Comment cultiver la gratitude en classe ? Les réflexions d'une maîtresse heureuse
Pour les enseignants, le temps des bonnes résolutions est le 1er septembre. Laure Durand-Laville partage dans le n°3 d'Innovation en Éducation ce qui a embelli sa pratique, sans leçon ni conseil.
Tiré du magazine · n°3Et si cet été, on ralentissait ?
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L'été commence, et la classe devient complètement silencieuse. Dans cette tranquillité, remarque Laure Durand-Laville, les émotions et les questions de l'année écoulée se bousculent encore dans la tête des enseignants. Professeure des écoles depuis 2007, formée à la pédagogie Montessori, elle a participé à l'expérimentation de l'école Calas-Dupont à Toulouse. Dans le n°3 d'Innovation en Éducation, elle livre ses « bonnes résolutions » de rentrée, qu'elle présente comme un témoignage, ni conseil, ni solution, encore moins leçon.
Une classe peut-elle être belle autant qu'utile ?
Son point de départ est très concret. Dans les écoles, le mobilier et les affichages sont choisis pour leur solidité et leur utilité, deux qualités précieuses. Mais en arrivant dans une nouvelle classe, elle s'y est sentie étouffée : elle allait y vivre presque 180 jours par an avec ses élèves, et une maison ne se contente pas d'être utile, elle est aussi belle. Elle a alors trié, retiré la moitié du matériel, ajouté des plantes, des coussins et, sur les tables, de petits bouquets. Les enfants ont spontanément apporté de nouvelles fleurs. Cet environnement apaisé a ouvert la voie à un sentiment qu'elle voulait cultiver : la gratitude.
Comment aider les enfants à voir le positif ? Les détectives de la gentillesse
C'est le dispositif qu'elle détaille le plus. Enfants et adultes ont tendance à se focaliser sur le négatif, et les enfants venaient surtout lui parler des autres pour s'en plaindre. Elle a donc installé dans sa classe des « détectives de la gentillesse ». La pratique, apprise en formation, consiste à se remémorer ensemble les choses positives que les autres ont faites : quelqu'un a aidé à faire ses lacets, prêté un crayon, relevé un camarade tombé de vélo. Quelques minutes suffisent. L'attention se déplace des actions désagréables vers les actions agréables, la reconnaissance apparaît et l'envie d'agir positivement aussi.
« Je crois qu'il y a une grande sagesse à comprendre que la réussite des autres et aussi notre propre réussite. »
Les enfants évoquent aussi les petits exploits de leurs camarades. L'autrice y voit un contrepoint à une société qui pousse à vouloir être le meilleur, et où tout le monde finit par souffrir.
Respecter la singularité de chacun, est-ce possible en classe ?
Elle raconte avoir été une enfant différente, très sensible et peu sûre d'elle, et avoir voulu respecter la singularité des élèves. La pédagogie Montessori lui a offert l'inverse de ce qu'on lui avait appris : au lieu de faire faire la même chose à tout le monde, chaque enfant fait quelque chose de différent. Elle reste nuancée : l'angoisse de non-maîtrise est réelle, elle ne se dit pas experte, et d'autres chemins existent. Elle répond aussi aux collègues qui craignent moins de cohésion : selon elle, la compétition diminue et les enfants s'entraident, demander de l'aide n'étant plus de la triche.
Et la joie de l'enseignant dans tout cela ?
Le texte se conclut sur les enseignants eux-mêmes. Les milieux éducatifs sont de plus en plus stressants, rappelle-t-elle, et nous avons tous croisé des collègues épuisés. Cultiver sa propre joie, panser ses blessures et se remercier de faire ce métier sont des ressources indispensables.
« L'un des plus grands défis en tant qu'enseignant mais aussi en tant qu'être humain est le chemin vers soi-même. »
Questions fréquentes
Faut-il appliquer Montessori pour cultiver la gratitude en classe ?
Non : l'autrice dit elle-même qu'il existe bien d'autres façons de respecter la singularité des enfants. Elle témoigne seulement de son chemin.
Les « détectives de la gentillesse » prennent-ils beaucoup de temps ?
Quelques minutes suffisent, selon l'article, pour déplacer l'attention des actions désagréables vers les actions agréables.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le récit complet de la transformation de sa classe, de la méthode de tri aux petits bouquets.
- Le principe des « détectives de la gentillesse », avec les exemples d'enfants.
- Ses réflexions sur la différence, avec le conte de la petite fille boiteuse.
- Ses doutes et ses apprentissages sur la pédagogie Montessori.
- Sa mini-biographie et son parcours auprès de Pam Cayton et au Village des Pruniers.
