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Pédagogie Paroles de profs En classe

Comment une professeure a-t-elle conquis sa liberté pédagogique⁠ ⁠?

Pendant des années, Alice Hassen a cru qu'être libre, c'était mieux s'organiser. Dans le n°16 d'Innovation en Éducation, elle raconte ce qui l'a fait changer de point de vue.

Le n°16 d'Innovation en Éducation ouvert sur les pages de cet article
Tiré du magazine · n°16Libertés pédagogiques (mode d'emploi) Voir ce numéro

Alice Hassen croyait que la liberté pédagogique consistait à mieux organiser ses cours. Elle a fini par comprendre que cette organisation l'enfermait. Professeure agrégée de lettres classiques, elle raconte dans le n°16 d'Innovation en Éducation comment elle a retrouvé sa liberté, non en faisant plus, mais en se reposant la question du sens : pourquoi suis-je là avec mes élèves ?

Son témoignage s'adresse d'abord aux enseignants, mais il intéressera aussi les parents curieux de savoir ce qui se joue derrière une classe qui change.

Pourquoi un emploi du temps bien tenu ne rend-il pas libre ?

Au début de sa carrière, l'enseignante vivait la liberté pédagogique comme un espace de respiration entre les contraintes : programmes, calendriers, charge mentale. Elle s'était persuadée qu'en étant encore plus consciencieuse, elle serait libre de faire plus. Chaque jour, pourtant, elle se sentait un peu plus enchaînée à l'organisation qu'elle s'était fixée, qui ressemblait à une prison construite à coups d'injonctions personnelles.

Elle a dû renverser la perspective. La liberté ne serait pas une affaire d'agencement : elle se trouverait au cœur même de l'acte d'enseigner.

« Cette liberté ne peut pas être synonyme d'agencement, mais elle se trouve à l'essence même de l'acte d'enseigner. »

Alice Hassen, professeure agrégée de lettres classiquesExtrait du n°16, p. 15

Quelles questions l'ont fait changer ?

Trois questions, très simples : qu'ai-je envie d'accomplir pour mes élèves et avec eux ? Sur quels chemins veux-je les guider ? Comment vais-je m'y prendre ? Pour elle, tout passe par celle de la motivation, la leur comme la sienne.

« C'est en posant la question de la motivation (celle des élèves et la mienne) que j'ai quitté ma prison pour conquérir ma liberté pédagogique. »

Alice Hassen, professeure agrégée de lettres classiquesExtrait du n°16, p. 15

Elle ne présente pas ce chemin comme achevé. Ses vieux démons reviennent parfois sous la forme d'injonctions qui ne sont pas les siennes, et c'est en observant le cœur de la relation pédagogique qu'elle trouve la force de les dépasser.

Et concrètement, que change-t-elle en classe ?

Un seul exemple suffit à l'illustrer. Autrefois, la ligne directrice de ses cours était : comment faire travailler les élèves ? Elle se demande désormais, au début de chaque heure : comment avons-nous envie que la journée se passe aujourd'hui ? Elle prépare un peu moins à l'avance pour être davantage à l'écoute, et laisse parfois un point du programme venir à un moment qu'elle n'avait pas prévu, mais qui semble plus logique aux élèves.

L'enseignante décrit aussi comment elle a fragmenté ses séances en petites activités variées et appris à faire des pauses quand les élèves en ont besoin, et non plus seulement quand la sonnerie le décide. Le magazine détaille cette réorganisation et les outils qu'elle a créés pour la rendre possible, y compris ce qu'ils lui ont coûté.

Cette nouvelle manière de travailler lui a pris moins de temps de préparation, mais un investissement réel, notamment financier. Elle l'estime largement compensé par les résultats observés chez les élèves et par la sérénité retrouvée.

Quelles limites rencontre-t-elle ?

Elle les dit sans détour : ce sont avant tout les croyances des parents, des élèves et des enseignants sur ce qu'est apprendre. Ces limites se dépassent, selon elle, quand l'élève comprend qu'en s'autorisant à apprendre d'une manière qui lui convient, il progresse réellement.

Cette liberté est-elle aussi simple qu'elle en a l'air ?

L'enseignante n'en fait pas un concept idéal. Elle parle d'un paradoxe : la liberté pédagogique semble limitée par les programmes, les préconisations parfois contradictoires, les calendriers, les examens, et par une pression croissante à l'ère des réseaux sociaux, où la classe s'ouvre à tous, parfois à l'insu de l'enseignant. Pourtant, écrit-elle, lorsque l'enseignant s'en empare, une dynamique positive s'installe dans la classe et en dehors.

Qui y gagne ?

L'article se termine sur ce qu'Alice Hassen appelle un cercle vertueux. Pour les élèves, un cadre de travail plus adapté et plus serein, et de meilleures relations entre eux et avec l'enseignante. Pour l'enseignant, la possibilité d'aligner ses pratiques sur ses valeurs, de limiter la fatigue de décider en permanence et de revigorer une routine parfois monotone.

« La liberté pédagogique colore ainsi le quotidien de l'enseignant et fait de chaque jour et de chaque instant avec les élèves un moment unique et véritablement partagé. »

Alice Hassen, professeure agrégée de lettres classiquesExtrait du n°16, p. 17

Questions fréquentes

Faut-il bouleverser sa classe pour être libre pédagogiquement ?

Pas forcément. Le témoignage montre que le point de départ est une question intérieure sur le sens du métier et la motivation, avant tout changement de méthode.

Cette façon de faire demande-t-elle plus de travail ?

L'enseignante dit avoir consacré moins de temps à préparer en amont, mais avoir dû investir pour créer ou acheter certains outils. Elle juge ce coût largement compensé.

Les mots-clés de cet article
Pour aller plus loin · n°16

Ce que vous trouverez dans le magazine

  1. Le récit complet du changement de posture d'Alice Hassen, avec ses doutes et ses retours en arrière.
  2. La nouvelle organisation de ses cours : micro-activités, pauses et documents adaptables.
  3. Le détail des bénéfices pour les élèves et pour l'enseignant, rubrique par rubrique.
  4. Ce que ce changement lui a coûté en temps et en argent.
Couverture du n°16
Pour lire l'article en entier

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