Indonésie : que change un « curriculum de la liberté d'étudier » ?
Deux semaines sur une décharge pour étudier les déchets : l'Indonésie a choisi d'apprendre par projets. Le n°9 se demande ce que la France pourrait en retenir.
Apprendre sur le terrain, mener des projets qui mêlent mathématiques, sciences et géographie, résoudre des problèmes ensemble : tels sont les principes de l'éducation libre. L'Indonésie en a fait un essai grandeur nature, puis l'a adoptée. Le n°9 d'Innovation en Éducation raconte l'expérience et se demande si la France pourrait s'en inspirer.
Qui a lancé cette réforme ?
Nadiem Makarim n'est pas issu du monde de l'éducation. Cet entrepreneur de 37 ans, fondateur en 2010 de la start-up Go-Jek, un équivalent indonésien d'Uber, est devenu fin 2019 ministre de l'Éducation, de la Culture, de la Recherche et de la Technologie. Il a convaincu le président de revoir le système éducatif et a testé son programme pendant un an dans 2 000 établissements volontaires. Son idée : l'école doit développer des compétences autant que transmettre des connaissances.
« Notre tâche n'est pas juste de fournir des connaissances, mais de développer des compétences et le caractère des élèves. »
À quoi ressemble une semaine de « liberté d'étudier » ?
Élèves et enseignants choisissent ensemble les projets et les thèmes. Les journées ne sont plus découpées en matières imposées indépendantes les unes des autres. L'exemple du collège de Temanggung, dans le centre de Java, est le plus frappant : pendant deux semaines, les élèves de sixième ont quitté la classe pour une décharge publique, sur le thème de l'accumulation des ordures. Ils y ont mêlé mathématiques (calculer la quantité de déchets par habitant), sciences naturelles (la pollution en milieu urbain) et géographie (la gestion des déchets dans le monde), malgré les odeurs, que leur professeur n'a pas cachées.
L'essai a-t-il convaincu ?
Les réactions ont été enthousiastes. Le ministère affirme que les élèves ont acquis quatre mois d'avance sur ceux qui suivaient l'ancien programme, et le dispositif a été validé officiellement après un an d'essai. Ces résultats sont à replacer dans leur contexte : l'Indonésie apparaît régulièrement parmi les moins bien classés des enquêtes internationales, et un média francophone rappelait en 2019 qu'il n'était pas question d'une réforme profonde de l'ensemble du système. Le magazine y voit surtout la preuve que les choses peuvent évoluer, même dans un pays réputé pour la rigidité de son système scolaire.
« Il suffit parfois d'un souffle de fraîcheur porté par une personne […] pour que le vent tourne et que le changement s'installe. »
Et en France, serait-ce possible ?
L'article observe que les établissements qui disposent de la plus grande liberté sont les écoles privées hors contrat, environ 2 000 sur les 60 000 que compte le pays. Leur création est longue, et l'absence de financement public rend leurs coûts élevés pour les familles. Mais une marge de manœuvre existe dans tous les établissements : la liberté pédagogique. Même en suivant son programme, un enseignant choisit les modalités d'apprentissage. Ce n'est pas l'éducation libre à l'indonésienne, conclut le magazine, mais cette forme de liberté vaut d'être essayée.
Quel regard sur la liberté d'apprendre ?
Un encadré du magazine reprend le point de vue de Peter Gray, auteur de « Libre pour apprendre ». Pour ce chercheur, les enfants passent à l'école l'essentiel de leur temps à recevoir passivement une instruction. Quand on leur donne la liberté et les moyens de creuser en sécurité leurs propres centres d'intérêt, ils s'épanouissent, prennent des chemins variés et acquièrent compétences et confiance en eux. C'est une position, et le magazine la présente comme telle, à mettre en regard de l'expérience indonésienne.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le curriculum de la liberté d'étudier ?
C'est le programme indonésien testé dans 2 000 établissements volontaires : les élèves et leurs professeurs choisissent des projets interdisciplinaires, plutôt que de suivre des matières imposées séparément.
La France peut-elle s'en inspirer ?
Selon l'article, oui, à son échelle : la liberté pédagogique permet à chaque enseignant de varier les modalités d'apprentissage, même s'il suit le programme.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le portrait de Nadiem Makarim, de la start-up Go-Jek au ministère.
- Le détail du projet des élèves de Temanggung sur la décharge publique.
- Les résultats annoncés par le ministère et le contexte des classements PISA et PIAAC de l'Indonésie.
- Les questions que le magazine pose pour la France, et la mise en regard avec les écoles hors contrat.
- Un extrait de Peter Gray, « Libre pour apprendre », en encadré.
N°9
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