Origine sociale et orientation : comment l'égalité des chances peut-elle avancer ?
Le niveau de vie des parents et les origines pèsent encore sur l'orientation. L'association Article 1, qui accompagne 100 000 jeunes par an, répond dans le n°10 d'Innovation en Éducation.
Tiré du magazine · n°10Orientation : quel avenir pour mon enfant ?
Voir ce numéro
« On ne va pas se voiler la face » : c'est par ce constat que s'ouvre l'entretien du n°10 d'Innovation en Éducation avec l'association Article 1. Née de la fusion de Frateli et de Passeport Avenir, elle réunit 17 000 bénévoles et 200 partenaires, et accompagne chaque année 100 000 jeunes issus de milieux populaires dans leur orientation et leur insertion. Ses réponses sont concrètes et ne manquent pas d'optimisme.
« On ne va pas se voiler la face : le niveau de vie des parents et les origines sont encore trop déterminants dans l'orientation. »
Peut-on se protéger de la discrimination dans certains cursus ?
L'association commence par rappeler qu'il est difficile de se prémunir individuellement d'un problème qui est systémique. Elle signale en revanche qu'il existe des dispositifs d'égalité des chances qui facilitent l'accès des jeunes de milieux populaires à des filières socialement sélectives : quotas, concours spécifiques, préparations aux concours destinées aux étudiants de quartiers prioritaires. Le magazine les décrit dans l'entretien.
Un parcours cher est-il forcément un bon parcours ?
Non, répond Article 1. L'enseignement supérieur public français reste de qualité et ses coûts sont raisonnables, les étudiants boursiers étant exemptés de frais d'inscription. Elle en veut pour preuve que la France compte 30 universités publiques dans les cinquante premières d'un classement international, selon les chiffres de Campus France qu'elle cite. L'association nuance cependant : certaines entreprises recrutent selon l'école, la grille salariale peut dépendre de l'établissement, et les écoles les plus coûteuses n'offrent pas toutes d'abattement. Le financement des études reste un frein pour les familles modestes, ne serait-ce que parce que certains étudiants ne peuvent pas contracter de prêt, leurs parents ne pouvant pas se porter garants. Un encadré chiffre le coût moyen d'une année dans le public, selon le cycle d'études, et la part des étudiants ayant dû emprunter selon le type d'établissement.
« Un bon parcours n'est pas forcément un parcours qui coûte cher, bien au contraire. »
Un prêt étudiant, jusqu'où ?
Pour l'association, le prêt doit intervenir en dernier recours, après les bourses, les logements sur critères sociaux, l'alternance et les jobs étudiants. Le montant raisonnable dépend des alternatives disponibles et de la capacité à rembourser, selon la filière, l'établissement et le premier salaire estimé. Elle regrette que l'éducation budgétaire ne soit pas délivrée par les établissements.
Comment se constituer un réseau quand on n'en a pas ?
C'est l'une des craintes les plus fréquentes. Article 1 mise d'abord sur le mentorat : un mentor peut ouvrir son propre réseau au jeune qu'il accompagne. L'engagement associatif et la multiplication des expériences professionnelles, en particulier les stages, sont deux autres leviers. Les étudiants mentorés, observe l'association, accordent beaucoup d'importance aux stages, qui pèsent dans leur insertion.
« Le mentor qui accompagne le jeune peut lui ouvrir son réseau. »
Questions fréquentes
Faut-il choisir une école chère pour réussir ?
Pas forcément. L'association souligne la qualité de l'enseignement supérieur public et ses coûts raisonnables. Elle rappelle toutefois que certaines entreprises recrutent selon l'école.
Quand recourir à un prêt étudiant ?
En dernier recours, après avoir exploré les bourses, les logements sociaux, l'alternance et les jobs étudiants.
Comment développer son réseau sans contacts familiaux ?
Par le mentorat, l'engagement dans des associations ou des mouvements d'éducation populaire, et les stages pendant le cursus.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les dispositifs d'égalité des chances que l'association décrit.
- L'encadré des coûts moyens d'inscription selon le cycle d'études dans le public.
- L'encadré sur la part des étudiants ayant dû emprunter selon l'établissement.
- La présentation d'Article 1 et de son système de mentorat solidaire.
