Pourquoi l'argent est-il un tabou, et comment en parler aux enfants ?
En France, on parle plus volontiers de santé que de salaire. Dans le n°17 d'Innovation en Éducation, un article remonte aux sources de ce tabou et propose de ne pas le transmettre à nos enfants.
Tiré du magazine · n°17L'éducation et ses tabous
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Combien gagnez-vous ? La question met mal à l'aise bien des adultes, et elle est rarement posée aux enfants. Un article du n°17 d'Innovation en Éducation, non signé, part de cet inconfort pour poser une question simple : d'où vient notre tabou de l'argent, et que transmet-on à nos enfants en le gardant ? L'auteur précise d'emblée que son but n'est pas de désigner des coupables, mais de mettre en lumière des croyances « pour mieux s'en dégager ».
Le point de départ est un constat valable pour les parents comme pour les enseignants : nous entrons dans notre rôle avec tout ce que nous sommes, y compris les croyances reçues de nos propres éducateurs, que nous perpétuons parfois sans savoir d'où elles viennent.
D'où vient notre malaise face à l'argent ?
L'article propose un rapide panorama historique, sans prétendre à l'exhaustivité. Première piste : l'héritage religieux. La Bible évoque l'argent en des termes pas toujours positifs, et pendant des siècles le christianisme a présenté le dépouillement comme une valeur spirituelle. L'article précise cependant que le problème pointé par les textes n'est pas tant l'argent que l'amour de l'argent. Que l'on soit croyant ou non, nos parents et grands-parents ont baigné dans cet arrière-plan.
« Il est probable que cet anathème millénaire sur l'argent ait pu contribuer à façonner d'une façon ou d'une autre notre tabou sur la richesse et la réussite. »
Le texte prend le contre-exemple des États-Unis, dont l'histoire s'est construite autour de la libre entreprise et d'une théologie protestante qui valorise le travail. Les Américains parleraient plus facilement de leurs gains, mais l'article rappelle aussitôt que cette société connaît d'autres difficultés liées à l'argent, comme l'endettement et la pression sociale. Aucun modèle n'est présenté comme meilleur que l'autre.
Quel rôle ont joué l'histoire et la politique ?
L'article avance ensuite deux autres pistes, en les présentant comme des hypothèses et non des certitudes. Il y a d'abord la Révolution française, qui a consacré l'égalité et associé durablement la noblesse, la rente et le privilège à quelque chose d'injuste. Il y a ensuite la pensée de Karl Marx et la place de la lutte des classes dans le débat politique français du XXe siècle, qui a pu laisser l'idée qu'on ne devient riche qu'au détriment des autres.
Le résultat, selon l'auteur, est une forme de paradoxe : presque tout le monde a une image négative des gens riches, et presque tout le monde aimerait le devenir. Le texte ne tranche pas entre les points de vue politiques. Il invite simplement à reconnaître que ces héritages existent.
Que change ce tabou pour les enfants ?
C'est la partie la plus pratique. Tous les parents veulent que leurs enfants réussissent et vivent confortablement, que ce soit dans le salariat, dans le libéral ou en entreprenant. Or, entretenir le tabou construit des barrières dans le raisonnement, qui se révèlent encombrantes au moment de fixer un tarif, d'envoyer un devis, de payer correctement ses employés.
« Mais entretenir ce tabou de l'argent et de la réussite érige de nombreuses barrières dans nos raisonnements et dans ceux qu'on transmet à nos enfants. »
L'article relève aussi que les enfants peu à l'aise avec l'école classique deviennent parfois des adultes qui trouvent leur voie dans l'entrepreneuriat, où personne ne demande de diplôme mais où il faut savoir lire un bilan ou un compte de résultat. Une aisance avec les chiffres leur sera alors précieuse.
Comment en parler concrètement ?
Pour briser la chaîne de transmission, l'auteur propose plusieurs gestes simples, à adapter à l'âge et à la maturité de chaque enfant. Il évoque par exemple le fait de montrer comment fonctionne le budget familial, quand l'enfant semble prêt. Le magazine en détaille d'autres, dont l'argent de poche vu comme une école de la consommation, de l'épargne et de la générosité.
Il envisage aussi sans détour un risque : l'enfant peut répéter à ses camarades ce qu'on lui a confié. Demander la discrétion, fait remarquer l'article, reviendrait à entretenir le tabou que l'on cherche à lever. C'est une invitation à la confiance plus qu'à la consigne.
À lire aussi sur le même fil des croyances que l'on transmet sans le vouloir : peut-on se libérer des croyances héritées de l'enfance ?
Questions fréquentes
Faut-il dire à son enfant combien on gagne ?
L'article suggère de parler de son salaire et de la gestion du budget familial quand l'enfant semble prêt, pour ne pas lui transmettre un tabou. À chaque famille de choisir ce qu'elle partage, et à quel âge.
Pourquoi les Français parlent-ils moins facilement d'argent que les Américains ?
L'article avance des pistes historiques et culturelles : héritage religieux, Révolution française, débat sur la lutte des classes. Ce sont des hypothèses, pas des certitudes.
L'argent de poche est-il utile ?
Selon l'article, c'est une bonne école pour parler, à l'échelle de l'enfant, de consommation, d'épargne et de générosité, quand il est prêt.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le panorama historique complet : religion, éthique protestante, Révolution française, Karl Marx.
- Le parallèle détaillé avec la société américaine et ses limites.
- Les barrières que le tabou peut dresser pour les futurs entrepreneurs.
- La liste des façons simples de briser la chaîne de transmission.
- L'illustration de pleine page qui ouvre l'article.
