Cerveau adolescent : pourquoi adultes et ados se comprennent-ils si mal ?
Un jour, on ne reconnaît plus son enfant. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, le psychologue Mathieu Cassotti, coauteur de C'est (pas) moi, c'est mon cerveau, explique ce que les neurosciences disent du malentendu entre adultes et adolescents.
Tiré du magazine · n°26Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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Non, la crise d'adolescence n'est pas inévitable. Ce que montrent les neurosciences, explique le psychologue Mathieu Cassotti, c'est que chez l'adolescent les réseaux qui font ressentir les émotions mûrissent plus tôt que ceux qui permettent de les réguler. Ces circonstances atténuantes ne dispensent pas de dialoguer. Elles invitent les adultes à moins interpréter certains comportements comme dirigés contre eux, et à expliquer plutôt qu'à interdire.
Docteur en psychologie, professeur de psychologie du développement au LaPsyDÉ (Université Paris Cité), Mathieu Cassotti étudie la prise de décision et la créativité à l'adolescence. Il a écrit avec Grégoire Borst C'est (pas) moi, c'est mon cerveau. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, il répond aux questions que se posent parents et enseignants face à des ados qu'ils ont parfois du mal à reconnaître.
La crise d'ado existe-t-elle vraiment ?
Sa première réponse rassure : il n'y a pas forcément de crise. L'adolescence est une période longue, qui peut commencer vers huit ou dix ans et se prolonger bien après dix-huit. Les ados réagissent différemment sur le plan émotionnel, se contrôlent différemment, et se tournent vers leurs pairs plutôt que vers leurs parents. Si les adultes lisent cela comme de l'hostilité, le conflit s'installe. Sinon, beaucoup d'adolescents continuent d'échanger en confiance avec eux.
La clé, selon lui, tient dans un décalage de maturation. Les réseaux de la réactivité émotionnelle sont prêts avant ceux qui permettent de la maîtriser, et l'attrait pour les récompenses sociales est particulièrement fort en présence des amis. D'où le titre du livre, avec son « pas » entre parenthèses : ce sont des circonstances atténuantes, pas une excuse.
Quels neuromythes ont encore la vie dure ?
L'entretien fait un détour éclairant par les idées fausses sur le cerveau. Le psychologue en cite plusieurs, dont celle des dix pour cent de cerveau utilisés, et celle des styles d'apprentissage visuel ou auditif. Il distingue soigneusement l'impression d'un enseignant, respectable, d'une évaluation rigoureuse. Et il rappelle ce qui, en revanche, est bien établi : multiplier les façons d'encoder une information aide à apprendre.
Sur ces styles d'apprentissage, l'article de Nicole Bouin dans le même numéro apporte un éclairage complémentaire, celui d'une enseignante qui explique pourquoi chercheurs et pédagogues ne parlent pas de la même chose.
Il revient aussi sur une habitude scolaire répandue, celle de relire son cours le soir.
« On l'a testé et ça ne marche pas, les gens ne mémorisent pas mieux en lisant. »
Le magazine détaille ce qui fonctionne mieux. La même conclusion se retrouve dans l'entretien avec Céline Fouquet sur la manière d'aider les élèves à retenir durablement.
Pourquoi les ados suivent-ils autant leurs amis ?
C'est l'exemple concret que Mathieu Cassotti développe le plus. Le besoin d'être avec les amis, de leur donner raison contre les parents, tient à un besoin d'appartenance très fort et à la peur de l'exclusion, une émotion très douloureuse à cet âge. Il ne s'agit pas d'approuver les bêtises, mais d'en comprendre les raisons.
Son conseil surprend par sa simplicité : parler du conformisme social à table, en reconnaissant que les adultes y sont eux aussi très sensibles. La psychologie sociale l'a montré à maintes reprises. Plutôt que de répéter qu'il ne faut pas suivre les autres, il propose d'aider l'ado à repérer le moment où le groupe heurte ses valeurs, et à oser alors un pas de côté.
Le psychologue aborde aussi les mots trop directs des adolescents. Il explique comment deux biais, l'erreur fondamentale d'attribution et le biais d'hostilité, nous font croire qu'une maladresse vise volontairement l'adulte, et comment ouvrir plutôt un dialogue.
Et si l'adolescence était aussi une force ?
C'est sur ce point que l'entretien se termine, et il change la perspective. La réactivité émotionnelle des ados explique aussi leur envie de changer les choses, de réagir aux injustices, de s'engager pour le climat. Ce que les adultes prennent pour de la rébellion peut devenir une énergie précieuse, si on leur donne les outils pour la transformer en projets.
« Les ados ne sont pas résignés, ils ont encore cette conviction qu'ils peuvent changer les choses. Et ils ont raison ! »
Questions fréquentes
La crise d'adolescence est-elle inévitable ?
Non, selon Mathieu Cassotti. Les changements du cerveau adolescent rendent certains comportements déroutants, mais le conflit n'est pas obligatoire. Beaucoup d'ados continuent d'échanger en confiance avec les adultes.
Pourquoi mon ado réagit-il si fort ?
Chez l'adolescent, les réseaux du cerveau qui produisent les émotions mûrissent avant ceux qui permettent de les réguler. Les réactions sont donc plus vives et plus difficiles à contrôler, surtout en présence des amis.
Relire son cours aide-t-il à mémoriser ?
Les expériences citées par le psychologue montrent que non. S'interroger soi-même sur ce qu'on doit retenir est beaucoup plus efficace.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail des neuromythes les plus répandus, et pourquoi ils persistent même chez les enseignants.
- L'expérience sur les devoirs faits devant une série, et ce qu'elle montre de l'attention.
- Ce que le psychologue dit de l'intelligence et de la créativité, qu'on croit à tort figées.
- Les biais qui font prendre la franchise des ados pour de l'insolence, et comment y répondre.
- Son plaidoyer pour enseigner le cerveau et les compétences psychosociales au collège et au lycée.
n°26 · Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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