Anxiété ou simple stress : comment savoir où l'on en est ?
Entre le stress passager, l'anxiété qui s'installe et le trouble anxieux, les mots se télescopent. Dans le n°25 d'Innovation en Éducation, la thérapeute Alexandra Behar remet de l'ordre, et rassure.
L'anxiété n'est ni une faiblesse de caractère ni un défaut à faire taire : c'est un système d'alerte, utile à l'origine, qui peut se dérégler quand il reste allumé trop longtemps. C'est le fil de l'article qu'Alexandra Behar, thérapeute et coach spécialisée dans l'anxiété, le système nerveux et le trauma, signe dans le n°25 d'Innovation en Éducation. Fondatrice de C'est pas dans ta tête et autrice d'Une vie sans anxiété est possible, elle commence par démêler des mots que l'on confond sans cesse.
Stress, anxiété, trouble anxieux : quelle différence ?
Le stress est une réponse normale, et même souhaitable : c'est lui qui nous met en éveil devant un événement important. Il devrait être suivi d'un retour au calme. L'anxiété, explique l'autrice, c'est « ce stress teinté d'inquiétude » qui s'invite dans le quotidien : une notion de durée s'ajoute, le coup de stress passager commence à se chroniciser.
Elle reste pourtant une réponse biologique universelle. Face à une menace perçue, la respiration s'accélère, le cœur bat plus vite, les muscles se tendent. À dose modérée, cela aide à se préparer avant une présentation importante. À dose trop forte, l'élan laisse place au figement : le trou de mémoire au moment de parler, la tétanie devant un public.
On parle de trouble anxieux quand cette anxiété devient envahissante et qu'elle gêne la vie de tous les jours. Trois repères aident à s'y retrouver : la durée, l'intensité (disproportionnée par rapport à la menace réelle) et l'impact sur les activités, les relations et le corps. L'article présente aussi les principales formes de troubles, du trouble panique à l'anxiété sociale.
« L'anxiété n'est pas une faiblesse de caractère, un trait de personnalité… et encore moins une fatalité que l'on doit accepter sans chercher de solutions. »
Comment le corps signale-t-il l'anxiété ?
Avant même que nous en ayons conscience, c'est le corps qui parle. Alexandra Behar s'appuie sur la théorie polyvagale, selon laquelle l'organisme envoie des signaux bien avant que la pensée ne s'en mêle. Des tensions dans les épaules, la mâchoire ou la nuque, un cœur qui s'emballe, une oppression dans la poitrine : ce sont des signes physiques. À côté, des signes de comportement, comme l'évitement de situations autrefois anodines ou la tendance à anticiper les catastrophes.
Dans l'approche qu'elle pratique, le Somatic Experiencing, ces manifestations sont lues comme une réponse de combat ou de fuite restée en suspens dans le corps. Le travail consiste à repérer ces sensations et à les laisser se décharger progressivement.
« L'un des principes fondamentaux de la théorie polyvagale est que l'anxiété s'exprime d'abord dans le corps. »
Et si l'anxiété n'était pas une ennemie ?
C'est l'idée la plus inattendue de l'article, et la plus apaisante. Traiter l'anxiété comme un problème, ou chercher à l'ignorer, renforce l'alarme qui s'active pour nous protéger, et donc les symptômes qui l'accompagnent. L'enjeu, quand elle persiste, est d'accepter de ressentir ce qui se passe dans le corps et d'accueillir les émotions présentes.
L'autrice nuance aussitôt : le faire d'emblée peut submerger le système nerveux et ajouter de l'inconfort. C'est pourquoi elle conseille de s'appuyer d'abord sur ce qui rassure (des lieux, des ambiances, des personnes, des objets) avant d'aller vers ce qui dérange. Elle rappelle enfin qu'il n'est jamais trop tard pour prendre soin de son système nerveux, capable d'une grande résilience, et que beaucoup de personnes qui ont appris à le réguler regrettent de ne pas l'avoir appris plus tôt.
Comment savoir si je suis concerné(e) ?
L'article propose cinq questions à se poser, que le magazine donne en entier. Les proches voient parfois ce que l'on ne remarque pas soi-même : leurs observations comptent autant que les siennes.
Pour les parents et les enseignants, qui portent souvent les inquiétudes des autres, ce regard sur soi est une première étape : l'adulte qui comprend son propre système d'alerte est mieux placé pour accompagner celui d'un enfant. Sur ce point, un autre article du numéro explique comment décoder les signaux d'anxiété chez l'enfant.
Questions fréquentes
Quelle différence entre anxiété et trouble anxieux ?
L'anxiété est une émotion normale, qui s'apaise après une période de changement ou de tension. On parle de trouble anxieux quand elle persiste, devient disproportionnée et limite la vie quotidienne.
L'anxiété est-elle un signe de faiblesse ?
Non. Selon Alexandra Behar, ce n'est ni une faiblesse de caractère, ni un trait de personnalité, ni une fatalité : c'est une réponse du système nerveux qui cherche à protéger.
Faut-il chercher à la faire disparaître ?
Pas en la combattant. L'autrice conseille de l'accueillir progressivement, en s'appuyant d'abord sur ce qui apporte de la sécurité.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les cinq questions complètes pour repérer une éventuelle anxiété.
- La liste détaillée des signaux physiques et comportementaux.
- Les formes de troubles anxieux : panique, anxiété généralisée, anxiété sociale, TOC et phobies.
- L'explication du travail somatique pour laisser les sensations se décharger.
- Les pistes pour s'appuyer sur ses ressources avant d'accueillir ses émotions.
N°25
n°25 · Santé mentale : tous anxieux ?
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