Découvrir son Asperger à l'âge adulte : libération ou défi ? Le témoignage de Laëtitia Thévenot
Comprendre enfin pourquoi on se sent différent : soulagement, mais pas fin des difficultés. Dans le n°29 d'Innovation en Éducation, Laëtitia Thévenot raconte son parcours.
Tiré du magazine · n°29Neuro-atypismes : apaiser la vie quand le cerveau déborde
Voir ce numéro
Diagnostiquée TDAH à 4 ans, repérée comme haut potentiel vers 7 ou 8 ans avec une suspicion d'autisme dont personne n'a poursuivi l'exploration : Laëtitia Thévenot, zoologiste et biologiste marine, a grandi « dans un brouillard identitaire ». Son père, pensant la protéger, avait jugé que son intelligence compenserait ses difficultés. Dans le n°29 d'Innovation en Éducation, elle raconte, à la première personne, ce que ce choix, fait par amour, a eu comme conséquences, et ce qui a changé quand elle a enfin compris.
Comment l'école est-elle vécue quand on ne décode pas l'implicite ?
Comme une épreuve quotidienne. Elle ne comprenait pas les sous-entendus ni les règles non dites des relations, et devenait sans savoir pourquoi la cible de moqueries, d'humiliations et parfois de violences. Les mots « bizarre », « provocatrice » ou « insolente » lui collaient à la peau. À la maison, sa famille, impuissante, ne parvenait pas à combler le fossé. Son refuge, c'était la nature et le monde animal, où tout lui semblait limpide et sans faux-semblants.
Ce passage rappelle aux enseignants comme aux parents qu'un enfant jugé « insolent » peut simplement ne pas lire un code que les autres perçoivent sans y penser.
Qu'est-ce qui l'a soulagée, puis ébranlée ?
Après le bac, elle part étudier en Australie. Là-bas, étrangère, les codes sociaux lui sont expliqués clairement, et ses interactions deviennent « étonnamment simples ». Elle y retrouve des passionnés comme elle et, pour la première fois, sa place. À son retour en France, la perte de sa grand-mère et le retour à une mentalité qu'elle vit comme normative la plongent dans une dépression, puis, plus tard, dans un burn out. C'est à ce moment-là que, grâce à des suivis médicaux et psychologiques, un nom est mis sur sa différence.
Elle décrit un double mouvement : le soulagement de comprendre, mais aussi, après le diagnostic, un travail méthodique pour apprendre à décoder ce qui lui échappait. Elle évoque une relation aux autres devenue plus fluide, sans que ses propres émotions soient devenues plus faciles à gérer pour autant.
« Sur le plan amoureux, comprendre mon Asperger fut à la fois une libération et un défi. »
Que dit-elle de l'empathie, de l'entourage et du travail ?
Elle conteste l'idée reçue selon laquelle les autistes manquent d'empathie.
« On dit des autistes qu'ils n'ont pas d'empathie, alors que c'est le contraire : ils ressentent trop l'extérieur et pas assez eux-mêmes. »
Elle décrit aussi les malentendus dans le couple, où ses variations émotionnelles et sa surcharge sensorielle désarmaient ses partenaires, et l'écart que son fonctionnement a parfois créé au travail, où ses idées étaient jugées trop inhabituelles. Une rencontre l'a aidée à y voir une force d'innovation.
Que conseille-t-elle aux parents et aux enseignants ?
Son message est direct : écouter l'enfant différent sans chercher à le normaliser à tout prix.
Trois encadrés complètent le récit. L'un propose des conseils pour expliquer un diagnostic à l'entourage, un autre des stratégies pour des relations plus apaisées. L'article va aussi plus loin dans son parcours personnel, notamment les approches thérapeutiques et les projets qu'elle a choisis. Elles relèvent de son expérience propre, et ne sauraient être lues comme des recommandations générales : ce témoignage décrit un vécu, pas une méthode.
Questions fréquentes
Peut-on être diagnostiqué autiste à l'âge adulte ?
Oui, et le cas est fréquent, surtout pour des profils qui ont compensé pendant des années. Le témoignage de Laëtitia Thévenot en est un exemple.
Comment expliquer un diagnostic à l'entourage ?
L'autrice conseille la patience, des exemples concrets et une information sur la réalité de l'autisme. Elle rappelle que masquer ses traits ne signifie pas qu'ils n'existent pas.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le récit complet de son parcours, de l'école à l'Australie, puis à l'effondrement et au diagnostic.
- Les stratégies qu'elle a développées pour décoder les codes sociaux.
- L'encadré « 3 conseils pour expliquer le diagnostic à l'entourage ».
- L'encadré « 3 stratégies pour des relations apaisées ».
