Ikigai : que disent des ados d'une école qui cherche du sens ?
En japonais, ikigai signifie « ce qui donne envie de se lever le matin ». Le n°5 d'Innovation en Éducation donne la parole à sept élèves d'une école belge qui en a fait sa boussole.
Tiré du magazine · n°5Les pédagogies différentes
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« Ikigai » signifie à la fois « vie » et « valoir la peine ». Pour les Japonais, chacun possède le sien : une raison d'être, ce qui donne envie de se lever le matin. En 2019, une école secondaire privée a ouvert à Liège, en Belgique, avec l'ambition de redonner du sens aux apprentissages. Le n°5 d'Innovation en Éducation a recueilli la parole de sept de ses élèves, âgés de 14 à 18 ans, et la publie telle quelle.
Comment cette école fonctionne-t-elle ?
L'école accueille des jeunes de 11 à 19 ans et cherche à encourager leur curiosité et leur autonomie. Le bien-être et le savoir-être y sont mis au centre des apprentissages, et l'on y passe, dit sa présentation, plus de temps à être qu'à faire ou avoir. Chaque vendredi, une assemblée générale donne la parole aux jeunes. Selon l'établissement, soixante-quinze élèves auraient déjà trouvé leur ikigai : certains ont repris goût aux études, d'autres ont trouvé leur voie ou gagné en confiance.
Que disent ces adolescents de l'école ?
Leurs paroles se rejoignent sur plusieurs thèmes sans être uniformes, et c'est ce qui les rend précieuses. Plusieurs parlent du besoin de pouvoir s'exprimer et de proposer des idées. D'autres de l'autonomie, du rapport aux résultats, des devoirs ou de la place du professeur. Un élève de 17 ans pose une question que beaucoup d'enseignants se sont déjà faite.
« Est-ce que ce sont les élèves qui doivent s'adapter ou l'école qui doit s'adapter à eux ? »
Il suggère que les élèves qui font les cancres sont souvent ceux qui s'ennuient, et que leur demander ce qui les ennuie pourrait aider à trouver des solutions. Cette lecture est la sienne ; les enseignants y ajouteront ce qu'ils savent des contraintes du terrain.
Quel exemple concret ressort ?
Une idée très simple à imaginer en classe : Maxence, 18 ans, propose de renverser l'ordre habituel : partir d'un problème pour trouver la solution, puis en tirer la théorie, plutôt que d'apprendre la théorie et de la vérifier par des exercices. Il ajoute qu'on est bombardé d'informations toute la journée, alors que ce dont on a besoin, ce sont des rapports humains et des compétences pour la vraie vie.
Les autres témoignages explorent chacun un angle : le droit de se tromper et de s'améliorer, la gestion de son temps d'étude, le besoin de profs plus proches, de journées moins longues ou de méthodes variées. Le magazine les reprend tous, avec le prénom et l'âge de chacun.
Qu'est-ce que l'autonomie change pour eux ?
C'est sans doute le fil le plus visible. Plusieurs jeunes disent qu'ils apprennent mieux quand ils peuvent organiser leur temps, choisir leurs méthodes, et savoir pourquoi ils apprennent.
« C'est grâce à l'autonomie que j'ai repris goût à l'apprentissage. »
Pourquoi cette idée revient-elle autant ? Parce que, pour ces jeunes, la motivation naît d'abord de la possibilité d'agir sur ce que l'on fait. Les adultes de l'école le formulent à leur manière : donner du sens, c'est impliquer les jeunes et leur demander leur opinion.
Cette autonomie n'a rien d'une absence de cadre : l'école décrit un travail quotidien de débat et de réflexion collective. Elle rejoint ce que d'autres pages du numéro racontent de la classe autonome, et la question du sens se prolonge, côté orientation, avec l'ikigai comme boussole pour choisir son avenir.
Que faire de ces paroles d'adolescents ?
Il serait tentant d'y chercher une vérité générale ; ce serait oublier que ces sept jeunes parlent depuis une école précise, avec sa culture propre. Leurs paroles ont pourtant une valeur en elles-mêmes : elles rappellent que les adolescents ont des idées nettes sur ce qui les motive et sur ce qui les ennuie, et qu'ils savent les formuler quand on les écoute. Pour un parent, c'est une invitation à demander à son ado ce qui lui donne envie d'apprendre. Pour un enseignant, à ménager un temps où la parole des élèves compte. Aucun des sept ne demande l'impossible : de l'autonomie, du sens, des adultes proches.
Questions fréquentes
Que veut dire « ikigai » ?
Le mot japonais associe « vie » et « valoir la peine ». On le traduit souvent par raison d'être, ce qui donne envie de se lever le matin.
Ces témoignages valent-ils pour tous les élèves ?
Ils expriment des points de vue d'élèves d'une école précise, avec sa pédagogie propre. Ils invitent à écouter, sans prétendre représenter tous les adolescents.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les sept témoignages complets, avec les propositions de chaque élève.
- La présentation de l'école, de sa pédagogie et de son assemblée générale du vendredi.
- Les bilans chiffrés et les effets sur la relation avec les parents, rapportés par l'équipe.
- Les coordonnées de l'école pour en savoir plus.
