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Émotions et bien-être Paroles de profs En classe

Les compétences psychosociales peuvent-elles apaiser l'anxiété des élèves⁠ ⁠?

Crises de panique, phobies scolaires, stress des évaluations⁠ ⁠: une enseignante constate l'anxiété monter chez ses élèves. Dans le n°25 d'Innovation en Éducation, elle témoigne de ce qui l'a aidée à y répondre.

Le n°25 d'Innovation en Éducation ouvert sur les pages de cet article
Tiré du magazine · n°25Santé mentale⁠ ⁠: tous anxieux⁠ ⁠? Voir ce numéro

Depuis neuf ans, Alyzée Vidondo enseigne l'anglais dans le même collège classé REP+, et elle a vu, d'année en année, la même chose : davantage d'élèves sujets aux crises de panique, à l'angoisse, aux phobies scolaires, ou stressés par leurs résultats, parfois jusqu'à devoir être suivis médicalement. Dans le n°25 d'Innovation en Éducation, elle témoigne de ce qui l'a aidée : travailler les compétences psychosociales (CPS) de ses élèves.

D'où vient l'envie de s'intéresser aux CPS ?

D'un colloque sur l'empathie et la bienveillance dans les apprentissages, en 2019, auquel elle a voulu participer pour transmettre à ses élèves des valeurs comme l'entraide. Elle ne connaissait pas encore le terme de « compétences psychosociales », mais le sujet l'a passionnée : il interrogeait sa posture d'enseignante. Lectures, formations et diplôme universitaire en neurosciences ont suivi, avec des essais concluants ou non en classe.

Sa conviction, aujourd'hui, est personnelle et assumée.

« Le développement des compétences psychosociales peut, selon moi, être un levier de gestion et d'amélioration de la santé mentale de nos élèves. »

Alyzée Vidondo, professeure d'anglais en collège REP+Extrait du n°25, p. 55

Que voit-elle en classe ?

L'enseignante décrit ses constats par familles de compétences. Du côté de la cognition, des élèves qui ont du mal à prendre une décision face à un problème simple, à nommer leurs forces ou à planifier un projet. Du côté des émotions, des élèves qui gèrent difficilement leur stress, jusqu'à rendre une copie blanche lors d'une évaluation finale, et qui paraissent plus apaisés quand il n'y a pas de note. Elle s'appuie aussi sur une enquête de 2022 selon laquelle le bien-être diminue rapidement de la sixième à la troisième.

Comment cela se passe-t-il concrètement ?

Elle s'est portée volontaire comme professeure principale pour proposer chaque semaine une heure de vie de classe consacrée à ces compétences. Avec l'équipe des professeurs principaux de sixième, elle a demandé une heure hebdomadaire, qui permet d'organiser une progression sur l'année. Au bilan de fin de trimestre, les élèves disent adorer ces heures, et elle ajoute avec humour qu'elle devrait peut-être s'interroger sur sa façon d'enseigner l'anglais.

Un exemple d'activité facile à mettre en place : chaque élève écrit son nom sur une assiette en carton, que l'on fait circuler de table en table, et chacun y inscrit une force qu'il reconnaît chez le camarade. L'exercice aide à nommer ses forces, ce qui est plus difficile qu'il n'y paraît. L'autrice décrit deux autres rituels, l'un pour identifier ses émotions, l'autre pour apprendre à communiquer de façon constructive, et l'encadré du magazine recense les livres qui l'ont inspirée.

Ce témoignage a une qualité : il ne promet pas de solution toute faite. L'enseignante parle de tâtonnements, d'essais qui réussissent ou non, et de la nécessité de s'autoriser l'erreur, elle qui reconnaît que beaucoup de collègues, elle comprise, ont du mal avec cette idée. Il montre aussi que ces heures peuvent se construire sans matériel particulier, à partir d'une simple heure hebdomadaire et d'un peu de préparation.

Est-ce une vision trop « bisounours » ?

C'est l'objection qu'on lui fait parfois, et elle y répond en rappelant que les CPS contribuent au bien-être et à la réussite, notamment pour les élèves issus de milieux peu favorables, ce qui concerne son établissement. Elle parle d'un changement de point de vue plus que d'un simple réaménagement, qui bouscule la relation traditionnelle entre professeurs et élèves. Un directeur lui avait dit, en début de carrière, qu'elle était plutôt une professeure « à l'américaine » : un compliment, selon elle, quand on sait l'essor des programmes d'apprentissage socio-émotionnel.

Son conseil aux collègues tient en quelques mots, et il vaut aussi pour les parents.

« Commencez simple ! Essayez et trompez-vous. »

Alyzée Vidondo, professeure d'anglais en collège REP+Extrait du n°25, p. 57

Questions fréquentes

Qu'est-ce que les compétences psychosociales ?

Ce sont des compétences cognitives, émotionnelles et sociales, comme connaître ses forces, gérer son stress ou communiquer de façon constructive, que l'on peut travailler avec les élèves.

Faut-il un cadre particulier pour les travailler ?

L'autrice s'appuie sur l'heure de vie de classe, mais elle les intègre aussi dans ses cours de langues. Elle recommande de commencer simplement.

Les mots-clés de cet article
Pour aller plus loin · n°25

Ce que vous trouverez dans le magazine

  1. Les constats détaillés de l'enseignante sur les compétences cognitives et émotionnelles de ses élèves.
  2. Le déroulé de l'heure de vie de classe et son évolution vers les CPS.
  3. Trois activités faciles à mettre en place, une par famille de compétences.
  4. Les arguments pour répondre à ceux qui jugent la démarche trop « bienveillante ».
  5. La petite bibliothèque d'ouvrages qui l'ont inspirée.
N°25
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