Pourquoi la bienveillance compte-t-elle autant pour le cerveau de l'enfant ?
Invitée du n°2 d'Innovation en Éducation, la pédiatre Catherine Gueguen revient sur ce que la recherche a changé dans notre regard sur l'enfant. Son message aux adultes commence par une phrase rare : ne vous culpabilisez pas.
Tiré du magazine · n°2Cerveau / neurosciences : mode d'emploi !
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Parce que le cerveau du jeune enfant est encore très immature, et que la manière dont l'adulte réagit à ses débordements participe directement à sa construction. C'est l'idée que défend la pédiatre Catherine Gueguen dans le grand entretien qui ouvre le n°2 d'Innovation en Éducation : l'empathie de l'adulte n'est pas une affaire de gentillesse, elle nourrit le développement cérébral de l'enfant.
Une révolution récente, donc pas de procès
Catherine Gueguen est l'auteure de Pour une enfance heureuse, un livre qui a aidé de nombreux parents à relire leurs convictions éducatives à la lumière des neurosciences. Dans cet entretien, elle commence par un point de méthode qui donne le ton de tout le numéro : les connaissances sur le développement du cerveau de l'enfant sont très jeunes. Pendant des siècles, et en toute bonne foi, la plupart des adultes ont cru qu'un enfant devait être redressé pour bien se conduire. Personne ne peut donc être tenu pour fautif de ne pas avoir su ce qu'on ignorait encore.
Elle va plus loin. Tous les parents s'énervent, crient un jour ou l'autre, regrettent une parole. Pour elle, l'erreur fait partie de l'éducation, et la reconnaître devant son enfant lui apprend quelque chose d'utile : les adultes se trompent aussi, et l'on peut apprendre de ses faux pas. Ce qui compte, dit-elle, c'est l'envie de progresser et le fait de ne pas rester seul quand on se sent dépassé.
Que se passe-t-il dans le cerveau d'un tout-petit en colère ?
Le cœur scientifique de l'entretien porte sur l'immaturité du cerveau dans les premières années. Les pleurs, les colères, les paniques du jeune enfant ne relèvent pas d'une intention de nuire. Son cerveau ne lui permet tout simplement pas encore de faire face à ce qu'il ressent.
« Jusqu'à 5-6 ans, l'enfant n'est pas capricieux, tyrannique, infernal, méchant, il a juste un cerveau immature. »
Catherine Gueguen explique pourquoi la présence d'un adulte qui comprend et apaise compte autant à cet âge. Seul face à une émotion qui le submerge, l'enfant produit beaucoup de cortisol, une hormone du stress dont l'excès pèse sur le développement cérébral. À l'inverse, être consolé et aidé à mettre des mots sur ce qu'il vit accompagne la maturation de son cerveau. Vous trouverez dans le magazine le détail de ce mécanisme, et la manière dont elle relie ce stress répété à des difficultés plus tardives.
Ce regard change beaucoup de choses au quotidien. Un enfant qu'on ne voit plus comme « capricieux » mais comme dépassé par ce qu'il éprouve appelle une autre réponse : on a davantage envie de le rassurer que de le réprimander. La recherche montre d'ailleurs que le nourrisson est ouvert aux autres dès la naissance, sensible aux émotions de son entourage et capable très tôt de gestes altruistes. Ces élans se développent d'autant mieux qu'il grandit dans un climat apaisé.
Bienveillance ne veut pas dire absence de cadre
C'est la question que se posent beaucoup de parents, et l'entretien l'aborde de front : ne pas gronder, est-ce tout laisser faire ? La réponse de Catherine Gueguen est nette.
« Ne pas gronder ne veut pas dire être laxiste, laisser tout faire, non ! L'adulte donne des repères, un cadre, mais il le fait avec empathie et bienveillance. »
La nuance porte sur la manière. L'adulte peut dire clairement son désaccord sur un comportement sans attaquer l'enfant lui-même, sans étiquette du type « tu es méchant » ou « tu es paresseux », qui entament sa confiance sans l'aider à progresser. Dans le magazine, elle propose des formulations concrètes pour exprimer ce désaccord, et d'autres pour dire sa propre fatigue sans la faire porter à l'enfant.
L'empathie, un cercle qui s'entretient
L'un des passages les plus éclairants de l'entretien porte sur l'ocytocine. Quand nous faisons preuve d'empathie, notre organisme en produit, et celui qui la reçoit en produit à son tour. Plus on en reçoit, plus on devient capable d'en donner : Catherine Gueguen y voit un cercle vertueux, qui a aussi un effet apaisant puisque l'ocytocine freine la sécrétion du cortisol.
Elle rappelle surtout que l'empathie commence par soi. Accueillir ses propres émotions, y compris les plus désagréables, et comprendre qu'elles signalent des besoins, c'est ce qui permet ensuite de comprendre celles des enfants. Cette compétence porte un nom dans la recherche, les compétences socio-émotionnelles, et elle se travaille à tout âge. Isabelle Filliozat prolonge cette réflexion plus loin dans le numéro, avec des pistes pour aider l'enfant à réguler ses émotions.
Un enjeu qui dépasse la famille
La fin de l'entretien élargit le propos. Pour Catherine Gueguen, soutenir les parents, leur laisser du temps auprès de leurs tout-petits et former les professionnels de l'enfance à leurs propres compétences émotionnelles relève d'un choix de société. Elle cite une formation qui l'a personnellement marquée, et explique pourquoi elle la recommande aux adultes qui accompagnent des enfants.
Questions fréquentes
Un enfant de 3 ans peut-il faire un caprice pour manipuler ses parents ?
D'après Catherine Gueguen, pédiatre, les colères du jeune enfant traduisent surtout l'immaturité de son cerveau, qui ne lui permet pas encore de faire face à ses émotions. Elle invite à y voir un besoin d'aide plutôt qu'une stratégie.
L'éducation bienveillante, est-ce une éducation sans règles ?
Non. Catherine Gueguen insiste sur ce point : l'adulte pose des repères et un cadre, mais il le fait avec empathie, en parlant du comportement plutôt qu'en jugeant l'enfant.
Faut-il culpabiliser d'avoir crié sur son enfant ?
Elle répond clairement que non. Tous les parents perdent patience un jour, et reconnaître son erreur devant l'enfant a même une valeur éducative.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien complet avec Catherine Gueguen, sur cinq pages.
- Le détail de ce que provoque un stress répété dans le cerveau en construction, et ses effets à long terme.
- Des exemples de phrases pour exprimer un désaccord ou sa propre fatigue sans culpabiliser l'enfant.
- Sa vision de la formation des professionnels de l'enfance, et la démarche qu'elle leur recommande.
- Le lien qu'elle établit entre l'éducation reçue et la violence dans la société.
n°2 · Cerveau / neurosciences : mode d'emploi !
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