Comment le jeu peut-il apaiser le climat de la classe ?
Quand les tensions montent, la classe apprend moins bien. Dans le n°34 d'Innovation en Éducation, Alexandra Valette et Mélody Saglietto montrent comment le jeu aide les élèves à coopérer, à gérer leurs émotions et à se respecter.
Tiré du magazine · n°34Apprendre par le jeu, la puissance de la ludo-pédagogie
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Les élèves apprennent mieux là où ils se sentent bien. Le stress, l'exclusion ou le sentiment d'insécurité au sein d'un groupe empêchent le cerveau de retenir et de comprendre. Face aux tensions qui s'installent parfois dans une classe, deux spécialistes proposent la même piste : jouer, pour créer du lien, apprendre à gérer ses émotions et développer des habiletés sociales.
Alexandra Valette, cheffe de projet communication et partenariats d'une entreprise de jeux inclusifs, travaille depuis plus de six ans avec les professionnels de l'éducation, de la santé et du handicap. Mélody Saglietto, orthopédagogue, accompagne des publics neuroatypiques et en difficulté scolaire. Dans le n°34 d'Innovation en Éducation, leurs deux textes se répondent.
Comment le jeu coopératif change-t-il l'ambiance d'une classe ?
Lorsque les élèves jouent ensemble autour d'un même objectif, ils apprennent à s'écouter, à attendre leur tour, à collaborer, à se tromper puis à recommencer. Alexandra Valette s'appuie sur des chercheuses en psychologie du développement : le jeu coopératif et inclusif contribue à un climat serein, parce que chacun apporte sa pierre à l'édifice.
« Le jeu redistribue les rôles, brouille les étiquettes. »
Elle cite un exemple très simple : le jeu du nœud gordien. Les élèves forment un nœud humain en s'attrapant mutuellement les bras, puis doivent le défaire sans se lâcher les mains. Impossible d'y parvenir sans se regarder, s'écouter et se coordonner. Un élève discret peut devenir celui qui aide le groupe à avancer, un autre se révéler bon stratège.
Comment aider les élèves à réguler leurs émotions ?
Derrière les conflits et les tensions du quotidien, se cachent parfois des émotions peu exprimées ou mal comprises. L'autrice distingue deux appuis. D'abord un environnement lisible et sécurisant : des repères visuels, des routines prévisibles, un coin calme où l'on peut se recentrer quelques minutes. Ensuite la présence d'un adulte sécurisant, car l'enfant apprend d'abord à réguler ses émotions avec lui, avant de pouvoir le faire seul : c'est ce qu'on appelle la corégulation.
C'est là que le jeu trouve sa place. Une partie fait vivre une multitude d'émotions (joie, frustration, impatience, fierté, déception) dans un cadre où l'erreur est autorisée.
« Le jeu permet ainsi de créer des expériences émotionnelles partagées. »
Pas besoin de transformer toute la classe en salle de jeux : quelques temps ritualisés suffisent parfois, avec des jeux coopératifs, des jeux de rôle ou des cartes sur les émotions.
Peut-on aborder des sujets sensibles, comme le harcèlement, par le jeu ?
Mélody Saglietto en est convaincue. Les jeux de rôle permettent de se décentrer et de ressentir ce que vit l'autre. Les jeux coopératifs remettent la relation au centre, cassent l'étiquette de « bon » ou de « mauvais » élève et renforcent le sentiment d'appartenance.
Elle décrit pas à pas deux activités courtes, à mener en classe ou lors d'un atelier parent-enfant. La première, un bingo, entraîne à repérer les qualités de son binôme et les siennes, pour contrebalancer la tendance du cerveau à retenir surtout ce qui ne va pas. La seconde, qui part d'une simple feuille de papier, ouvre la discussion sur les blessures que provoquent les remarques désobligeantes, à travers un personnage imaginaire.
« Les neurosciences nous disent aussi que les enfants apprennent mieux lorsqu'ils sont actifs, engagés et en confiance. »
Ce qui relie les deux textes, c'est l'idée que ces habiletés ne sont pas innées : elles s'apprennent au fil des expériences vécues. Alexandra Valette les rattache aux compétences dont les jeunes auront besoin demain, comme la coopération, la créativité ou l'adaptabilité.
Questions fréquentes
Un jeu coopératif suffit-il à réduire les conflits ?
Les autrices présentent le jeu comme un levier parmi d'autres : un environnement lisible, une présence adulte sécurisante et des activités répétées dans le temps contribuent aussi au climat de classe.
Qu'est-ce que la corégulation ?
C'est le fait, pour un enfant, d'apprendre à calmer ses émotions avec l'aide d'un adulte rassurant avant d'y parvenir seul. Le regard, la voix et le rythme de l'adulte y jouent un rôle.
Peut-on proposer ces jeux à la maison ?
Mélody Saglietto indique que ses deux activités peuvent se faire en groupe classe ou en atelier collectif parent-enfant.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le déroulé du bingo des qualités, en deux étapes, avec la consigne à lire aux élèves.
- Les questions du jeu de la feuille froissée, pour ouvrir la discussion sur le harcèlement.
- Les exemples d'aménagements sensoriels d'une classe, dont le témoignage d'une enseignante en classe ULIS.
- Le passage sur les compétences 4.0 identifiées par le Forum économique mondial.
- Les enquêtes de la DEPP citées pour décrire l'évolution du climat scolaire.
n°34 · Apprendre par le jeu, la puissance de la ludo-pédagogie
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