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Que se passe-t-il dans le cerveau d'un enfant qui joue⁠ ⁠?

Jouer ou fournir un effort, faut-il choisir⁠ ⁠? Dans le n°34 d'Innovation en Éducation, Mélanie Butterati montre qu'un enfant qui joue donne à son cerveau un travail intense, et que c'est ce qui rend le jeu précieux.

Le n°34 d'Innovation en Éducation ouvert sur les pages de cet article
Tiré du magazine · n°34Apprendre par le jeu, la puissance de la ludo-pédagogie Voir ce numéro

On range volontiers le jeu du côté de la détente, et l'apprentissage du côté de l'effort. La spécialiste des neurosciences Mélanie Butterati invite à regarder les choses autrement : pendant qu'un enfant joue, son cerveau fournit un travail intense, et c'est précisément ce qui fait la valeur du jeu pour apprendre. Il mobilise en même temps les capacités sensorielles et motrices, le système de la récompense, l'attention, le langage et les compétences sociales.

Conférencière et intervenante en neurosciences appliquées à l'éducation, Mélanie Butterati s'intéresse particulièrement à la neurodiversité, aux émotions et aux mécanismes cérébraux de l'apprentissage. Elle est membre du comité scientifique de l'association Taoumé. Dans le n°34 d'Innovation en Éducation, elle ouvre le dossier sur l'apprentissage par le jeu en s'appuyant sur des travaux de recherche, dont une synthèse de la fondation LEGO.

Que fait le cerveau d'un enfant qui joue ?

Il synchronise. Lors d'une partie de cache-cache, par exemple, l'enfant anticipe les actions des autres, retient ses impulsions, se repère dans l'espace et ajuste ses décisions en temps réel. Aucune de ces compétences ne s'entraîne seule : elles apprennent à travailler ensemble, un peu comme des musiciens que l'on coordonne.

« On oppose souvent le jeu à l'effort. Pourtant, quand un enfant joue, son cerveau fournit un travail intense. »

Mélanie Butterati, conférencière et intervenante spécialisée en neurosciences appliquées à l'éducationExtrait du n°34, p. 6

L'autrice distingue cinq caractéristiques propres aux expériences qui sont à la fois du jeu et de l'apprentissage, de la joie à l'interaction sociale. Elle relie chacune à des mécanismes cérébraux précis, que le magazine détaille.

Pourquoi la joie compte-t-elle autant pour apprendre ?

Quand un enfant éprouve du plaisir en jouant, la dopamine (un neurotransmetteur lié à la motivation et au plaisir) serait plus présente dans les zones du cerveau associées à la récompense. Mélanie Butterati reste prudente : ressentir de la joie pendant une activité ludique pourrait améliorer la mémoire, l'attention et la motivation, et elle rappelle que le rôle exact de la dopamine n'est pas encore totalement clair.

La nuance est utile. Elle ne fait pas de la joie un simple bonus, mais l'une des conditions dans lesquelles le cerveau retient et se concentre. Elle ne promet pas non plus de recette : elle présente des pistes que la recherche continue d'explorer.

Pourquoi recommencer dix fois un niveau de jeu vidéo, mais lâcher un problème de maths après deux minutes ?

La question est posée dans un encadré du magazine, et elle parle à beaucoup de parents et d'enseignants. La réponse de l'autrice tient en une phrase :

« Dans le jeu, l'échec est accepté et devient information plutôt que punition. »

Mélanie Butterati, conférencière et intervenante spécialisée en neurosciences appliquées à l'éducationExtrait du n°34, p. 11

Cette sécurité émotionnelle réduit la peur et la perception du risque. L'essai-erreur s'associe alors à des émotions positives, qui nourrissent la curiosité et la confiance de l'enfant. L'imagination et l'humour, ajoute-t-elle, peuvent aussi assouplir la rigidité cognitive et faciliter l'entrée dans de nouvelles notions.

Elle en tire une invitation douce, sans reproche : quand un enfant est longuement absorbé par un jeu, on est vite tenté de faire une remarque ou de proposer une activité jugée plus productive. L'article invite à se demander si ce geste, même bienveillant, n'interrompt pas un état d'engagement profond.

Et pour un enfant qui a du mal à rester attentif ?

Le jeu n'élimine pas les difficultés d'attention, précise l'autrice. Mais un enfant qui peine à soutenir son attention sur une tâche perçue comme abstraite peut se concentrer longuement quand il construit, expérimente ou poursuit un objectif qui a du sens pour lui. Dans ce cadre, le jeu préserve la motivation intrinsèque et la confiance en soi, deux appuis précieux pour aborder des apprentissages complexes malgré ces difficultés.

L'article se garde de tout camp : il ne demande pas de supprimer l'effort, mais de comprendre dans quelles conditions le cerveau accepte de s'y engager.

« Finalement, le jeu nous montre qu'il n'est pas nécessaire d'éliminer l'effort, les difficultés ou les erreurs pour que le cerveau des enfants accepte d'explorer l'inconnu. »

Mélanie Butterati, conférencière et intervenante spécialisée en neurosciences appliquées à l'éducationExtrait du n°34, p. 11

Cet article rejoint celui du n°8 sur ce que disent les neurosciences du jeu dans les apprentissages, avec un éclairage plus récent.

Questions fréquentes

Jouer, est-ce vraiment apprendre ?

Selon Mélanie Butterati, cela peut l'être, à condition que le jeu ait du sens, engage activement l'enfant et lui permette de recommencer. Dans ces conditions, son cerveau travaille intensément, bien au-delà de l'amusement.

Comment le jeu aide-t-il l'attention ?

Il s'accorde avec le système de motivation de l'enfant plutôt que de lui imposer une contrainte. L'autrice précise qu'il ne supprime pas les difficultés d'attention, mais qu'il offre un environnement où l'attention se déclenche plus naturellement.

Faut-il interrompre un enfant absorbé par son jeu ?

L'article invite à y réfléchir : laisser un enfant jouer en pleine concentration, sans interruption, soutient sa capacité à ignorer les distractions. Le magazine développe l'argument et cite une étude à l'appui.

Les mots-clés de cet article
Pour aller plus loin · n°34

Ce que vous trouverez dans le magazine

  1. Les cinq caractéristiques d'une expérience à la fois ludique et apprenante, avec ce que chacune change dans le cerveau.
  2. Le rôle de la dopamine, de l'hippocampe et de l'amygdale, expliqué zone par zone et exemple par exemple.
  3. Le passage sur le jeu et les différences d'attention, qui prolonge la question posée ici.
  4. L'encadré « Parents, enseignants : changeons de regard sur le jeu ! », avec une étude sur les écoles Montessori.
  5. Les références scientifiques sur lesquelles s'appuie l'autrice.
Couverture du n°34
Pour lire l'article en entier

n°34 · Apprendre par le jeu, la puissance de la ludo-pédagogie

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