Que se passe-t-il dans le corps d'un enfant face au changement ?
Quand un enfant traîne, s'oppose ou se replie à l'annonce d'un changement, ce n'est pas un caprice. Dans le n°33 d'Innovation en Éducation, Ludovic Leroux propose de lire ces comportements comme les tentatives d'adaptation de son système nerveux.
Tiré du magazine · n°33Les enfants face aux étapes de la vie
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Face à un changement, un enfant ne choisit pas vraiment sa réaction : c'est son système nerveux qui se demande, en permanence, s'il est en sécurité. Telle est la lecture que propose Ludovic Leroux. Pour l'aider, il n'est pas nécessaire de le protéger de tout. Il suffit souvent d'être soi-même un adulte calme et présent.
Auteur, conférencier et « explorateur du fonctionnement humain », Ludovic Leroux est connu pour son livre Nerf Vague. Dans le n°33 d'Innovation en Éducation, consacré au changement, il ouvre le numéro avec une question que beaucoup de parents se posent devant un déménagement, une rentrée ou une séparation : que se passe-t-il, au juste, dans le corps de mon enfant ?
Pourquoi mon enfant réagit-il « plus fort que lui » ?
Tout être humain possède un système nerveux autonome, un réseau de nerfs qui relie le cerveau au corps. Il fonctionne sans que nous y pensions, et il pose sans cesse la même question : suis-je en sécurité, à l'intérieur de moi, autour de moi et dans mes relations aux autres ? Si la réponse est non, il active d'autres modes pour retrouver l'équilibre.
L'auteur insiste sur un point qui déculpabilise : ces réactions ne sont pas volontaires. Elles se déclenchent avant même que l'enfant en ait conscience, et elles ne disent rien de son caractère. Elles sont la manière dont son système nerveux tente de s'adapter, avec ce qu'il sait déjà faire. L'auteur parle de flexibilité vagale pour désigner cette capacité à passer d'un état à l'autre.
Comment reconnaître que l'enfant cherche à s'adapter ?
Sans clé de lecture, un enfant qui traîne, se plaint ou s'oppose peut sembler « bizarre » ou de mauvaise volonté. Ludovic Leroux, en s'appuyant sur la théorie polyvagale du chercheur Stephen Porges, décrit une hiérarchie en trois temps. D'abord la recherche de sécurité : l'enfant pose beaucoup de questions, réclame de l'attention, s'accroche à son doudou ou à ses rituels. Ensuite, si cela ne suffit pas, la mobilisation, par la fuite ou le combat. Enfin, en dernier recours, l'inhibition : il se replie, se tait, se fige.
Un exemple suffit à voir la différence. Un enfant qui fait traîner le départ pour la nouvelle école ne manque pas de gentillesse : son système nerveux évite l'inconnu. Un enfant en colère contre ses parents au moment du déménagement n'est pas forcément « contre eux » : il met en œuvre une stratégie de survie. L'article détaille chacune de ces trois étapes, avec les comportements qui les accompagnent.
Qu'est-ce qu'un traumatisme, dans cette approche ?
Après un changement très vécu comme une menace, le système nerveux peut rester bloqué en mode protection. L'auteur en donne une définition qui nuance beaucoup l'idée qu'on s'en fait.
« Un trauma n'est pas ce qui arrive, ce n'est pas le changement : c'est ce que le SNA de l'enfant garde en lui. »
Le changement lui-même n'est donc pas l'ennemi. Ce qui compte, c'est que l'enfant puisse en ressortir avec le sentiment que le danger est passé.
Faut-il protéger l'enfant de tout changement ?
Non, répond Ludovic Leroux, et c'est le cœur de son propos. Un système nerveux se muscle comme une compétence : pour apprendre à passer d'un mode « survie » à un mode « vie », il faut avoir l'occasion de le faire.
« Protéger les enfants du changement serait contre-productif à moyen et long terme car cela préserverait leur SNA et il ne pourrait donc pas s'entraîner à passer d'un mode survie à un mode vie. »
Ce qui aide, c'est la corégulation : un système nerveux calme apaise celui qui se trouve à côté. Pas besoin de longs discours rassurants, la présence sécurisante de l'adulte envoie déjà le message que tout va bien. Pour les parents comme pour les enseignants, la question à se poser devient simple : que fait, en ce moment, le système nerveux de cet enfant, et le mien est-il assez serein pour lui servir de repère ?
Questions fréquentes
Pourquoi mon enfant se met-il en colère quand tout change ?
Selon Ludovic Leroux, la colère peut être une stratégie de mobilisation : le système nerveux de l'enfant cherche à combattre ce qui lui fait peur. Elle ne signale ni un manque de gentillesse ni un défaut d'éducation.
Faut-il épargner à l'enfant les situations difficiles ?
L'auteur plaide pour l'inverse : accompagner plutôt que protéger, car c'est en traversant de petits changements que l'enfant entraîne sa capacité à s'adapter.
Comment rassurer sans parler ?
Par la corégulation : la présence calme d'un adulte dont le propre système nerveux se sent en sécurité suffit à transmettre le sentiment que la situation est sûre.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail des trois stratégies d'adaptation (recherche de sécurité, mobilisation, inhibition) et des comportements qui les accompagnent.
- Les explications sur le mode d'inhibition, du repli au figement.
- La façon dont un changement ponctuel peut laisser une trace durable, et comment elle se défait.
- La mise en pratique de la corégulation avec des enfants de tous âges.
- Le portrait de l'auteur et ses ouvrages.
n°33 · Les enfants face aux étapes de la vie
Ce numéro n'est pas en vente en ce moment.
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