Quelles compétences viser quand les machines font de plus en plus de tâches ?
Un marché du travail qui change de plus en plus vite : comment s'y préparer ? David Bernard, psychologue du travail et fondateur d'AssessFirst, partage son constat dans le n°10 d'Innovation en Éducation.
Tiré du magazine · n°10Orientation : quel avenir pour mon enfant ?
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Il y a vingt ans, David Bernard, psychologue du travail, a créé AssessFirst pour proposer aux entreprises des outils de ressources humaines innovants : recrutement sans CV, recrutement prédictif, tests de personnalité, de motivation, de raisonnement. Aujourd'hui, l'entreprise accompagne 3 500 sociétés dans plus de 40 pays. Dans un grand entretien du n°10 d'Innovation en Éducation, il partage ce qu'il voit du marché du travail et de ceux qui y arrivent.
Que voit-il chez les jeunes qui arrivent sur le marché du travail ?
Deux choses à la fois. D'un côté, ils osent : ils se lancent, s'autorisent plus que les générations précédentes et abordent la question de la légitimité de façon décomplexée, certains arrivant en entretien avec une communauté de milliers d'abonnés. De l'autre, il constate une certaine intolérance à la frustration. Il rappelle alors que toute réussite implique de composer avec un autre que soi, qui a un autre avis et d'autres contraintes. Il observe aussi, parmi les diplômés des grandes écoles, un regard plus critique qu'avant sur le discours de l'élite et un fort désir de travail qui fasse sens.
« Toute notion de réussite (matérielle, professionnelle, sentimentale, etc.) implique de composer avec un autre que soi. »
Quelle est son idée centrale ?
S'intéresser à qui l'on est est fondamental, mais ce n'est qu'une partie de l'équation : il faut aussi comprendre la dynamique du monde dans lequel on vit. Selon lui, l'automatisation touchera tous les secteurs, y compris les professions intellectuelles, et les emplois nouvellement créés ne seront pas tenus par ceux dont l'emploi a disparu. Il en tire une orientation claire pour qui veut trouver sa place : développer des compétences qu'un algorithme ou un robot ne peut pas assurer, comme l'adaptabilité, la souplesse intellectuelle, la résilience, la collaboration, la créativité.
« Quelqu'un qui veut trouver sa place dans le monde de demain […] c'est quelqu'un qui doit viser le développement de compétences qu'on ne peut pas automatiser. »
Une bonne scolarité et une grande école suffisent-elles ?
Non, répond-il clairement, en s'appuyant sur un rapport de l'OCDE qu'il cite : la durée de vie d'une compétence se serait réduite de façon spectaculaire en quelques décennies, ce qui oblige à apprendre en permanence. Il illustre par ses équipes de vente, qui codent désormais et automatisent leurs prospections. Il constate aussi que les recruteurs, faute de candidats, s'ouvrent peu à peu à des profils différents.
Comment préparer des enfants à un avenir qui n'existe pas encore ?
Il propose peu de formules magiques : développer l'esprit critique, la curiosité, la passion d'apprendre et de comprendre, et surtout la tolérance à la frustration, qu'il compare à un muscle.
« Le goût de l'effort, la tolérance à la frustration, ce sont des muscles ! Si on ne les utilise pas, ils s'atrophient ! »
Aux parents inquiets, il adresse un paradoxe : se prendre en main, mais aussi lâcher prise. Il faut renoncer à l'idée qu'il existe un bon parcours. Il met aussi en garde contre l'illusion de tout miser sur son travail : s'accomplir par son métier est nécessaire, mais pas suffisant si cela se fait au prix de sa vie familiale et amicale.
Questions fréquentes
Quelles compétences résistent à l'automatisation ?
Selon David Bernard, celles qui demandent de l'adaptabilité, de la souplesse intellectuelle, de la résilience, de la collaboration et de la créativité.
Faut-il viser une grande école ?
Pour lui, une bonne scolarité et une grande école ne suffisent plus : il faut continuer à apprendre en permanence.
Comment aider un enfant à tolérer la frustration ?
L'entretien insiste sur le fait que le goût de l'effort et la tolérance à la frustration se travaillent comme des muscles : le magazine en donne des illustrations.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les chiffres que l'intervenant cite sur l'automatisation et sur la durée de vie des compétences.
- Les exemples de transformation du métier de recruteur et des équipes de vente.
- Son raisonnement sur le travail à distance et sur la place du travail dans une vie.
- Les références d'études citées en note, dont celle de Korn Ferry.
