'une pratique de l'attention, interne (souffle, corps, émotions) ou externe (un son, un paysage), dénuée de tout aspect religieux.
Peut-on l'imposer à un élève ?
Non. La règle d'or de l'autrice est de toujours laisser le libre arbitre à l'élève, qui peut faire autre chose en respectant ses camarades.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les éléments sur le cerveau, le stress et les résultats observés, avec les chiffres sur les difficultés du système éducatif.
- Le déroulé des premières séances, avec les formules de guidage et les différentes respirations.
- Les règles d'or et les avertissements, avec les effets indésirables rencontrés.
- La conclusion complète du Comité scientifique et le parcours de formation proposé aux enseignants.
n°12 · Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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