Les neuroatypies sont-elles un effet de mode ?
Plus on en parle, plus certains y voient une mode. Dans le n°29 d'Innovation en Éducation, Jean-David Bol raconte l'histoire de son fils et démêle ce qui fait grimper les diagnostics.
Tiré du magazine · n°29Neuro-atypismes : apaiser la vie quand le cerveau déborde
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« Et s'il était neuroatypique ? » Jamais cette question n'a été posée aussi souvent, pour les enfants comme pour soi-même. Dans le même temps, de plus en plus de voix parlent d'un phénomène de mode. Jean-David Bol, rédacteur en chef d'Innovation en Éducation, ne tranche pas entre les deux camps : il explique pourquoi les chiffres montent, et pourquoi, pour une famille, comprendre le fonctionnement de son enfant reste précieux.
Pourquoi parle-t-on autant de neuroatypie aujourd'hui ?
Parce que les connaissances ont beaucoup avancé. Il y a une dizaine d'années, les professionnels formés étaient rares, l'accompagnement aussi, et le sujet n'avait presque aucune place dans l'espace public. Aujourd'hui, la parole s'est libérée, des célébrités témoignent, des séries s'en emparent. Mais l'auteur relève un paradoxe : nous n'avons jamais été aussi informés, et pour les parents, la confusion n'en est que plus grande.
« On n'a jamais été aussi informés sur les questions de neuroatypies mais pour les parents, la confusion n'en est que plus grande ! »
Y a-t-il vraiment plus d'enfants neuroatypiques, ou les repère-t-on mieux ?
C'est la première piste de l'article : le repérage s'est amélioré. Depuis une vingtaine d'années, les pouvoirs publics ont renforcé le dépistage précoce, formé les professionnels et multiplié les campagnes d'information. Les centres spécialisés voient leurs demandes de diagnostic augmenter nettement. Difficile, dès lors, de savoir si les neuroatypiques sont réellement plus nombreux qu'avant ou simplement mieux détectés.
L'article passe ensuite en revue d'autres explications : l'élargissement des critères de diagnostic, les tests rapides en ligne qui n'ont aucune valeur clinique mais peuvent mettre la puce à l'oreille, le bruit médiatique et les réseaux sociaux. Il s'arrête enfin sur un élément plus discret, notre propre façon de raisonner.
Pourquoi croit-on en voir partout ?
Les psychologues Tversky et Kahneman ont montré dès 1973 que nous estimons la fréquence d'un phénomène d'après le nombre d'exemples qui nous viennent à l'esprit. Il suffit d'avoir entendu parler de trois ou quatre personnes DYS pour penser qu'il y en a partout : c'est le biais de disponibilité. L'auteur décrit d'autres biais qui jouent dans le même sens, et la manière dont ils s'entretiennent les uns les autres.
Il s'en sert avec nuance. Ces mécanismes expliquent une partie de la hausse, mais ils ont aussi du bon : quand un proche reçoit un diagnostic, l'idée de consulter devient plus facile à envisager pour les autres. L'article ne conclut donc ni à l'épidémie, ni à l'invention : il invite à garder l'esprit ouvert.
À quoi sert un diagnostic, concrètement ?
C'est ici que l'auteur raconte son histoire. À 6 ans, son fils s'est mis à bégayer. Une orthophoniste a évoqué un haut potentiel, un bilan l'a confirmé, avec un profil hétérogène : des scores très élevés sur certaines composantes, dans la moyenne sur d'autres. L'explication tient en une phrase : l'enfant se voyait rapide et efficace là où il excellait, et se croyait en échec ailleurs, ce qui nourrissait son anxiété. Les parents ont expliqué son fonctionnement à leur fils, l'ont rassuré, et les bégaiements ont disparu en quelques mois.
Ce que le diagnostic a changé tient moins à l'étiquette qu'à la clarté apportée. Son côté zappeur, par exemple, s'est révélé moins un manque de persévérance qu'un besoin de stimulation. La famille a pu ajuster son éducation et enlever de la pression. Sa mère a même relu sa propre scolarité avec d'autres lunettes.
« Il s'agit avant tout de comprendre chaque enfant dans son fonctionnement unique. »
L'auteur insiste toutefois : un diagnostic posé à la légère, même par un enseignant ou un professionnel non qualifié, peut être dommageable, dans un sens comme dans l'autre. Il parle de prise en charge insuffisante ou excessive.
Questions fréquentes
Les tests de neuroatypie en ligne sont-ils fiables ?
Non, ils n'ont aucune valeur clinique, rappelle l'article. Ils peuvent tout au plus confirmer un ressenti et encourager à entamer un vrai parcours de diagnostic, auprès de professionnels formés.
Les neuroatypies sont-elles une mode ?
Pas selon cet article : la hausse des diagnostics s'explique par un meilleur repérage, des critères élargis et nos propres biais de perception. Le but n'est pas la course aux étiquettes, mais de comprendre chaque enfant.
À quoi sert de poser un diagnostic ?
À mettre des mots sur ce que vit l'enfant, à ajuster l'éducation et à alléger la pression, sans s'enfermer dans une étiquette.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Chaque explication de la hausse des diagnostics, développée avec ses exemples.
- Le mécanisme de boucle qui fait que la croyance finit par produire ses propres chiffres.
- L'encadré des chiffres officiels pour les TSA, le TDAH, les DYS et le haut potentiel, avec leurs sources.
- L'histoire complète du petit bonhomme, de ses bégaiements à son bilan.
