Écrire à la main aide-t-il à mieux se concentrer ?
Avec l'ordinateur, les étudiants notent tout et retiennent moins. Dans le n°23 d'Innovation en Éducation, une professeure de BTS et une graphoéducatrice croisent leurs regards sur l'écriture manuscrite.
Tiré du magazine · n°23Problème d’attention, le nouveau mal du siècle ?
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Souvent, oui, surtout pour prendre des notes. Écrire à la main oblige à ralentir, à trier et à reformuler, là où le clavier incite à tout recopier. Mais le stylo n'a pas réponse à tout : dans le n°23 d'Innovation en Éducation, une enseignante et une graphoéducatrice concluent que la capacité à bien prendre des notes compte davantage que l'outil, et que papier et numérique gagnent à être combinés.
Une conversation entre deux métiers
L'article prend la forme d'un dialogue entre Mathilda Michel, professeure de droit en BTS, et Marie-Laure Fallot, graphoéducatrice, spécialiste de l'éducation du geste d'écriture. La première part d'une observation de classe : dès que ses étudiants ouvrent leur ordinateur pour prendre des notes, leur attention baisse. Ils tapent vite, presque tout ce qui se dit, mais passent à côté de ce qu'il fallait comprendre.
Ce que la main apporte
Marie-Laure Fallot explique ce que l'écriture manuscrite change. Elle mobilise ensemble la main et l'œil, et sollicite, selon les recherches qu'elle évoque, des zones du cerveau liées à la mémoire et à la compréhension que la frappe au clavier n'active pas de la même manière. Surtout, la main va moins vite que la parole : elle oblige à choisir, à résumer, à reformuler au fil du cours. Les notes manuscrites, plus personnelles, accueillent aussi des flèches, des schémas et des ratures, qui gardent la trace du raisonnement.
Mathilda Michel observe la même chose dans les travaux de groupe. Autour d'une feuille partagée, chacun intervient sur le cheminement de la réflexion ; derrière un écran, les étudiants participent moins. Elle note aussi que le copier-coller efface une partie de la construction de la pensée.
Ce constat rejoint ce que la formatrice Nicole Bouin écrit de la prise de notes au collège : écouter, sélectionner et écrire en même temps est une tâche très exigeante, que l'on demande parfois trop tôt.
La lisibilité, condition de l'envie
L'article ne fait pas pour autant le procès de l'écran. Les deux autrices insistent sur un point souvent oublié : des notes illisibles ou désordonnées découragent de les relire. Elles ont vu des étudiants renoncer à réviser pour cette seule raison. Les jeunes dont l'écriture est lente, douloureuse ou difficile à déchiffrer se tournent d'ailleurs logiquement vers le clavier, plus confortable. Écrire lisiblement touche aussi à l'estime de soi : des notes claires donnent confiance dans sa capacité à maîtriser une matière.
« Un support agréable et lisible facilite la lecture, améliore la concentration, et place le cerveau dans de meilleures conditions pour apprendre. »
Le même raisonnement vaut pour celui qui corrige : une copie difficile à lire fatigue le correcteur et détourne son attention du fond. D'où l'intérêt, selon Marie-Laure Fallot, d'entretenir une écriture lisible par un entraînement régulier, pour que le travail de l'élève soit apprécié à sa juste valeur.
Le stylet, un terrain d'entente
Les tablettes avec stylet offrent, selon elles, un bon compromis : on garde le geste de la main tout en profitant des facilités du numérique pour organiser, corriger et partager. Mathilda Michel explique comment elle répartit désormais les usages dans sa classe : l'ordinateur pour la recherche et certains travaux de groupe, la main pour les temps plus théoriques. Elle décrit aussi une séance où ses étudiants dessinent sur leurs fiches pour ancrer une notion d'économie. L'exemple, très concret, est à découvrir dans le magazine, tout comme une astuce pour aider les étudiants à fixer leur attention dès les premières minutes du cours.
Leur conclusion commune tient en une idée : plutôt que d'opposer le numérique et l'écriture manuscrite, il s'agit d'entraîner les élèves à bien prendre des notes, et de choisir l'outil selon les besoins de chacun.
Questions fréquentes
Prendre des notes à la main est-il plus efficace que sur ordinateur ?
Pour les autrices, l'écriture manuscrite oblige à trier et à reformuler, ce qui favorise la compréhension. Mais elles soulignent que la maîtrise de la prise de notes compte davantage que l'outil.
Faut-il interdire l'ordinateur en classe ?
Ce n'est pas ce que propose l'article. Mathilda Michel réserve l'ordinateur à certaines activités, comme la recherche, et encourage l'écriture manuscrite pour les séquences plus théoriques.
Pourquoi certains élèves n'aiment-ils pas écrire à la main ?
Quand le geste d'écriture est lent, douloureux ou peu lisible, écrire devient pénible et les notes perdent leur intérêt. Travailler ce geste peut redonner l'envie d'écrire.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le dialogue complet entre l'enseignante et la graphoéducatrice.
- La séance de Mathilda Michel où les étudiants dessinent leurs fiches pour retenir une notion.
- Le rôle du système réticulé activateur, et un petit exercice pour capter l'attention en début de cours.
- La place du jeu, des jeux de rôle et des escape games dans sa pédagogie.
n°23 · Problème d’attention, le nouveau mal du siècle ?
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