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Parentalité Émotions et bien-être À la maison

Un parent marqué par son enfance est-il condamné à reproduire⁠ ⁠?

On dit qu'un adulte blessé dans l'enfance reproduit, ou fait l'exact contraire. La psychothérapeute Marie-Jeanne Trouchaud juge cette idée simpliste, et décrit ce qui change vraiment la donne.

Le n°13 d'Innovation en Éducation ouvert sur les pages de cet article
Tiré du magazine · n°13Suis-je parfois un parent "toxique"⁠ ⁠? Voir ce numéro

On entend souvent qu'un parent qui a souffert dans son enfance va soit reproduire, soit faire l'exact opposé. Pour la psychothérapeute et formatrice en relations humaines Marie-Jeanne Trouchaud, cette idée est simpliste : la réalité est plus complexe, et plus encourageante. Autrice de Donnez confiance à votre enfant (Plon, 2018) et d'Apprenez-leur la liberté, elle répond dans le n°13 d'Innovation en Éducation à six questions sur les traumas et la parentalité.

Qu'est-ce qui, dans l'enfance, peut laisser une trace durable ?

L'autrice distingue des causes visibles, que l'on reconnaît comme telles, et des causes plus sournoises, dont les conséquences pèsent tout autant : critiques répétées, responsabilités trop lourdes confiées à un jeune enfant, désintérêt, manque de guidage, remarques qui se veulent drôles mais blessent, amour donné à condition. Le magazine en détaille plusieurs, avec les phrases typiques qui les accompagnent.

Elle relève un point commun, qui éclaire tout le reste.

« D'une manière ou d'une autre, les conséquences de ces traumatismes présentent un point commun : une grave atteinte à la confiance en soi. »

Marie-Jeanne Trouchaud, psychothérapeute et formatrice en relations humainesExtrait du n°13, p. 22

Elle précise que ce n'est pas tant la gravité d'un fait qui compte que sa répétition : le système éducatif plus que l'accident isolé.

Comment cela se retrouve-t-il dans la façon d'être parent ?

De deux manières opposées. Soit l'adulte s'endurcit, manque d'empathie, s'enferme dans une fausse assurance qui lui donne une pseudo-sécurité, et il peut reproduire les brimades. Soit il n'ose plus rien, se sent inadéquat, et n'ose pas s'opposer aux demandes de ses enfants au point de s'oublier lui-même. Ce sont deux manières de réagir à la même blessure, et l'intensité de la réaction est proportionnelle à celle du traumatisme.

Cela dit, ajoute l'autrice, la grande majorité des parents font de leur mieux et cherchent à élever vraiment leurs enfants. Ceux-ci apprennent d'ailleurs plus en observant qu'en obéissant : d'où l'importance de leur montrer une vie qui a du sens, et de prendre soin de soi.

Comment tenir bon face à un enfant qui réclame tout, tout de suite ?

C'est l'exemple concret de l'entretien, et il est d'une grande simplicité : « donner rendez-vous » à l'enfant. Si l'on est occupé, on lui promet un moment qui lui sera entièrement dédié, à une heure précise, et on tient parole. Il apprend alors à patienter, sans angoisse, parce qu'il ne se heurte pas à un refus teinté d'exaspération ou de morale.

« Le jeune humain n'est pas capricieux. Il ne sait pas que la satisfaction immédiate de ses désirs ne lui est pas due. »

Marie-Jeanne Trouchaud, psychothérapeute et formatrice en relations humainesExtrait du n°13, p. 22

Il ne s'agit donc pas d'apprendre la frustration pour elle-même, mais de la faire vivre dans un climat de sécurité. Cette idée de sécuriser pour laisser grandir se prolonge à l'adolescence, comme le montre un autre article du blog.

Un parent blessé peut-il devenir plus solide ?

Oui, et c'est le message de fond. L'autrice évoque des personnes qui ont compensé leur blessure par de la fausse confiance, ou par de la surprotection maladroite, mais aussi d'autres qui développent une vraie résilience, à condition de croiser un événement ou une personne qui leur révèle leur potentiel. Elle les compare aux oliviers de sa région.

« J'aime bien les comparer aux oliviers de ma région : ils prennent la foudre des tempêtes et le vent des orages mais ils acquièrent ainsi une forme tortueuse ou torturée, une beauté et une personnalité qu'ils n'auraient pas eues autrement. »

Marie-Jeanne Trouchaud, psychothérapeute et formatrice en relations humainesExtrait du n°13, p. 23

Pour retrouver confiance en soi, le magazine précise la première démarche, qui consiste à comprendre qu'on n'est pas « par nature » insuffisant ni coupable de ce qu'on a subi. Elle rappelle que tout bébé est naturellement adapté aux circonstances dans lesquelles il baigne : il babille quand il est heureux, il pleure quand quelque chose le contrarie, sans chercher à embêter personne, jusqu'à ce qu'on lui fasse comprendre qu'il n'a pas le droit de manifester ses émotions.

Questions fréquentes

Un adulte blessé dans l'enfance reproduira-t-il forcément ?

Non. L'autrice juge simpliste l'idée selon laquelle il reproduirait ou ferait l'inverse. Il peut aussi développer une vraie résilience, si une personne ou un événement l'aide à révéler ses forces.

Comment dire non sans blesser un jeune enfant ?

En lui donnant un « rendez-vous » précis, pour un moment qui lui sera entièrement consacré, puis en le tenant. L'enfant attend mieux quand il se sent sécurisé.

Les mots-clés de cet article
Pour aller plus loin · n°13

Ce que vous trouverez dans le magazine

  1. La liste des causes de traumatismes, visibles et sournoises, avec leurs exemples de phrases.
  2. L'explication de ce que deviennent l'identité et la confiance en soi de l'adulte et du parent.
  3. La question sur les compensations de ceux qui ont manqué d'attachement sécure, et le « détachement sécure » à l'adolescence.
  4. La première démarche proposée au parent pour réparer sa propre confiance en lui.
  5. La réponse sur l'idée de « reproduire ou faire l'inverse », avec l'image des oliviers.
Couverture du n°13
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n°13 · Suis-je parfois un parent "toxique"⁠ ⁠?

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