La communication non violente peut-elle aider les parents à exercer leur autorité ?
Comment poser un cadre sans imposer ? Élodie Hochard, formatrice certifiée en communication non violente, défend dans le n°20 une autorité fondée sur le dialogue, qu'elle illustre par des phrases du quotidien.
Tiré du magazine · n°20Éducation positive : ça va trop loin ?
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Comment tenir un cadre sans élever la voix, sans punir et sans céder ? Pour Élodie Hochard, formatrice certifiée en communication non violente (CNV) et thérapeute en Intelligence Relationnelle, la réponse passe par la qualité de la communication. Dans le n°20 d'Innovation en Éducation, elle présente la CNV, développée par Marshall Rosenberg, comme un cadre utile aux parents, à un moment où l'éducation positive est critiquée pour ses effets supposés sur la fatigue des parents et le manque de repères des enfants.
La CNV est-elle une technique de communication ?
Non, et l'autrice y insiste : il ne s'agit pas d'une technique mais d'une philosophie de vie, d'un art de dialoguer avec soi et avec les autres. Elle repose d'abord sur l'intention. Sans le souhait sincère d'une contribution pour toutes et tous, la CNV pourrait être perçue comme une manipulation et produire l'inverse de ce qu'on espère.
« La CNV se rapproche davantage d'une philosophie de vie, d'un art de dialoguer avec soi et les autres. »
À quoi ressemble une phrase en CNV ?
L'article structure la démarche en quatre composantes, qu'il déroule une à une avec un exemple à chaque fois. La première est l'observation : décrire ce que l'on voit ou entend sans jugement ni blâme. Un parent amène son enfant chez le pédiatre pour une toux, et l'enfant dit vouloir rester à la maison. Au lieu de lancer « Tu n'obéis jamais », le parent peut dire ce qu'il constate : « Tu me dis que tu veux rester à la maison, lorsque je te demande de mettre ta veste pour aller chez le pédiatre. » On part ainsi d'un point d'accord sur la situation, ce qui évite que le conflit ne se dégrade dès le premier mot.
L'autrice poursuit avec les trois autres composantes, en reprenant la même scène : ce qu'on ressent, ce dont on a besoin, ce qu'on demande. Elle y rappelle une distinction précieuse, celle entre un besoin et la stratégie choisie pour le satisfaire. Le magazine en donne le détail, avec les phrases qui correspondent à chaque étape.
Elle précise que le parent adapte le propos à l'âge de l'enfant : avec un tout-petit, on ne s'attend pas à ce qu'il trouve des solutions, mais on peut lui proposer un jeu qui réponde aux besoins de chacun.
Comment la CNV soutient-elle l'autorité parentale ?
L'article y consacre une partie entière, avec trois situations quotidiennes : la gestion des conflits entre frères et sœurs, l'établissement des limites et l'expression des émotions. Sur les limites, Élodie Hochard suggère d'expliquer les raisons d'une règle et d'écouter les sentiments de l'enfant. Elle va plus loin : sur ce qui n'engage pas sa sécurité, il peut même contribuer à définir la règle, ce qui renforce son sentiment d'appartenance et de compétence.
« Ces demandes sont des invitations à coopérer plutôt que des ordres coercitifs. »
On peut s'étonner de voir l'autorité associée à la coopération. C'est précisément ce que l'article défend : une autorité qui ne repose pas sur la peur et qui laisse de la place à l'enfant. D'autres contributeurs du numéro, comme Marina Faillot-Laloux, insistent de leur côté sur la fermeté du cadre. Les points de vue se complètent plus qu'ils ne s'opposent.
Et au-delà de la CNV ?
L'autrice complète sa proposition par deux apports : la théorie polyvagale de Stephen Porges, qui aide à reconnaître les signaux de détresse d'un enfant, et la théorie de l'attachement de John Bowlby, qui éclaire les types de relations précoces. Elle y ajoute une réflexion sur les rapports de domination et de soumission qui peuvent se reproduire au sein de la famille, avec un exemple sur la manière de lire le regard d'un enfant.
Sa conclusion écarte un choix binaire : il n'y aurait pas à décider entre l'exercice abusif du pouvoir et une approche sans limites.
« Cela ouvre ainsi la voie à des relations familiales équilibrées, épanouissantes et sécurisantes, fondées sur le respect mutuel et la coopération. »
Questions fréquentes
La CNV, c'est parler avec une formule toute prête ?
Non, d'après l'autrice : ce n'est pas une technique mais une démarche, qui repose sur une intention de coopération.
Peut-on poser des limites en CNV ?
Oui. L'article propose d'expliquer les règles, d'écouter les besoins de l'enfant et, quand sa sécurité n'est pas en jeu, de l'associer à leur définition.
Est-ce adapté à un tout-petit ?
Avec un jeune enfant, le parent adapte sa stratégie : il ne lui demande pas de trouver des solutions, mais peut lui proposer une alternative ludique.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les quatre composantes de la CNV, chacune avec ses exemples de phrases tirés de la vie courante.
- La distinction entre besoins et stratégies, illustrée sur la scène du pédiatre.
- Les trois situations quotidiennes traitées : conflits, limites et autonomie, expression des émotions.
- Les compléments sur la théorie polyvagale, l'attachement et les dynamiques de pouvoir.
