Comment les relations sculptent-elles le cerveau des enfants ?
Nos cerveaux se construisent dans la relation aux autres. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, Kamélia Sassi explique ce que l'affection et le besoin d'appartenance font au cerveau, de l'enfance à l'adolescence.
Tiré du magazine · n°26Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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Les relations humaines façonnent le cerveau de l'enfant, comme l'exercice façonne le corps. L'affection libère des substances qui renforcent la confiance et apaisent le stress, et les liens vécus modèlent les circuits des émotions. À l'adolescence, le besoin d'appartenir à un groupe devient si fort que l'exclusion est ressentie par le cerveau comme une douleur. L'accompagner suppose de comprendre ce besoin plutôt que de le combattre.
Maman de trois enfants, Kamélia Sassi est venue aux neurosciences cognitives par son rôle de mère, et elle conduit aujourd'hui des projets à la direction Éducation de la ville d'Aix-en-Provence, où elle développe des outils numériques pour les familles. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, elle part d'une phrase de Daniel Siegel pour poser une question simple : qu'est-ce qui fait des relations humaines un pilier de notre bien-être ?
« Nos cerveaux se construisent dans la connexion aux autres »
Que se passe-t-il dans le cerveau quand on aime ?
L'amour et l'amitié activent des zones précises du cerveau et libèrent des messagers chimiques. L'autrice en présente trois. L'ocytocine, souvent appelée hormone de l'attachement, renforce la confiance et la sécurité : un câlin ou un mot réconfortant peut suffire à la stimuler. La dopamine est liée au plaisir et à la motivation, et pousse à répéter ce qui fait du bien. La sérotonine contribue à stabiliser l'humeur.
Ces mécanismes ne sont pas anecdotiques. Dès l'enfance, les liens affectifs modèlent les circuits du cerveau qui gèrent les émotions et le stress. L'autrice cite les études menées dans les années 1990 dans les orphelinats roumains, qui ont montré les effets d'une privation d'affection sur le développement des enfants.
L'importance d'un adulte présent et attentif revient dans plusieurs articles du numéro, notamment dans l'entretien avec Sabine Duflo sur les jeunes enfants et les écrans.
Pourquoi l'adolescence est-elle un moment à part ?
Parce que le cerveau s'y transforme profondément, en particulier le cortex préfrontal, lié à la décision et à la maîtrise de soi. Selon l'autrice, les relations amicales et amoureuses accompagnent ce remaniement : elles aident les jeunes à explorer leur identité et à développer l'empathie ou le raisonnement moral. Le cerveau se réorganise en fonction des expériences vécues, et les relations positives renforcent les connexions liées aux émotions.
D'où vient notre besoin d'appartenance ?
De très loin, explique Kamélia Sassi. Pour nos ancêtres, vivre en petit groupe était une question de survie, et le quitter un danger mortel. Notre cerveau a gardé la trace de cet héritage, ce qui explique notre tendance au conformisme et notre besoin d'être approuvés.
Chez les enfants et les adolescents, ce besoin peut conduire à suivre le groupe au détriment de ses propres valeurs, ou de celles de la famille. L'autrice relie cette sensibilité à une région du cerveau qui réagit fortement à l'approbation des autres. Elle cite aussi les travaux de la neuroscientifique Naomi I. Eisenberger.
« L'exclusion sociale active les mêmes circuits neuronaux que la douleur physique, un phénomène désigné sous le terme de douleur sociale. »
Le même mécanisme est au cœur de l'entretien avec le psychologue Mathieu Cassotti sur le malentendu entre adultes et ados, qui propose de parler du conformisme social en famille.
Comment accompagner un ado qui change pour plaire à son groupe ?
C'est la partie la plus pratique de l'article. L'autrice commence par rassurer : il est naturel qu'un adolescent modifie un peu son langage ou ses habitudes pour s'intégrer. Cela montre qu'il apprend à trouver sa place parmi les autres, sans signifier qu'il rejette les valeurs familiales.
Elle propose aux parents plusieurs attitudes. Deux d'entre elles donnent l'esprit de l'ensemble. La première est de poser des questions plutôt que de critiquer : si l'ado adopte une nouvelle tenue ou de nouvelles expressions, lui demander ce qui l'attire dans ces choix ouvre le dialogue et renforce la confiance. La seconde est de lui rappeler qu'il n'a pas à renoncer à ce qu'il est pour être accepté. Le magazine complète la liste.
L'enjeu, conclut-elle, est d'aider l'adolescent à naviguer entre les attentes de ses différents groupes tout en gardant un pied dans ses propres valeurs.
Questions fréquentes
Pourquoi l'exclusion fait-elle si mal à un adolescent ?
Selon les travaux cités dans l'article, l'exclusion sociale active dans le cerveau les mêmes circuits que la douleur physique. À un âge où l'appartenance au groupe compte énormément, elle est vécue très intensément.
Mon ado change de comportement avec ses amis : faut-il s'inquiéter ?
Kamélia Sassi rappelle que c'est naturel et que cela fait partie de son développement social. Elle conseille de l'interroger avec curiosité plutôt que de le critiquer.
Qu'est-ce que l'ocytocine ?
C'est une substance libérée notamment lors de moments d'affection, souvent appelée hormone de l'attachement. Elle renforce la confiance et le sentiment de sécurité.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail des bases chimiques de l'amour et de l'amitié dans le cerveau.
- Ce que les études sur les orphelinats roumains ont montré du rôle de l'affection.
- Les recherches sur l'intégration et l'exclusion sociales, et leurs effets sur le stress.
- La liste complète des conseils pour accompagner un adolescent dans son besoin d'appartenance.
- La réflexion de l'autrice sur la place des relations humaines dans un monde numérique.
n°26 · Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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