Tout-petits et écrans : pourquoi les parents sont-ils la solution ?
Entre « pas d'écran avant 3 ans » et éducation numérique précoce, les parents reçoivent des messages contradictoires. Dans le n°18 d'Innovation en Éducation, une experte de la petite enfance propose des repères.
Tiré du magazine · n°18IA, Chat GPT, Subir ou s'en saisir ?
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« Pas d'écran avant 3 ans », disent les uns. « Préparez dès le berceau les enfants au monde de demain », répondent les autres. Entre ces deux messages, les parents de tout-petits ne savent plus à qui se fier. Dans le n°18 d'Innovation en Éducation, Pauline Agator, de l'association Ensemble pour la Petite Enfance, passe en revue ce que disent les recherches en sciences du développement, avec l'éclairage du Dr Anne-Lise Ducanda, médecin en PMI et spécialiste de la surexposition des jeunes enfants aux écrans. Sa conclusion est plutôt encourageante : les parents sont la solution.
De quoi un bébé a-t-il d'abord besoin ?
D'une relation. L'autrice rappelle que le bébé humain naît le plus immature et le plus dépendant de tous les mammifères. Ses prédispositions premières sont de chercher du regard et du toucher des figures humaines, auxquelles il s'attache. Son cerveau se construit dans l'interaction avec ces adultes et avec le monde réel, en trois dimensions, avec tout le corps et tous les sens. Les 1 000 premiers jours, du quatrième mois de grossesse aux deux ans de l'enfant, sont marqués par une multiplication très rapide des connexions neuronales.
C'est à ce stade que les écrans entrent en jeu : les heures d'éveil d'un petit sont comptées, et chaque expérience renforce des connexions. Celles qui servent peu sont ensuite élaguées par le cerveau à partir de 24 mois environ.
Qu'est-ce que cela change concrètement ?
L'article parcourt plusieurs domaines. L'attention d'abord : un tout-petit n'a pas encore de capacité de concentration, et l'écran, avec ses couleurs, ses sons et ses appels, sollicite surtout l'attention réflexe. Le langage ensuite. Un exemple le dit bien : une télévision allumée dans la pièce réduit le nombre de mots entendus par le bébé de 955 à 125 mots par heure, car un petit apprend à parler quand quelqu'un lui parle en face, en le regardant.
Le Dr Ducanda parle aussi de technoférence, c'est-à-dire l'interférence des écrans des parents dans la relation avec l'enfant. Elle évoque d'autres aspects, du sommeil à l'attachement, que le magazine développe.
L'article reconnaît aussi que le débat n'est pas clos : des voix médiatisées déplacent la question vers la nature des usages. Les chercheurs et cliniciens cités, eux, appellent à la prudence avant trois ans.
Faut-il culpabiliser pour quelques minutes de dessin animé ?
Pas du tout, et c'est ce qui rend l'article utile. Il note qu'un quart d'heure par jour d'un dessin animé connu ne pose pas de trouble en soi, si ce n'est l'apparition d'une crise à l'arrêt, puisque l'enfant n'a pas encore appris à interrompre une activité plaisante. L'important est de maintenir une présence rassurante et de limiter les temps d'exposition. Et lorsque l'écran est là, l'activité partagée avec un adulte aide à en atténuer les effets.
« Aucune activité partagée avec un écran n'est plus profitable qu'une activité partagée sans écran ! »
Que peuvent faire les parents ?
L'autrice insiste sur un point : les parents sont bien intentionnés, et ce qu'elle observe en pratique, c'est à quel point la santé de leur enfant leur importe. Dès qu'ils sont informés, ils opèrent les changements nécessaires et aident leur enfant à reprendre son développement. Plusieurs encadrés du magazine proposent des clés pour agir au quotidien, y compris pour les familles où l'écran est difficile à éviter.
« Les parents sont bien intentionnés et sous-informés sur le danger des écrans […]. Les parents sont la solution ! »
Questions fréquentes
Y a-t-il un âge avant lequel il vaut mieux éviter les écrans ?
Les chercheurs et cliniciens cités par l'article recommandent la prudence avant 3 ans, période où le cerveau a surtout besoin de relations humaines et d'exploration du monde réel.
Quelques minutes de dessin animé posent-elles problème ?
Selon l'article, un petit quart d'heure par jour ne cause pas de trouble en lui-même, mais il peut déclencher une crise à l'arrêt. Il aide de rester présent et de limiter les durées.
Que signifie technoférence ?
C'est l'interférence des écrans des adultes dans la relation avec l'enfant : un parent absorbé par son téléphone est moins disponible pour regarder et parler à son bébé.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'explication du « pré-câblage » du bébé et du rôle de l'élagage synaptique.
- Les principaux troubles que le Dr Ducanda observe en consultation, de l'attention au sommeil, avec leurs mécanismes.
- Les deux encadrés « une clé pour agir » : partager l'écran avec l'adulte, et gérer le temps d'exposition.
- Le mot de l'experte, médecin en PMI et fondatrice du collectif COSE.
